I . E tudi li disegnô el buon signore
Che d'ingegno é perfecto architecture.
Poème d’Antonio de Mercatello, publié par M. Schmarsow : Melo^go da Fotli, p. 7--
Cul-de-lampe du palais ducal d’Urbin.
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employé le tuf, la pierre de Césène, la terre cuite et le marbre, celui-ci réservé pour l’intérieur.
La façade principale n’offre pas la netteté de celle des palais florentins : c’est qu’elle se rattache à des corps de bâtiments préexistants. Le cortile, au contraire, par son étendue, son ampleur et son harmonie, laisse loin derrière lui les constructions similaires de Florence. Quant à la loge à triple étage, qui s’ouvre entre deux tours à encorbellement1, elle présente un mélange inexprimable de grâce et de fierté. M. Schmarsow l’a rapprochée, avec beaucoup de sagacité, de l’arc de triomphe de Naples, encastré, comme elle, entre deux tours circulaires. Les détails n’offrent pas moins de distinction, depuis les encadrements des fenêtres, si riches et si purs, jusqu’aux escaliers si ingénieusement disposés.
A l’origine, le palais renfermait, d’après le poète Antonio de Mercatello2, 200 salles et chambres, 660 portes et fenêtres, 40 cheminées, « qui ne fumaient jamais ». On y admirait avant tout la grande salle avec les tapisseries de Y Histoire de Troie, la bibliothèque, le cabinet de travail (« studio ») du duc, la chapelle. Partout une décoration riche et de bon goût : sur les chambranles des portes et des fenêtres, sur les frises des cheminées, des arabesques, des rinceaux, des trophées, des grotesques, parfois même une danse d’enfants3 4. Bon nombre de ces sculptures avaient pour auteur le Milanais Ambrogio Baroccio. Cependant, d’après quelques vers assez obscurs de Mercatello, les Florentins semblent également y avoir eu une part considérable. Les vantaux des portes et certaines parois avaient pour ornements de véritables tableaux en marqueterie; Luciano ne dédaigna pas d’y mettre la main. Des communs très étendus, des citernes, un puits et un jardin rempli de plantes rares, complétaient cette demeure seigneuriale.
« Le palais d’Urbin, dit M. Schmarsow1, est le berceau du style que nous concevons dans sa perfection, lorsque nous prononçons les noms de Bramante et de Raphaël. Ici, dans ce palais d’Urbin, s’est accomplie l’évolution victorieuse de la Première Renaissance vers la pureté classique. Malgré toute notre vénération pour Bramante, nous devons reconnaître que Luciano surpasse tous ses contemporains par la noblesse des profils et de certaines proportions, et qu’il est souvent difficile de le distinguer de son élève Bramante. » M. de Geymüller, de son côté, affirme que Luciano de Laurana, seul parmi les prédécesseurs de Bramante, nous montre cette beauté et cette élégance de certaines proportions, cette « morbidesse » de l’ornementation qu’on ne peut désigner que sous le nom de bramantesque5.