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LES ARCHITECTES VÉNITIENS

Le palais de Gubbio, moins connu que le palais d’Urbin, a également pour architecte Luciano de Laurana.

L’activité déployée par les bâtisseurs florentins n’était rien au prix de celle dont firent preuve leurs émules vénitiens ; grâce à des ressources splendides, églises et palais naissaient comme par enchantement, quelque défavorables que

Cortile du palais ducal d’Urbin.

fussent d’ailleurs les conditions dans lesquelles l’architecture était appelée à se dé velopper : la difficulté de bâtir sur un sol mouvant, auquel des pilotis seuls pouvaient donner quelque solidité; celle de trouver de l’espace, de l’air et de la lumière dans ce dédale de ruelles; puis, au point de vue du style, ce mélange d’éléments incohérents,, byzantins, arabes, gothiques, antiques1. Si le goût des Vénitiens avait égalé leur magnificence, nul doute qu’ils n’eussent rapidement pu rivaliser avec les Florentins, car au fond c’était une race artiste; mais voilà

I. Bibl. : Cicognara, le Fabbriche più cospicue di Vcne\ia. Venise, 1810-1820. — 2' édit., 1830-1840. — Cicogna, Iscri\ioni veneyiane. Venise, 1824-1865, 0 vol. in-fol. — Selvatico, Sulla Architettura e sulla Scultura in Vene\ia. Venise, 1847. — Ruskin, tlie Stones of Venice. Londres, 18S1, 3 vol. — Yriarte, Venise. Paris, 1878. — Enfin les ouvrages indiqués ci-dessus, p. 162.

précisément leur côté faible : sollicités par les influences diverses avec lesquelles leur commerce les mettait sans cesse aux prises; pieusement attachés à la tradition, et cependant pleins de curiosité pour ces nouveautés qu’ils entendaient vanter partout, ils ne surent ni distinguer, ni prendre parti. Après avoir sacrifié, jusque vers 1400, à ce que le savant marquis P. Selvatico a appelé le style « arabo-archiacuto » (arabo-ogival), ils oscillèrent à tel point entre le style gothique et le style antique, que, dans la cour du palais des Doges, ils construisirent sur un rez-de-chaussée voûté en plein cintre un premier étage voûté en ogive. Si à tant de causes de trouble nous ajoutons la rareté des architectes nourris aux sources vives de l’art toscan (seul Michelozzo fit à Venise un séjour, de peu de durée d’ailleurs, en iq33; tous les autres architectes étaient des Vénitiens ou des Lombards), nous comprendrons aisément pourquoi l’architecture vénitienne du quinzième siècle est plus riche que pure, plus pittoresque qu’harmonieuse, pourquoi tant de motifs charmants se trouvent jetés sur des façades sans unité, pourquoi l’ornementation, cette suprême ressource des architectes aux abois, l’emporte à tout instant sur l’ossature même des édifices.

Un des phénomènes de la vie artiste à Venise, ce sont les dynasties d’architectes : les Bon ou Buon, les Bregno, Riccio ou Rizzo, les Lombardi; ne diraiton pas que la forte constitution de la cité et l’organisation par castes réagissaient jusque sur le domaine des arts! Je n’essayerai pas ici de débrouiller la généalogie, terriblement compliquée et incertaine, de ces familles. Il suffira au lecteur de savoir que Giovanni di Bertucci (Albertuccio) Bon avait pour fils Bartolommeo et Pantaleone, et qu’ils auraient commencé ensemble en 1404, d’après le Cicerone, la façade du palais des Doges, terminée vers 1463. Je dois toutefois ajouter que, d’après une communication de M. Cecchetti, surintendant des Archives de Venise, on ne connaît de Giovanni Bon aucun document antérieur à 1423. Quant à Bartolommeo di Giovanni, il ne doit pas être conlondu avec un autre Bartolommeo Bon qui mourut en 1529'.

Martino Lombardi et son fils Pietro di Martino Lombardi, les chefs de la célèbre dynastie de ce nom, avaient pour patrie Carona (voy. page 168); leur nom de famille aurait été Solari \ Pietro mourut vers i5i5; il eut pour fils Tullio Lombardo (ÿ i532?) et Antonio (f 1 5 1 6) . Quant à Moro Lombardo, il semble avoir été originaire de Bergame.

Dans l’architecture religieuse, le trait le plus saillant, ce sont les efforts des Vénitiens pour créer un type de façade qui conciliât la tradition byzantine avec les innovations des Florentins. On a vu (page 409) combien ces essais furent malencontreux; la gravure de la façade de l’église San Zaccaria (commencée en 1456, sur les plans d’Antonio di Marco selon les uns, de Martino Lombardo selon les autres) dispense à cet égard de tout commentaire : les volutes de

1. Caffi, dans VArle e Storia, i885, p. 81-82, 89-90, 145-146.

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