‹ Histoire de l'art pendant la RenaissanceChapitre 238 sur 337 · BERNARDO ROSSELLINO · texte numérisé non relu

BERNARDO ROSSELLINO

tempérées, ils reprennent par le menu les grandes lignes tracées par leurs immortels devanciers.

Tel est surtout le rôle qu’ont joué dans la sculpture les deux frères Rossellino, Desiderio da Settignano, Mino da Fiesole, puis Verrocchio.

Vasari a insisté d’une façon fort judicieuse sur les tendances techniques des Rossellino : « après Donatello, dit-il, Antonio Rossellino ajouta à l’art de la sculpture un certain poli et un certain fini, cherchant à dégager et à arrondir ses figures. » En effet, ils évitent avec soin ce qu’il y a de heurté chez Donatello, ménagent les transitions, augmentent le rythme. La haute perfection de l’art florentin est due en grande partie aux efforts de ces artistes sages et laborieux, sinon puissants; à la fougue ils substituent la discrétion, la délicatesse; pas de sublimes audaces, mais pas de fautes grossières non plus; aussi plaisent-ils davantage au commun des amateurs.

La gloire d’Antonio Rossellino a relégué dans l’ombre celle de son frère Bernardo, dans lequel on s’est plu à voir le représentant de l’architecture (voy. pages 468-469), tandis qu’Antonio passait pour celui de la sculpture. Je voudrais établir ici que Bernardo l’a emporté à la fois comme architecte et comme sculpteur.

Un des plus anciens ouvrages de sculpture de Bernardo, Y Annonciation, en ronde bosse, orne l’église de la Miséricorde à Lmpoli. Les deux figures furent commandées en 1447; le délai accordé au maître fut de quatre mois; la rémunération s’élevait seulement à 36 ducats d’or '. C’est une page d’une grande pureté et d’une grande distinction, à laquelle on 11e peut reprocher qu’un peu de froideur.

Le chef-d’œuvre de Bernardo est le mausolée du fameux humaniste Leonardo Bruni cY A reçço (f 1444), dans l’église Sainte-Croix à Florence1 2. Grâce à sa double compétence comme sculpteur et comme architecte, Bernardo a réussi à donner à ce monument une noblesse, une pureté et une harmonie qu’aucun contemporain n’a pu réaliser au même degré.

Le monument de la Beata Villana, à Sainte-Marie Nouvelle, fut commande en 1 q5 1 . L’artiste, par un artifice qui a donné lieu à bien des critiques, s est efforcé d’obtenir avec un bas-relief toute la profondeur de la ronde bosse. La sainte, la tète posée sur un coussin, les mains croisées sur la poitrine, les pieds nus ceints de sandales, repose sous un baldaquin, d une forme peu heureuse, dont deux anges, d’une beauté parfaite, surtout celui de gauche, soulèvent les lourdes extrémités. La tète offre comme 1 expression d un doux recueillement. Les draperies, peut-être un peu trop chiffonnées, rappellent la manière de Donatello. C’est une page aussi originale quemue, et qui contraste à tel point avec la gravité habituelle de Rossellino, a\ec

1. J’ai publié le contrat dans le Courrier de l'Art , i885, p. 638.

2. L’ensemble gravé ci-dessus p. 25, est décrit p. 423, la statue gravée p. 840.

la recherche de la symétrie, que Vasari a cru pouvoir l’attribuer à Desiderio.

Le monument de Laqçari, dans l’église Saint-Dominique à Pistoia, est dû à la collaboration de Bernard et de son frère Antoine. L’œuvre abonde en détails charmants : admirons ce petit bas-relief, si léger, si vif, si suave, représentant le professeur en chaire, au milieu de ses élèves. Les deux génies s’élançant vers le cartouche qui porte l’inscription sont moins heureux; le mouvement est exagéré, nullement en rapport avec le rôle de ces figures. Plus haut, le défunt

Tombeau de la Beala Villana, par B. Rossellino. (Eglise Santa Maria Novella à Florence.)

est représenté étendu sous un baldaquin, dont deux anges, aux gestes un peu trop vifs, écartent les extrémités.

Antonio Rossellino, le frère de Bernardo, naquit à Florence en 1427; il y mourut vers 1 479. Sa biographie n’offre aucun trait saillant : son œuvre, voilà la préoccupation de sa vie. Il semble avoir peu voyagé, car ceux de ses ouvrages que l’on voit à Naples, par exemple, peuvent parfaitement avoir été exécutés à Plorence même, ainsi que cela eut lieu pour les mausolées commandés à Donatello et à Michelozzo.

Le chef-d’ œuvre d’ Antonio, le mausolée du Cardinal de Portugal, dans la basilique de San Miniato, aux portes de Florence, lui fut commandé en 14O1, au prix de 426 florins d’or. Le monument est d’une richesse éblouissante : des incrustations y rehaussent l’éclat du marbre. Mais la perfection de la maind’œuvre ne le cède pas au luxe de la matière première. Le soubassement, en

E. Müntz,

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