‹ Histoire de l'art pendant la RenaissanceChapitre 26 sur 337 · MEMORIAL ] · texte numérisé non relu

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Tombeau du pape Eugène IV. (Église San Salvatore in Lauro à Rome.)

répondit pas à l’attente du pape; à Fra Angelico, les peintures de la chapelle du Saint-Sacrement, toutes productions sur lesquelles nous reviendrons dans la biographie de ces différents maîtres. On trouve en outre au service d’Eugène IV, son compatriote, l’architecte vénitien Antonio Riccio, chef d’une famille fameuse

dans les annales de l’architecture; Fra Antonio, de Viterbe, qui sculpta sur les portes de bois de Saint-Pierre les principaux actes du pontificat; Silvestro Ariscola d’Aquila, le sculpteur de la châsse de saint Bernardin, à Aquila; trois orfèvres florentins distingués, Rinaldo di Giovanni Ghini, son frère Simone, et Angelo di Niccolô; enfin le célèbre brodeur napolitain Fra Giovanni. Pisanello continua, par les ordres d’Eugène IV, les fresques du Latran, et notre Jehan Fouquet fit son portrait.

Quelque fragmentaire que soit l’œuvre d’Eugène IV, ce pape avait groupé à Rome quelques-uns des éléments dont bientôt une volonté plus énergique et une intelligence plus haute devaient tirer un si magnifique parti : dès lors la Ville éternelle était le point de mire des artistes de l’Italie entière.

Parmi les prélats de la cour d’Eugène IV1, le cardinal Vitelleschi (f 1440), patriarche d’Aquilée et généralissime des armées pontificales, a marqué sa place plus profondément que tout autre. Né pour l’intrigue et pour le métier des armes plutôt que pour un ministère de paix, c’était, comme l’a excellemment dit Alfred de Reumont, un condottiere se cachant sous la pourpre cardinalice, digne successeur, par ses exploits guerriers, de l’illustre cardinal Albornoz (le grand justicier de l’Italie au quatorzième siècle), et non moins digne prédécesseur du belliqueux cardinal Scarampi. Son rôle commença lors de la fuite d’Eugène IV : chargé de combattre les barons romains, il accabla les Golonna et les Savelli, ravagea la campagne, détruisit de fond en comble Palestrine, se signala par une énergie et une cruauté sans exemple. L’Ombrie ne trembla pas moins sous ses coups : c’est lui qui chassa, en 1489, de Foligno la puissante famille des Trinci. A la fin, aveuglé par son ambition ou se persuadant qu’il était le sauveur indispensable, il s’aliéna l’esprit du pape, qui donna l’ordre de se saisir de lui. Un piège lui fut tendu au fort Saint-Ange : au moment où, ses troupes ayant passé le pont-levis, Vitelleschi se trouvait seul encore dans l’enceinte du fort, le gouverneur laissa tomber les chaînes et mit la main au collet du tout-puissant cardinal. Celui-ci tira son sabre et se défendit vaillamment : couvert de blessures, il mourut quelques jours après, soit empoisonné, comme on l’a souvent prétendu, soit des suites de ses blessures.

Jean Vitelleschi a mieux mérité de son temps et de la postérité en faisant commencer à Corneto, sa ville natale, le beau palais qu’une monographie récente vient de faire connaître dans tous ses détails. Les portes de marbre de cet édifice, sur lequel nous reviendrons, passent pour provenir de la cathédrale de Palestrine, démolie par le fougueux cardinal.

Puisque je viens de prononcer le nom de Scarampi, je m’occuperai, avant d’aller plus loin, de ce personnage, bien qu’il soit mort en 1460, longtemps après le pontificat d’Eugène IV. Né à Padoue, Louis Scarampi ou Mezzarota pratiqua

1 . L’ouvrage le plus complet et le plus digne de foi sur la biographie des cardinaux est celui de Ciacconio : Vit a et res gestæ Pontificum romanorum et S. R. E. Cardinalium, édition de 1677. 4 vol. in-folio.

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