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LES SCULPTEURS ROMAINS

Les premiers sculpteurs florentins qui firent leur apparition à Rome furent Donatello, que nous savons avoir travaillé sur les bords du Tibre vers iqoS d’abord, en iq33 ensuite (voy. page 5 18), puis cet énigmatique Simone, d’après Vasari le propre frère de Donatello, ce qui est inadmissible; d’après d’autres, l’orfèvre Simone di Giovanni di Simone Ghini, ou encore l’orfèvre Simone di Giovanni di Giovanni (tous deux fixés à Rome, le premier à partir de 1427 au plus tard, le second à partir de 1434 ou 1 435) . Ce Simone, quel que soit son nom de famille, fondit en iq33, affirme-t-on, la dalle funéraire en bronze du pape Martin V, à Saint-Jean de Latran. Quant à Donatello, il laissa à Rome, outre le tabernacle de Saint-Pierre, que nous avons mentionné plus haut, la dalle funéraire de Crivelli à l’Ara-Cœli.

Parmi tant de travaux intéressants, la tâche la plus enviable, l’exécution des portes de bronze de Saint-Pierre, échut à un sculpteur d’une rare médiocrité, sans tempérament, à l’imagination prosaïque, au style plat : j’ai nommé Antonio Averulino, surnommé Filarete. Ce personnage n’a plus besoin d’être présenté au lecteur ; mais si nous n’avons pas marchandé les éloges à l’habile architecte du grand hôpital de Milan (page q8q), nous avons le devoir, le strict devoir, de dire son fait à celui qui en sculpture était indigne de délier les cordons des souliers à n’importe lequel de ses compatriotes.

L’idée de doter la basilique du Prince des Apôtres de portes monumentales en bronze fut évidemment suggérée au pape Eugène IV par la vue des portes du Baptistère de Florence, auxquelles travaillait alors Ghiberti. Il la mit à exécution avant même de quitter Florence pour retourner à Rome. Commencées par Filarete en 1439 au plus tôt, avec la collaboration d’Agnolo, Jacopo, Gianelli, Pasquino (da Montepulciano), Giovanni, Varrone1 2 3, peut-être aussi de Simone Ghini, les portes furent mises en place le 26 juin 144b.

Les portes contiennent, sans compter la bordure entourant chacun des deux vantaux, quatre grands cadres, deux petits, et quatre bandes dans les intervalles '. En haut, d’un côté le Sauveur et de l’autre la Vierge, assis sur des trônes. Audessous, saint Paul tenant le glaive et ayant à ses pieds le vase mystique, « le vase d’élection », d’où sort la fleur où se pose la colombe; en regard, saint Pierre

1. M. Yriarte scinde en deux le Simone mentionne par Vasari, et attribue a 1 un, Simone Ghini, les ouvrages en bronze, à l’autre, Simone di Nanni Ferrucci de Fiesole, les ou\ rages en marbre.

2. Tschudi : Repertorium fur Kunstwissenschaft , 1884, p- 291-292. Cf. les Mélangés de V Ecole française de Rome, i885, p. 326. — Dans un travail récent, M. Stevenson s’est fondé sur l’inscription des portes pour soutenir qu’elles avaient été exécutées à Florence, et non a Rome ( Note sur les tuiles de plomb de la Basilique de Saint-Marc ; Rome, 1888, p. ni). Mais cette hypothèse, d’ailleurs plausible en elle-même, est contredite par 1 inscription tracée sui la réduction de la statue de Marc Aurèle dont il sera question plus loin : Filarete y déclare qu il exécuta cette copie « quo tempore fabricants est Romæ æneas (januas) templi S. Pétri. » Cl. Courajod . Galette archéologique, 1880, p. 385.

3. M. Geffroy a donné une excellente description de la porte dans la Revue des Deux-Mondes, septembre 1879, p. 876 et suiv. Voy. aussi la gravure publiée ci-dessus, p. 209.

debout, qui remet les clefs au pape agenouillé. Les petits cadres renferment des images du Martyre de saint Pierre et de saint Paul , le Couronnement de l'empereur Sigistnond, l'Arrivée de l'empereur Jean Paléologue au concile de Florence, Y Arrivée des Ethiopiens, etc. au même concile. Une des particularités des portes, c’est l’emploi de touches d’émail. Filarete semble avoir emprunté cette idée aux Siennois (voy. page 570).

Deux années environ après l’achèvement des portes, Filarete fut chargé de sculpter, pour la basilique Saint-Jean de Latran, le mausolée du cardinal A. de Ciaves, appelé le Cardinal de Portugal (f 1447). Mais les persécutions dont il fut victime (voy. page 484) semblent l’avoir empêché de terminer ce travail. Le mausolée en question ayant disparu au dix-septième siècle, il est impossible de savoir s’il était de la main, si facile à reconnaître, du sculpteur des portes.

En 1465, ainsi l’année même où il terminait son Traité d'architecture, Filarete faisait cadeau à Pierre de Médicis d’une réduction en bronze de la statue équestre de Marc Aurèle, réduction qui se trouve aujourd’hui au Musée des Antiques de Dresde1.

Un autre sculpteur toscan fixé à Rome, Isaïe de Pise, est placé par le poète Porcellio de’ Pandoni à côté, sinon au-dessus, de Phidias, de Polyclète et de Praxitèle’2. Si nous en jugeons par le seul ouvrage authentique que nous possédions de lui, le Tombeau du Pape Eugène IV (gravé page 85), c’était tout simplement un sculpteur de quatrième ordre, familiarisé avec les pratiques de l’École florentine; les seules figures véritablement élégantes de ce monument, ce sont les deux anges, en bas-relief, qui s’inclinent devant la Vierge. Quant à la statue du défunt, elle est de proportions trop trapues, reproche qui s’adresse également aux statuettes placées dans les niches. Je signalerai en outre, comme particulièrement disgracieux, le couronnement du tombeau : une sorte de volute flanquée de deux antéfixes : nous avons affaire, on le sait (voy. page 374), à une des formes qui ont donné le plus de mal à la Première Renaissance, et qu’elle n’a jamais réussi à s’assimiler complètement.

Isaïe de Pise a un titre de propriété sur deux autres monuments importants, l’Arc triomphal de Naples (iq58) et le Tabernacle de Saint André, érigé par Pie II dans la basilique du Vatican (1464); mais ce sont là droits encore indivis, car jusqu’ici aucun critique n’a pris la peine de déterminer la part d’un chacun dans ce vaste travail de collaboration.

Parmi les ouvrages d’Isaïe, le poète Porcellio cite encore le Tombeau de sainte Monique, destiné à l’église Saint-Augustin à Rome (la reconstruction de cette église ayant commencé en 1479, l’exécution du tombeau est forcément postérieure), détruit en 1760, et un groupe avec la Vierge, l'Enfant Jésus et des anges.

1. Publiée par M. Courajod dans la Galette archéologique , 1 885, p, 382-391.

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