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CHAPITRE IV

JACOPO DELLA QUERCIA ET L’ÉCOLE SIENNOISE. — l’ÉCOLE ROMAINE. — LA SCULPTURE A NAPLES, A VENISE ET EN LOMBARDIE.

n ne tenant compte que de la chronologie, Giacomo ou Jacopo délia Quercia, dont la carrière se partagea entre sa ville natale Sienne, Lucques et Bologne1, aurait dû figurer en tête des sculpteurs italiens de la Renaissance; il était en effet déjà célèbre à l’époque où Ghiberti, Brunellesco et Donatello faisaient leurs premières armes. Mais ce puissant génie, malgré son originalité, ou peut-être en raison même de son originalité, a exercé peu d influence sur les contemporains, n’a pas formé école, et partant ne se rattache pas au grand mouvement d’émancipation dont les Florentins ont pris 1 initiative au début du quinzième siècle. Force nous est donc de 1 étudier a part, dans une section spéciale, que nul d’ailleurs ne saurait remplir plus dignement que lui.

Giacomo ou Jacopo délia Quercia naquit à Sienne en i3pi ou emiron. Son père, Pietro di Angelo di Guarnieri, était originaire de Quercia Giossa, château détruit des environs de Sienne : d’où le surnom de « délia Quercia ». Apiès l’achèvement de la fameuse « Fonte Gaja », ce surnom alterna parfois a\ec

l. Ce grand artiste attend encore une monographie; ses œuvres n’ont même été reproduites qu’en partie. On pourra consulter sur lui, outre la biographie de Vasari, les notices de Perlons et de Burckhardt, ainsi qu’un article de M. Sidney Colvin dans the Portfolio, té\rier n,}).-).

E. Müntz. — I. Italie. Les Primitifs.

celui de « Giacomo délia Fonte », Jacques de la Fontaine. Pietro di Angelo, qui était orfèvre, servit sans doute de premier précepteur au jeune Giacomo.

D’après Vasari, Giacomo ne comptait que dix-neuf ans lorsque en i3go les Siennois le chargèrent d’exécuter une statue équestre, plus grande que nature, représentant le général favori qu’ils venaient de perdre, Giantedesco da Pietraviala (et non Giovanni d’Azzo Ubaldini, comme le biographe le rapporte par erreur), et destinée à prendre place sur le catafalque. Giacomo, mélangeant habilement le bois, le foin, l’étoupe, la terre, la pâte, la colle, improvisa un mannequin auquel une couche de couleur blanche donna toutes les apparences d’une statue de marbre : du coup il obtint les suffrages de la cité entière.

Peu de temps après, délia Querc'ia quitta sa ville natale : on a rattaché son départ à l’expulsion des Malevolti en i3gi. Il ne*serait pas impossible que dès cette époque il eût fait un séjour à Lucques, en compagnie peut-être de son père1. En 1401, notre artiste prit part au concours de la porte du Baptistère de Florence : telle était dès lors son expérience des choses de la sculpture, qu’au lieu de présenter une maquette, comme ses concurrents, entre lesquels, on le sait, brillaient au premier rang Brunellesco et Ghiberti, il soumit immédiatement aux juges un bas-relief tout terminé. Malgré le mérite de cet ouvrage, il se vit écarté : aussi bien le moyen, pour un Siennois, étant donnée la rivalité entre les deux cités, de l’emporter sur un Florentin dans un concours dont les juges avaient pour patrie Florence !

Puis nous trouvons de nouveau délia Quercia à Lucques, où il sculpte pour le dôme le mausolée d’Ilaria, femme de Paul Guinigi et fille du marquis del Caretto, morte en iqoS, après deux ans de mariage seulement2.

La statue, d’un marbre blanc superbe, légèrement veiné, nous montre une jeune femme, la tête posée sur un double coussin, les mains croisées sur la poitrine, les pieds voilés par sa robe et appuyés contre un chien. Le visage, au menton proéminent, à la bouche mignonne, au nez droit et fin, aux cheveux bouclés ceints d’une guirlande, est aussi fier que délicat; soutenu et encadré par une collerette montante, il respire une fraîcheur et une distinction souveraines, sans ressembler à aucun des types qui l’ont précédé. Les draperies sont amples, nettes et harmonieuses, quoique la taille, indiquée par une ceinture un peu lâche, soit excessivement courte, ù la mode du temps, et que les manches du vêtement supérieur, des manches à la juive, démesurément larges, jurent avec l’étroitesse des manches de la robe, collantes et serrées à la hauteur du poignet. L’ensemble

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