‹ Histoire de l'art pendant la RenaissanceChapitre 255 sur 337 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

LES GIOTTESQUES ET LES PEINTRES DE LA PREMIERE RENAISSANCE. — LES SUJETS. — LE STYLE. — LA TECHNIQUE.

n est en droit d’affirmer qu’une génération, voire deux, peuvent vivre décemment sur l’héritage d’un artiste supérieur. Mais au delà de ce terme, il faut qu’une école se renouvelle ou abdique. Telle est l’alternative qui se posa pour les successeurs de Giotto. L’élan imprimé à la peinture par cet initiateur puissant n’avait pas tardé à se ralentir. Non seulement les disciples ne peignaient pas mieux que le maître, — c’eût été le moins qu’on eût pu exiger d’eux après un siècle d’efforts, — ils oublièrent môme ou perdirent une bonne partie de ses conquêtes. Et tout d’abord, ils sacrifièrent le grand principe de Giotto : l’étude directe de la nature. Pendant un temps encore, notamment dans les fresques de la chapelle des Espagnols et du Campo Santo de Pise, l’Ecole florentine et l’Ecole siennoise firent un effort en avant; bientôt fatiguées, épuisées, au lieu de consulter la nature, elles se bornèrent à copier les ouvrages de leurs fondateurs, à produire des copies de copies. Giotto, je dois le rappeler, avait surtout excellé dans la représentation des vieillards; ses types féminins, par contre, avaient manqué le plus souvent de grâce et d’élégance, et plus encore ses types d’enfants. Eh bien, ce furent ces types insuffisants, avec leurs yeux en amande et

leurs mâchoires proéminentes, que ses successeurs se plurent à reproduire. Le costume conserva chez eux l’ancienne raideur, alors que les modes s’étaient si complètement renouvelées, et que les coupes d’habits les plus bizarres, sinon les plus pittoresques, avaient succédé aux simples et graves vêtements du moyen âge.

Les principaux problèmes qui restaient à résoudre après Giotto étaient l’étude de l’anatomie, de la physionomie, de la perspective, et par suite du paysage, enfin les lois du coloris et du clair obscur.

Ce n’est pas des derniers représentants de l’Ecole de Giotto, les Giottesques, comme on les appelle, d’Agnolo Gaddi, de Francesco da Volterra, d’ Antonio Vite de Pistoia, de Spinello Aretino (à 1410), de Cennino Cennini, l’auteur du Traité de la Peinture, dont un tableau daté de 1408, une Madone (signée cen vs. de. anda. cenni. me. pinxit), est entré il y a quelques années au Musée des Offices, que l’on pouvait attendre la réforme radicale sans laquelle c’en était fait de la peinture italienne. Elevés dans des traditions depuis longtemps stériles, ils profitaient, sans tenter un nouvel effort, de la faveur qui s’attachait encore à tout ce qui rappelait le grand nom de Giotto. Seuls peut-être Starnina (f vers 1408), qui à la suite de son voyage en Castille habilla ses personnages à la mode espagnole, et Antonio Veneziano, dans ses fresques du Campo Santo de Pise, faisaient-ils exception.

Les trécentistes appartenaient à ces générations heureuses qui ne doutent de rien. Avec les connaissances les plus insuffisantes, ils abordaient les problèmes les plus ardus, les scènes les plus compliquées : peintures de batailles, drames, allégories. A ne s’attacher qu’à la richesse des idées, la variété des passions, la hardiesse des personnifications, ils se trouveraient à cent lieues au-dessus des peintres du quinzième siècle. Mais quelle infériorité, si l’on envisage leurs connaissances techniques! Ils ressemblent à ces débutants qui osent écrire une tragédie avant de savoir l’orthographe.

Pour la seconde fois nous voyons la sculpture précéder la peinture dans la voie des réformes et dicter des lois à sa sœur1. Nicolas Pisano avait annoncé

l. Bibl. : Vasari. — Lanzi, Storia pittorica delV Italia. — Rio, De l’Art chrétien. — Charles Blanc, Histoire des Peintres de toutes les Ecoles. — Le Cicerone. — Crowe et Cavalcaselle, Histoire de la Peinture en Italie, édit, allern. 6 vol. in-8°. Leipzig, Hirzel, 1869-1876. (Cet ouvrage, véritablement magistral, publié originairement en anglais, a eu les honneurs d’une édition italienne et d’une édition allemande ; nos renvois se rapportent à l’édition allemande, qui est la plus complète.) — Paul Mantz, Les chefs-d’œuvre de la Peinture en Italie. Paris, Didot, 18711. — E. Fœrster, Denhnale italienischer Malerei vom Verfall der Antike bis \um sech^ehnten Jahrhundert. Leipzig, 1870-1882, 4 vol. in-8°, planches. — Lübkc, Geschichte der ilalienischen Malerei, 2 vol. in-8“. Stuttgard, Ebner et Seubert, 1878. — Woltmann et Woermann, Geschichte der Malerei. Leipzig, Seemann, 1882. — H. Layard, Handbook of Painting, the Italian Schools (d’après Kugler et Eastlake). Londres, Murray, 1887, 2 vol. — Georges Lafenestre, La Peinture italienne, t. I. Depuis les origines jusqu'à la fin du quinzième siècle. Paris, Quantin (Manuel excellent, qui fait partie de la Bibliothèque de V Enseignement des Beaux-Arts, dirigée par

Page 1