Gravée ci-dessus, p
.'Hospice des Eni-ants trouvés a Florence.
parties de l’art de bâtir, il nous faudrait encore passer en revue ses travaux comme ingénieur militaire. Il eut en effet le bonheur, comme d’ailleurs tous les grands architectes du quinzième siècle, de servir sa patrie et dans les arts de la paix et dans ceux de la guerre1. (Toutes ses entreprises en ce genre ne furent pas également couronnées de succès : en 1429-1480, voulant inonder la ville de Lucques que les Florentins assiégeaient, il inonda au contraire le camp de ses compatriotes2.) De toutes parts, les Princes ou les Républiques faisaient appel à ses lumières et lui demandaient des plans de forteresses.
Ses aptitudes, véritablement exceptionnelles, pour les sciences mathématiques, ne permirent pas seulement à Brunellesco de résoudre les problèmes ardus se rattachant à la construction de la coupole de Santa Maria del Fiore, elles lui firent également perfectionner, on pourrait presque dire découvrir, une science destinée à renouveler en partie la peinture et la sculpture en bas-relief, je veux parler de la perspective linéaire : nous sommes en droit de le considérer comme le véritable créateur de cette science, dont on a trop souvent fait honneur à Paolo Uccello; ce dernier ne joua en effet que le rôle d’un disciple comparé au rôle du maître (voy. ci-dessus page 292).
Nous avons fait connaissance avec le mathématicien profond, avec l’architecte aux idées sublimes, avec l’homme d’une énergie indomptable; telle était la liberté d’esprit dont jouissait cette époque heureuse que Brunellesco put joindre à tant de hautes qualités l’humeur la plus facétieuse. Ses charges étaient célèbres; depuis Giotto, Buffalmacco et Bruno, nul artiste n’avait eu le don de rire et de faire rire à ce point. La plus étonnante de ses mystifications fut de persuader à un de ses amis, Manetto, un charpentier, qu’il n’était plus Manetto, mais un autre citoyen de Florence. La victime fut tellement honteuse de sa naïveté qu’elle s’expatria.
Brunellesco mourut le i5 avril 1446, à l’âge de soixante-neuf ans, comblé de biens et d’honneurs. Il fut enterré dans l’église de Saint-Marc. La patrie reconnaissante fit placer le buste de ce grand homme dans la cathédrale de Sainte- Marie des Fleurs, à laquelle son nom est éternellement uni, et chargea un littérateur célèbre, Marsuppini, d’Arezzo, chancelier de la République florentine, de composer son épitaphe.
Essayons de caractériser l’action exercée par Brunellesco : elle a été prodigieuse; Brunellesco a créé de toutes pièces l’architecture moderne, c’est-à-dire l’architecture fondée sur l’imitation de l’antique. Dans la coupole de la cathé-
1 . Cette tradition glorieuse se maintint pendant la majeure partie du seizième siècle. Pour le dix-septième siècle même on en peut encore citer un exemple mémorable : François Blondel, le célèbre architecte de la porte Saint-Denis, se distingua également comme ingénieur et comme artiste : il conquit tour à tour le grade de maréchal de camp des armées de Louis XIV et le titre de directeur de l’Académie royale d’architecture.