Delécluze. Philippe Brunellesco, p
Intérieur du portique de la chapelle des Pazzi.
capable d’héberger un Pharaon, et de cet artiste appartenant à une époque si raffinée, qui a le courage de revenir brusquement aux constructions cyclopéennes! Quelle présomption chez l’un, quel génie chez l’autre!
Tout frappe également dans le monument qui a valu l’immortalité à Luca Pitti : sa situation sur cette place qu’il domine de toute sa hauteur, les blocs immenses qu’un peuple de géants semble avoir tirés des carrières de Fiesole, et la prodigieuse simplicité du style. Il fallait toute la torce et toute la hauteur du caractère de Brunellesco pour lui faire dédaigner ainsi jusqu’à l’ornement le plus modeste, convaincu qu’il était que sa conception suffirait à elle seule pour rapper la foule et la tenir comme écrasée devant ce spectacle grandiose.
Le palais Pitti, on le sait, a été étrangement remanié depuis le temps de Brunellesco et de Luca Fancelli, qui en dirigea la construction sur les plans du maître. J’en suis au désespoir, mais l’idée de donner au second étage une largeur moindre qu’au premier, cette idée de génie, n’appartient pas à l’architecte du quinzième siècle. Sur une vue de Florence à la fin du quinzième siècle *, le premier comme le second étage comptent chacun sept fenêtres seulement, c’est-à-dire le tiers environ des tenêtres actuelles (2 5) pour l’un, la moitié environ (i3) pour l’autre. Les ailes y font également défaut.
N’importe! avec la seule combinaison de ces blocs à peine équarris, superposés par assises de 18 à 20 par étage, et en se bornant, pour tout ornement, à accentuer les claveaux composant les voûtes des différentes fenêtres, Brunellesco a produit une impression telle que seuls peut-être les monuments de l’Egypte et de l’Assyrie peuvent la faire oublier.
Dans un autre palais, construit pour les Pazzi, qui avaient déjà fait élever par Brunellesco la délicieuse chapelle attenant à Santa Croce (voy. page 45.4) (aujourd’hui connu sous le nom de palais Quaratesi, dans la « Via del Proconsole »), Brunellesco a laissé le modèle du palais florentin, tel qu’on l’a conçu jusqu’à nos jours, simple et sévère. Le rez-de-chaussée est en rustique; deux étages le surmontent; au-dessus des fenêtres du second étage, cintrées comme celles du premier, et divisées en deux par une colonnette, on a pratiqué après coup des œils-de-bœuf. La toiture repose directement sur le mur de la façade; elle déborde de façon à rendre inutile l’entablement. On admirera, dans le cortile, l’élégance des chapiteaux ornés de dauphins et de candélabres, et celle des niches circulaires pratiquées entre la retombée des arcs.
On attribue en outre à Brunellesco l’achèvement du « Palazzo Larione de’ Bardi », la construction du « Palazzo délia Parte guelfa », près de la « Porta Rossa », avec une belle salle d’audience, tous deux à Florence, et le plan de la villa de la Petraja, avec sa tour à mâchicoulis.
Pour compléter le tableau des efforts tentés par Brunellesco dans toutes les