SIENNE
placé à une demi-douzaine d’étages plus bas, ces palais de briques avec leur façade ondulée, leurs créneaux, leurs tourelles, parfois leurs mâchicoulis, suivant avec une docilité parfaite le cours des rues les plus sinueuses, ou encore suspendus aux flancs de collines abruptes, de telle façon que leur façade soit de plain-pied et que le derrière surplombe sur un abîme, voilà où éclate le triomphe de l’architecture du moyen âge. La Renaissance, elle, signifie avant tout l’avènement de
Vue de Sienne.
la netteté et de la clarté, de la régularité et de la lumière; aussi a-t-elle besoin, pour faire valoir tous ses avantages, de grandes surfaces planes : quand un édifice est disposé par masses verticales, comme les édifices gothiques, peu importe que le sol soit irrégulier ou non ; mais quand les lignes horizontales en forment la note dominante, comme dans les édifices de la Renaissance, que reste-t-il, étant donné un terrain inégal, des effets fondés sur l’alignement, sur la symétrie, sur un développement simple et noble ?
Si nous ajoutons que les montagnards sont plus attachés à leurs traditions que les habitants de la plaine, que le style gothique et les croyances religieuses avaient fini par s’identifier à leurs yeux, nous comprendrons pourquoi la Renaissance a mis tout un siècle à triompher à Sienne, aussi bien qu’à Arezzo (j’excepte la partie de la ville qui se trouve dans la plaine, avec le couvent de Sainte- Marie des Grâces), à San Gemignano, à Volterra, à Cortone, puis dans l’Ombrie, à Pérouse, à Orvieto, à Spolète, etc., etc. Urbin est la seule ville de ce genre où
un monument de premier ordre, le palais ducal, ait pris naissance : il a fallu, pour opérer ce miracle, l’énergie du duc Frédéric.
La cause de la Renaissance est-elle en jeu, les Siennois sont forcés d’abdiquer, sauf de rares exceptions, où ils ont la bonne fortune de compter dans leurs rangs des champions de l’art nouveau : Giacomo délia Quercia, le grand sculpteur, Francesco di Giorgio Martini, le grand architecte et ingénieur, et aussi, dans un rang inférieur, l’architecte Antonio Federighi. Telle est d’ailleurs la pénurie de ces maîtres qu’à tout instant il faut foire appel à des artistes du dehors : à Ghiberti et à Donatello, pour les bas-reliefs de la cuve du baptistère; à Bernard Rossellino, pour la construction du palais Piccolomini; à David Ghirlandajo, en 1493, pour les mosaïques du Dôme. L’insuffisance de leurs peintres surtout éclate au grand jour : Pie II, dont le goût manquait quelque peu de netteté, eut seul l’idée d’en occuper un, le Vecchietta, aux retables de la cathédrale de Pienza.
Les principales œuvres d’art qui prennent naissance à Sienne pendant le quinzième siècle, période troublée et sans gloire, sur laquelle l’élévation au pontificat de Pie II, Siennois d’origine, et les fondations de ses parents les Piccolomini, jettent seules quelque éclat, sont : la décoration d’une partie du palais public (fresques bizarres, presque comiques, de Taddeo di Bartolo, représentant les Hommes célèbres de l’antiquité et les Planètes (1414); — Vie du pape Alexandre III, par Matteo Spinelli, 1408; — incrustations en bois de couleur du chœur de la chapelle, 141?), la fameuse fontaine de Giacomo délia Quercia, la cuve baptismale, la Loge des officiers ou « Casino nobile » (1417), l’oratoire de Sainte-Catherine (1484), la Loge du Pape, par A. Federighi (1460), le palais Piccolomini, dont il vient d’être question, et les palais Nerucci et Spannocchi. Deux fois, en 1439 et en 1442, des étrangers essayaient d’acclimater à Sienne la tapisserie de haute lisse (voy. plus loin le chapitre consacré à cet art), mais sans grand succès. Pandolfo Pétrucci, maître de la ville, dans les dernières années du quinzième siècle, se garde bien d’ailleurs de prendre les Médicis pour modèles; le nombre des œuvres d’art dont on peut faire honneur à cette famille, célèbre surtout par ses crimes, est des plus limités.
Une mention doit être accordée aux Piccolomini, parents et héritiers du pape Pie II : ils continuèrent ce que celui-ci avait commencé si brillamment à Sienne; le cardinal François surtout, pape pendant quelques jours sous le nom de Pie III, laissa des témoignages de son goût dans la « libreria » de la cathédrale, décorée par Pinturicchio de ses fameuses fresques.
Rappelons enfin les Spannocchi, riches banquiers siennois, qui commencèrent en 1471 la construction d’un palais, aujourd’hui occupé par le «Monte dei Paschi », qui protégèrent le fameux mécanicien et horloger Dionisio de Viterbe (lettre de 1477 adressée à Laurent le Magnifique1), et qui, en appelant dans