Viollet-le-Duc. Dictionnaire, t. IV, p. 36p
BRUNELLESCO.
Brunellesco Ht la merveille que le lecteur a pu admirer dans notre gravure (p. 410), de l’église même il Ht le premier en date des sanctuaires modernes (gravé page 45 1). Aux piliers gothiques il substitua la colonnade antique; à la net voûtée en ogive, le soffite à caissons. S’inspirant des préceptes de Vitruve, il interposa, entre le chapiteau des colonnes et les arcades devant porter sur elles, un entablement intermédiaire, avec architrave, frise et corniche. Cette disposition, quoique inspirée des Romains et souvent répétée depuis , donne aux édifices quelque chose d’artificiel et de prétentieux. La nef de Saint- Laurent n’était pas encore commencée, nous affirme M. de Geymüller, au moment de la mort du maître.
Citons ensuite l’abbaye, la « Badia », construite par Cosme de Médicis à côté d’une église située près de Fiesole, à mi-côte sur cette colline incomparable. Respectant la façade, qui date du douzième siècle, Brunellesco porta tous ses efforts sur l’édification de l’intérieur, où il prit à tâche de frapper par la simplicité et la sévérité des lignes (chaînes en pierre grise se
détachant sur un crépi d’un blanc jaunâtre), par une recherche de la grandeur poussée jusqu’à l’abstraction. Il voûta en berceau l’unique nef du sanctuaire et la flanqua, de chaque côté, de quatre chapelles tort profondes, percées chacune d’une fenêtre de petite dimension. Un escalier de cinq marches conduit a 1 abside, qui se distingue par son caractère monumental. On admire entre autres les quatre superbes pilastres cannelés qui s’élèvent au centre : 1 antiquité ne nous a pas légué de modèles offrant plus d’ampleur et de pureté. L ornementation des portes pratiquées de ce côté contraste avec la simplicité, on serait
Modèle en bois de la lanterne du Dôme de Florence. (Œuvre du Dôme.)
tenté de dire la nudité, des autres parties de l’édifice : sur les chambranles de pierre, les guirlandes, les candélabres, les vases, artistement travaillés, alternent avec les armoiries des Médicis.
Rapprochons de la Badia de Fiesole le second cloître de Santa Croce, éga
F. Miiulz. — I. Italie. Les Primitifs.
-po
ment élevé sur les dessins de Brunellesco. La construction comprend deux étages : le rez-de-chaussée, composé d’arcades fort larges avec des colonnes qui posent sur un stylobate continu; puis, dans les écoinçons des arcs, des médaillons en relief, que soutiennent des génies volants. Un large cordon règne entre cet étage et l’étage supérieur, qui était autrefois ouvert à la façon d’une « loggia ». Cet étage n’est pas voûté : des colonnes supportent l’entablement, qui forme un contraste excessivement heureux avec les arcades.
L’église du Saint-Esprit, Santo Spirito, commencée du vivant de Brunellesco, et non en 1470, comme on l’a admis jusqu’ici, ne fut terminée que longtemps après sa mort. Les nombreuses erreurs que l’on y découvre n’empêchent pas l’ensemble de produire un effet vraiment saisissant de grandeur et de noble sévérité; elles sont d’ailleurs imputables aux successeurs du maître.
La « cappella dei Pazzi », construite postérieurement à 1420, près de Santa Croce, nous montre l’artiste sous un jour bien différent. Tandis qu’à la Badia de Fiesole, à San Lorenzo, au palais Pitti, il exclut tout ornement qui n’était pas rigoureusement du domaine de l’architecture, c’est-à-dire toute sculpture ou toute peinture, nous le voyons ici non seulement emprunter à l’antiquité ses motifs architectoniques les plus charmants, mais encore toute la richesse de sa décoration. Autant le maître avait recherché ailleurs la sévérité et la grandeur, autant il se montre ici amoureux de légèreté, de grâce, d’élégance. Correct dans les profils, harmonieux dans les proportions, bien équilibré dans les effets de clair-obscur, gracieux dans les ornements, tel est, dit M. Melani ', ce chef-d’œuvre en miniature, ce bijou qui n’a déjà plus rien à envier aux plus belles créations de Bramante. On a vu (page 387) par quelle innovation hardie Brunellesco a associé sur le portique un arc imposant à l’entablement horizontal. Dans l’arrangement des pilastres de l’attique, il s’inspira au contraire plus ou moins directement du Baptistère de Florence, sauf que chez lui les pilastres sont géminés et qu’ils correspondent à l’axe des colonnes, tandis qu’au Baptistère ils sont simples et correspondent à la retombée des arcs. Quant aux strigiles qui ornent la frise, ils procèdent des sarcophages antiques.
Après s’être inspiré à S. Lorenzo et à S. Spirito des basiliques chrétiennes primitives, tout en longueur, après s’être rapproché à la « cappella dei Pazzi » du plan (gravé page 462) dit de la croix grecque (qu’il n’y a cependant pas appliqué rigoureusement), Brunellesco s’essaya dans un autre type favori de l’antiquité chrétienne, la rotonde : il n’avait qu’à choisir entre vingt modèles également remarquables, le mausolée de Sainte-Constance près de Rome, les différents baptistères, Saint-Vital de Ravenne, Saint-Laurent de Milan, ou encore certains temples païens, tels que celui de Minerva Medica à Rome. Le résultat de cette tentative d’assimilation fut « la bizarrissima invenzione dei