‹ Histoire de l'art pendant la RenaissanceChapitre 27 sur 337 · LE CARDINAL SCARAMPI · texte numérisé non relu

LE CARDINAL SCARAMPI

d’abord la médecine, mais il ne tarda pas à abandonner cette carrière pour entrer dans les ordres; il se Ht nommer successivement archevêque de Florence, patriarche d’Aquilée et, en 1440, cardinal. Après la mort de Vitelleschi, il le remplaça comme général des armées pontificales : allié aux Florentins, il fut un des vainqueurs de la bataille d’Anghiari; plus tard il prit la part la plus glorieuse à la victoire de Belgrade, remportée sur les Turcs. Sa rivalité avec le cardinal Pierre Barbo, neveu d’Eugène IV, troubla l’existence de ce prélat aussi ambitieux

Vue de Rome en 1490. (Fac-similé d’une gravure tirée du Supplementum chronicarum.)

qu’énergique, et lorsque à la mort de Pie II il se vit préférer son rival, qui monta sur le trône en choisissant le nom de Paul II, il mourut de douleur. Il avait eu le temps, dans l’intervalle, de réunir d’immenses richesses (on les évaluait à 200000 florins, quelque chose comme dix millions de francs) et une précieuse collection d’œuvres d’art (il n’était pas Padouan pour rien et ses relations avec Cyriaque d’Ancône1 n’avaient pu qu’affiner son goût), dont la perle était Y Enlèvement du Palladium , la fameuse pierre gravée qui avait appartenu en premier lieu à Niccolô Niccoli, et qui passa ensuite dans les collections de Paul II et de Laurent le Magnifique. A Rome, le cardinal perpétua son souvenir par la restauration du Campo dei Fiori, par celle de la basilique de Saint-Laurent in Damaso, où le sculpteur Paolo Romano lui éleva un mausolée; il se signala

l. Voy. Mehus, Introduction aux Lettres d’Ambroise le Camaldule, p. xxvi.

également par les travaux exécutés dans la cité et au couvent de Savello, où, à l’instar des anciens Romains, il fit construire des aqueducs. Scarampi était en outre possesseur des Arènes de Padoue, que ses héritiers firent démolir pour y construire des maisons.

Le portrait de Scarampi, peint de la main de Mantegna, est entré, du palais de Francesco Leoni, où il se trouvait au seizième siècle, au musée de Berlin. Une petite médaille, peut-être d’une facture encore plus libre et plus précise, nous a également conservé cette physionomie au nez atrophié, à la bouche rongée, empreinte d’une indéfinissable dureté1.

Un autre prélat contemporain, le cardinal Branda, né en i35o à Castiglione

d’Olona, mort en 1440, a bien mérité de la Renaissance en appelant Masolino en Lombardie pour lui faire peindre les fresques de Castiglione.

Prononcer le nom de Nicolas Y (1447-1455), c’est évoquer l’image la plus haute et la plus radieuse du Mécène italien au quinzième siècle, celle du souverain pontife qui a su allier à toutes les vertus chrétiennes le culte le plus ardent de toutes les jouissances de l’esprit, qui a peuplé Rome d’une élite de savants, de littérateurs et d’artistes, organisé la Bibliothèque du Vatican, commencé la réédification de la basilique de Saint-Pierre et du palais adjacent, rendu à sa capitale l’aspect monumental qu’elle offrait sous les empereurs, et fait d’elle, pour plus d’un siècle (de 1447, date de son avènement, à 1549, ^ate de la mort du pape Paul III), le centre, sinon le foyer, du mouvement intellectuel et artistique de la Péninsule, je devrais dire du monde entier.

Nicolas V se distingue de ses prédécesseurs, aussi bien que de ses successeurs, d’un côté par l’ardeur de sa foi et par la sainteté de ses mœurs; de l’autre par l’étendue de son programme, la distinction de son goût, une libéralité et une magnificence que seul peut-être Léon X de Médicis a égalées. Combien les efforts des papes du quinzième siècle, y compris ceux du prodigieux organisateur Sixte IV, paraissent fragmentaires à côté des siens! Il rêvait (et il eût mené à bonne fin ce rêve audacieux si la mort ne l’eût surpris après huit années de règne seulement), il rêvait la transformation de Rome entière, et tant de créations faites pour immortaliser un autre pontificat, la construction des Stances du Vatican (celles-là mêmes que Raphaël devait dans la suite couvrir de chefs-d’œuvre), la restauration des basiliques, la réédification de Saint-Pierre, ne sont que des épisodes dans cette conception véritablement épique.

1. Bihl. : Ciacconio, Vita, édit, de 1677, t. II, p. 229. — Les Arts à la cour des Papes, t. II, p. 81-169, 177-178. — Les Précurseurs de la Renaissance, p. 108-184.

Page 1