Gaye, Carteggio, t. I, p
LUCIANO DE LAURANA.
Luciano di Martino était originaire de Laurana (ou Lovrana), petite ville d’Istrie. D’après Baldi, il aurait fait ses premières armes à Naples, en construisant la villa de Poggio Reale. Mais nous savons que cet édifice fut commencé seulement en 1487, et qu’il eut pour auteur Giuliano da Majano. Peut-être Baldi a-t-il entendu parler de l’autre Laurana, Francesco, le sculpteur, qui travaillait effectivement à Naples vers cette époque (1474). Quoi qu’il en soit, ce renseignement, que Baldi n’a d’ailleurs donné que sous toutes réserves — « per quanto si dice » — , me paraît devoir être définitivement écarté.
Le duc, tous les témoignages sont d’accord sur ce point, fut le véritable collaborateur de l’architecte : comme Nicolas V, comme Pie II, il lui traça le plan de l’édifice, discuta avec lui jusqu’aux moindres détails de l’aménagement1. Les modèles dont ils cherchèrent à s’inspirer furent, d’après Baldi, ceux de l’ancienne Rome (on trouve un souvenir de ces études dans l’inscription monumentale qui fait le tour du cortile), mais surtout ceux de Florence, ces arcs à la Brunellesco et à la Michelozzo, avec des médaillons dans les écoinçons : seulement Luciano fit un pas de plus. « On peut dire de lui, affirme M. de Geymüller, qu’ayant étudié dans sa jeunesse le style de Brunellesco, il le transforma et le livra bramantesque entre les mains de Bramante. »
Lorsque Luciano mourut, en 1483, le palais était achevé dans ses parties principales : aussi Baccio Pontelli, à qui l’on a fait souvent honneur du plan de ce chef-d’œuvre, ne put-il que se consacrer a la décoration de 1 intérieur, notamment aux marqueteries (1479-1482). En 1481, il envoya à Laurent le Magnifique un plan de ce palais, qui passait dès lors pour le plus parfait de 1 Italie (voy. page 1 . Un autre architecte célèbre, Francesco di Giorgio Martini, quoique fixé à Urbin, comme Pontelli, avant la mort de Luciano (il semble ) avoir séjourné de 1477 à. 1487? puis de nouveau en I49°> en 1 492 5 e^C-)> a,1'~ vait trop tard également pour s’occuper d’autre chose que de constructions accessoires.
Le palais d’Urbin se développe, d’un côté sur un plan uni, en face de 1 église Saint-Dominique; il suit de l’autre la déclivité du terrain, qu il a fallu soutenu par des substructions formidables : la brique sert de base a la consti uction, mais par endroits on a eu recours à un revêtement en travertin; on a en outre