L’ETUDE DU NU. — F, ES RACCOURCIS
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msser singulièrement les sculpteurs, grands ou petits; en général les attitudes ont quelque chose de force, les mouvements quelque chose de brusque, de raide et d étriqué. Prenons un des motifs favoris de la Première Renaissance : les Anges qui volent ou qui s’agenouillent aux côtés d’un tombeau, d’un tabernacle, d’un retable; neuf fois sur dix, une des jambes, avec la draperie qui l’enveloppe, est ramenée trop près du corps et paraît trop courte. Exemples : les Anges de Verrocchio au Musée du Louvre (collection Thiers) et au monument de Forteguerra (dôme de Pistoia), les Anges d’une série de retables des délia Robbia énumérés ci-dessus (page 358), les Anges d’Antonio Rossellino ou de Mino sur la chaire intérieure du dôme de Prato, ceux de Benedetto de Majano, sur le tombeau de Philippe Strozzi, à Santa Maria Novella, et bien d’autres encore.
S’agit-il au contraire
de représenter des en Enlants tenant des bouquets, attribués à Simone Ferrucci.
fantS, la connaissance (Temple des Malatesta à Rimini.)
et la possession du nu
ne laissent plus rien à désirer; debout, se serrant contre leur mère, couchés mollement, emportés dans une ronde bachique, partout ces favoris de la Première Renaissance se montrent à nous pleins d’aisance, de liberté ou de crânerie, dans les attitudes les plus naturelles, chez les délia Robbia, chez Desiderio, même chez Verrocchio, avec son délicieux Enfant au dauphin , aussi bien que chez Donatello. On ne voit véritablement pas ce que le siècle suivant a pu y ajouter. Gardons-nous bien d’attribuer cette supériorité au hasard; il est tout naturel que les quattrocentistes aient excellé dans l’interprétation des sentiments et des formes qui répondaient le mieux à leurs propres
sentiments.
Bien différents des peintres (voy. page 3o8), les sculpteurs ne donnèrent que rarement à leurs compositions le caractère d’ouvrages de genre : ils surent se maintenir, sauf de rares exceptions, dans le style historique, et se garder de l’abus des portraits, aussi bien que de celui des costumes contemporains. Essayons, avant d’aller plus loin, de définir cette question si intéressante du costume.
Autant de maîtres, autant de systèmes différents de draperies. Disons tout de suite que celui qui sait draper ses personnages — hommes ou femmes — avec la science la plus consommée, le goût le plus exquis et la plus grande variété, c’est Ghiberti, non pas le Ghiberti des statues d’Or San Michèle, mais le Ghiberti de la seconde porte, celui qui a eu le loisir de s’initier .aux infinies ressources de la statuaire grecque. Avec les fresques peintes par Michel- Ange sur le plafond de la Sixtine, cette seconde porte est peut-être l’arsenal où la sculpture moderne a trouvé le plus à puiser. Ce que l’artiste florentin a mis d’ingéniosité, de rythme et de désinvolture dans ses draperies, qui tantôt enserrent le corps comme une cuirasse, et tantôt lui laissent toute la liberté de ses mouvements, ne saurait s’exprimer avec des paroles.
Tout autres sont les draperies mouvementées et boursouflées, soit de Jacopo délia Quercia, soit de Donatello. Au début, dans son Saint Pierre, et un peu moins dans son Saint Marc d’Or San Michèle, ce dernier s’astreint au costume traditionnel : tunique, manteau, sandales à l’antique, draperies retombant en plis plus ou moins réguliers, avec adjonction d’une grosse ceinture en étoffe. Mais bientôt il se sent gêné par ces vêtements de commande et met ses héros à l’aise : ils ne rougissent plus de montrer une jambe nue, comme le David de marbre, des bras nus, comme le Zuccone, la poitrine nue, comme le Jérémie, en attendant que tout costume disparaisse, comme dans le David de bronze. — Aux plis, plus ou moins réguliers, des étoffes de laine ou de lin interprétées par les sculpteurs grecs et romains ou les sculpteurs gothiques, aux cassures du lourd brocart de soie et d’or, le Florentin substitue les draperies lâches, flottantes, indécises, avec des bouillonnements rappelant ceux du cuir, des manteaux négligemment noués sous le menton, comme dans le Saint Georges, les peaux de bique de ses Saint Jean, les haillons de son Jérémie. Précédant en ceci Michel-Ange, il montre surtout de l’aversion, à moins que ce ne soit de l’incapacité, vis-à-vis du costume de son temps : habitué à placer tous ses personnages dans un monde héroïque et à faire du grand art historique, ce génie impatient de tout joug repousse les modes contemporaines comme une atteinte à la dignité de son art (son Niccolô da U^ano même est costumé à l’antique), faisant prolession de
Statuette de Prophétesse.
(2° porte de Ghiberti.)
Étude pour la Vierge du tableau du Louvre
Fac-similé d’un dessin de D. Ghirlandajo (Musée des Offices.)