SIXTINE. — INNOCENT VIII. LES ENVIRONS DE ROME
la suite des Médicis, figureront, comme de droit, les papes, ces alliés si dévoués de la Renaissance : on leur en a souvent fait un crime*.
Le premier, Martin V (1417-1431), de la famille des Colonna, se consacra à la restauration de la Ville éternelle, si cruellement éprouvée pendant les troubles du moyen âge, troubles plus violents et plus funestes à Rome que partout ailleurs. Puis, après avoir mené à fin cette tâche en quelque sorte négative, le sage et laborieux pontife s’occupa d’embellir à son tour : il appela auprès de lui trois des représentants les plus éminents de la nouvelle Ecole de peinture, trois novateurs chacun dans son genre : Masaccio, qui orna de fresques la basilique de Sainte-Marie Majeure, Gentile da Fabriano et Yittorc Pisanello, ces deux derniers chargés de décorer la basilique du Latran. Antérieurement, Martin V avait confié à Ghiberti le soin de ciseler une tiare et
I. Bibl. : Les Arts à la cour des Papes. Paris, Thorin, 1878 à 1882, vol. I à III. ( Bibliothèque des Ecoles françaises d'Athènes et de Rome.) — A. Bertolotti, Artisti lombardi a Roma. Milan, 1881. — Id., Artisti bologtiesi, etc., etc.
un bouton de chape. Tous ces ouvrages ont disparu; mais le nom de Martin V n’en reste pas moins attaché au souvenir des premiers rapports de la papauté,
rétablie dans ses États, avec les principaux champions de la Renaissance.
A travers le laconisme des pièces comptables et les réticences des historiens, on entrevoit un luxe très grand, peut- ‘ être encore un peu lourd, déployé tant au palais Colonna qu’au château de Genzano, près de Rome, une des créations favorites de ce pape, à qui l’on a reproché à tort son avarice.
Nature plus passionnée et plus ardente, le successeur de Martin V, le Vénitien Eugène IV (1431-1447), pénétra plus profondément aussi dans l’esprit des temps nouveaux. Son long séjour à Florence (un exil peu déguisé) le mit en relations avec les représentants les plus marquants de la Renaissance des lettres et des arts, avec les Médicis d’abord, puis avec les chefs de l’humanisme, enfin et surtout avec des artistes tels que Brunellesco,
Ghiberti, Fra Fiïippo Lippi, Antonio Averulino, surnommé Filarete; Fra Angelico, qui, malgré son mysticisme et l’archaïsme de certaines de ses figures, mérite à tant d’égards de prendre rang parmi les novateurs; probablement aussi Donatello. A Ghiberti, il commande une tiare monumentale d’une
Statue du pape Martin V, par Jacopino da Tradate. (Dôme de Milan.)