‹ Histoire de l'art pendant la RenaissanceChapitre 237 sur 337 · C. Perkins, Ghiberti et son École, p. 1 29- 1 .In · texte numérisé non relu

C. Perkins, Ghiberti et son École, p. 1 29- 1 .In

La Deuxieme Porte de Ghiberti. (Fragment.)

GHIBERTÏ.

fut enrichie de figures et d’ornements nombreux. Sur le devant, Notre-Seigneur placé sur un trône, entouré d’anges; sur le côté opposé, la Madone dans la même attitude. Le bord de la mitre contenait les quatre Évangélistes et des anges de petite dimension. Le tout était d’une grande magnificence. » — Cette merveille de l’orfèvrerie fut fondue par Benvenuto Cellini, en 1 5 2 7 , lors de ce funeste siège de Rome qui causa la perte de tant d’œuvres d’art.

« A cette même époque, ajoute Ghiberti, j’ai monté en or une cornaline de la grosseur d’une coquille de noix, sur laquelle quelque grand maître de l’antiquité avait gravé trois figures (Je Supplice de Marsyas).

Je fis un dragon dont les ailes étaient à demi déployées. Avec la tête baissée il soutenait de son cou recourbé la pierre qui reposait entre ses ailes. Le dragon ou serpent dont je parle fut entouré de feuilles de lierre que j’ai ciselées de mon mieux. »

Essayons de détermi- Un Miracle de saint Zanobi.

ner les rares qualités de (Châsse de saint Zanobi, cathédrale de Florence.)

Ghiberti, ainsi que les

lacunes de son talent. Il est avant tout, et sur ce point nous ne serons pas contredit, un maître gracieux plutôt que puissant, accessible aux beautés de la nature autant qu’à celles de l’art, et non une de ces organisations ardentes et portées à la synthèse, telles que Donatello. Les recherches scientifiques chères à ce dernier, et notamment les recherches anatomiques, ne sont point son fait. Il ne l’a que trop prouvé dans ses raccourcis, d’ordinaire fort insuffisants et qui révèlent une connaissance assez superficielle du corps humain. Ne lui demandons pas non plus de peindre des sentiments violents, des scènes dramatiques. Ses acteurs ou actrices, noblement drapés comme des statues antiques, perdraient tout leur charme s’ils se laissaient aller à quelque geste exagéré; il ne faut pas qu’ils dérangent les plis si harmonieusement disposés de leurs tuniques, ni qu’ils forcent ces attitudes empreintes d’une dignité si parfaite. En cela Ghiberti est. un héritier des Grecs; chez lui comme chez ceux-ci la beauté passe avant l’expression dramatique.

Pour achever de caractériser l’auteur des portes du Baptistère, je ne saurais mieux faire que de le placer en regard de Donatello. Que de contrastes! Tandis que Donatello gaspille ses forces, Ghiberti les concentre sur une oeuvre unique; tandis que Donatello poursuit la solution des problèmes les plus ardus, Ghiberti se contente de plaire et d’enchanter; son succès a dû être plus général, sinon aussi profond, car la foule préférera toujours le talent au génie. On pourrait continuer indéfiniment ce parallèle : Ghiberti est avant tout un bas-reliéviste, Donatello embrasse la statuaire sous toutes ses formes; Ghiberti s’attache au fini, Donatello à la grandeur. Le point sur lequel ils se sont peut-être le plus souvent rencontrés, c’est leur admiration pour l’antiquité. Mais ici encore les prédilections de l’auteur des Portes s’éloignaient de celles de Donatello. Tandis que ce dernier préférait les œuvres plus mouvementées de la statuaire romaine, Ghiberti recherchait les plus pures figures du plus pur art grec.

Donatello, nous l’avons vu, renouvela l’iconographie religieuse, traitant chaque figure d’après ses idées propres. Ghiberti au contraire (comme Luca délia Robbia) tint compte des habitudes du moyen âge, et s’efforça surtout de donner à ses saints le plus de beauté, de sérénité ou de majesté possible. Donatello ne recula pas devant le réalisme le plus outré; ses deux émules, sans renoncer à s’inspirer de la nature, aussi bien d’ailleurs que de l’antique, cherchèrent avant tout à idéaliser. Heureuse la ville qui peut posséder simultanément des artistes aussi différents, et chacun aussi éminent dans son genre!

Ghiberti vécut jusqu’en i q55, entouré d’une famille nombreuse, riche, considéré. Il employa ses dernières années à enrichir son cabinet d’antiques et à écrire ses Commentaires (voy. pages 206, 209, 368).

Ses fils continuèrent ses traditions, et la famille Ghiberti compta jusqu’au seizième siècle des sculpteurs distingués. Mais l’artiste avait laissé un souvenir bien autrement impérissable dans ces portes qui, depuis plus de quatre siècles, n’ont cessé d’enchanter les amateurs de tout pays et de toute condition, par la grâce, la tendresse, le charme infini qu’elles respirent.

Dès le début, on est frappé de ce fait que, malgré l’influence prodigieuse exercée par Donatello, malgré la multiplicité de ses élèves, l’Lcole de sculpture florentine, après lui, s’écarte du réalisme pour entrer dans la voie de la conciliation. Les maîtres dont nous allons nous occuper n’ont plus rien de la farouche grandeur de Donatello, de sa « terribilità » ; ils s’attachent à la fois à l’expression religieuse et à l’élégance de la forme, et parla se rapprochent davantage de Ghiberti ; il se produit comme une réaction contre les excès de Donatello; la grâce et la beauté rentrent dans leurs droits; l’âpreté fait place à la douceur. Ges maîtres ne s’élèvent pas au sublime; ils restent dans les régions

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