LES SCULPTEURS VÉNITIENS
Carta1 ». « Les figures, déclare Perkins, y sont trapues, drapées classiquement,
La « Porta délia Carta » (restaurée), au Palais ducal de Venise.
i . Le bas-reliei qui représente un doge agenouillé devant le lion de saint Marc a etc ajouté il y a peu d’années seulement.
mais avec lourdeur, et manquent complètement de l’élégance que réclamait le le caractère de l’architecture. Froides, sans individualité aucune, il est impossible d’y retrouver la moindre trace de la main qui a exécuté, de l’esprit qui a conçu les sculptures du Palais ducal, si justement renommées. »
Dans les tombeaux, la tradition du moyen âge se maintint plus longtemps que partout ailleurs : d’après Perkins, l’habitude de les couronner par la statue équestre du défunt fut en telle vogue, que l’on désigna les tombeaux ainsi décorés sous le nom de « alla veneziana ». (Le savant auteur des Sculpteurs italiens qualifie cet usage d’ « absurde » : je me permettrai d’émettre un avis diamétralement opposé.) Puis ce sont des accumulations bizarres de statues placées debout ou assises, de cariatides pliées en deux, comme dans le tombeau du doge J. Marcello (f iq85), aux Frari, d’allégories prétentieuses, comme dans le tombeau du doge N. Tron (-j* 1472), aux Frari, qu’Antonio Riccio décora de dix-neuf statues plus grandes que nature et d’une infinité de bas-reliefs. Alors même que les Florentins se mettent de la partie, ils se voient forcés de compter avec les scrupules de leurs commettants : ceci nous explique pourquoi deux sculpteurs, d’ailleurs médiocres, Pietro di Niccolô de Florence et Giovanni di Martino de Fiesole, conservèrent une telle quantité d’éléments gothiques dans le mausolée du doge Mocenigo (-J- 1420), à SS. Giovanni et Paolo, ouvrage indécis, sans accent. Le mausolée du doge F. Foscari (ÿ 1457), aux Frari, fut, d’après Perkins, le premier spécimen important du style de la Renaissance à Venise.
Le chef-d’œuvre d’Antonio Bregno surnommé Riccio, de Vérone, les statues d'Adam et d'Eve, placées dans les niches qui font face à l’escalier des Géants, au Palais ducal (exécutées en 1462, mais mises en place en 1471 seulement), marquent une nouvelle évolution de la sculpture vénitienne : l’artiste véronais s’y attaqua hardiment au nu.
Mais la véritable rénovation de la sculpture vénitienne date de l’arrivée de Verrocchio (1474) et de ses travaux pour le modelage et la fonte de la statue équestre du Colleone. C’est là le moment auquel nous reprendrons, dans notre prochain volume, les annales de la sculpture vénitienne.
En dehors de Venise, depuis Padoue jusqu’à Milan, la sculpture sommeillait, presque sans avoir vécu, lorsque l’arrivée de Donatello, en 1444, fit courir dans ses membres engourdis un fluide magique. La dette contractée envers les Florentins par les architectes et les peintres de la Lombardie peut paraître légère au prix de ce que leur doivent les sculpteurs de la même région : sans eux leur vocation se serait-elle jamais révélée?
A Padoue le nom dè Donatello, qui passa près de dix ans (1 444-1453) dans cette cité vénérable, rayonnant de là dans les provinces voisines, éclipse tous les autres. La statue de Gattamelata, les bronzes de la basilique de Saint-Antoine, fixèrent rapidement l’attention de tous les artistes de la haute Italie, les ébloui-