‹ Histoire de l'art pendant la RenaissanceChapitre 257 sur 337 · I. Italie. Les Primitits · texte numérisé non relu

I. Italie. Les Primitits

La Naissance de saint Jean -Baptiste, par Domenico Giiirlandajo. (Église de Sainte-Marie Nouvelle a Florence.)

Le portrait, considéré en tant que branche distincte, prend naissance au quinzième siècle. Nous en trouvons de face, de trois quarts et de profil (ces derniers inspirés, ce semble, des médailles '), avec l’original tantôt vêtu du costume d’apparat, tantôt ayant l’air d’avoir été surpris par le peintre dans son intimité. Sauf lorsqu’il s’agit de personnages historiques, tels que les héros, hommes d’Ltat ou poètes peints par Andrea del Castagno à la villa Pandolfini, on n’admet d’ailleurs que le buste. Il aurait fallu des circonstances exceptionnelles pour faire adopter en faveur d’un contemporain, quel que fût son rang, la forme d’un portrait en pied, a fortiori d’un portrait équestre.

La Renaissance ne connaissait pas tous ces genres accessoires auxquels le dix-septième et le dix-huitième siècles donnèrent un si grand développement, sous l’inBuence de l’École hollandaise : le paysage, la peinture d’animaux, la peinture de fleurs, la nature morte. L’homme sous toutes ses apparitions, l’âme humaine, tour à tour résignée ou vibrante, voilà le thème qui lui paraissait exclusivement digne d’occuper le pinceau d’un grand artiste, et cela en France et en Allemagne aussi bien qu’en Italie. « Elle dédaigne ou néglige le paysage, dit M. Taine; la grande vie des choses inanimées 11e trouvera ses peintres qu’en Flandre; c’est l’homme que le peintre italien prend pour sujet; les arbres, la campagne, les fabriques, 11e sont pour lui que des accessoires1 2. »

Ce n’est pas que Pisanello, Piero délia Francesca, Léonard et tant d’autres n’excellassent pas dans la pourtraiture des animaux, qu’ils 11e fussent pas capables de se mesurer avec les meilleurs animaliers des siècles suivants; ce n’est pas que les paysages des Vénitiens et des Ombriens n’eussent pas toute la transparence et tout le charme souhaitables. Et si nous nous attachons à la peinture de fleurs ou à la nature morte, que de modèles incomparables, comme caractéristique et comme rendu, chez Mantegna ou chez Crivelli! Mais à cette époque il fallait que l’élément humain intervînt partout, donnant une signification et une raison d’être à chaque œuvre d’art. Autour du roi de la création se groupaient les auxiliaires qui donnent du prix à l’existence, les productions variées de la nature, les inventions de l’industrie. Quant à peindre un site pour lui-même, faire à un quadrupède l’honneur de le pourtraire au même titre que l’homme, se confiner dans des tableaux de cabinet, propres uniquement à proclamer l’habileté technique de l’auteur, non à éveiller une idée morale, voilà certes une idée qui 11e serait jamais venue à des maîtres si profondément pénétrés de la grandeur de leur mission. Le premier qui peignit une nature morte fut, on l’a vu (page 336)), un Vénitien à moitié germanisé, Jacopo de’ Barbarj ; le premier paysage prit naissance plus tard encore. Certes les Claude, les Ruysdael, les Cuyp, les Hobbéma, les Rembrandt, ont dans la suite porté cet art à sa perfection. Mais, pour s’être rattachés à un sujet, idylle ou drame,

Page 1