LES NOVATEURS FLORENTINS
musculeux, des barbes ébouriffées, dignes émules du Donatello qui a créé les Prophètes. Notons que ceux qui s’attachent à l’expression de la douceur passent pour manquer de tempérament. Nous retrouvons ici une tendance commune à toute l’Ecole florentine du quinzième siècle : subordonner à la solution de problèmes purement techniques l’interprétation normale d’un sujet. Pour l’un, toute la peinture ne consiste que dans la perspective; un autre ne se préoccupe que de flaire montre de ses connaissances anatomiques; puis vient la recherche du caractère poussée jusqu’à la caricature. Mais combien peu, dans ce mouvement, scientifique pour le moins autant qu’artistique, songeront à provoquer le recueillement, la piété, à exalter de hautes et saintes passions, en un mot à donner aux représentations religieuses ou patriotiques le style qui leur convient!
Les Florentins s’efforcent de prouver qu’on peut se montrer coloriste sans abuser des tons éclatants : toute une École s’applique à battre en brèche le système de coloration des Ombriens, notamment de Gentile da Fabriano, et d’une manière plus générale le système de coloration des miniaturistes, en rompant les tons et en les assouplissant (voy. page Sçô).
Pour le début du quinzième siècle comme pour celui du treizième, pour l’ère de Donatello comme pour celle de Niccolô et de Giovanni Pisano, la peinture est en retard sur la sculpture. Après avoir assisté avec cette dernière à tous les triomphes de l’âge nouveau, triomphes tellement éclatants que seul un Michel-Ange pourra les éclipser, il nous faut, en abordant l’histoire de la peinture contemporaine, singulièrement rabattre de nos exigences. Les premiers symptômes de rénovation ne s’y font sentir que vingt ans après les débuts de Donatello, de Brunellesco et de Ghiberti, et, Masaccio mort, la peinture retombe de nouveau pour ne parvenir à son affranchissement définitif qu’à la fin du quinzième siècle. C’est que le secours de l’antique, qui favorisa si puissamment les efforts des architectes et des sculpteurs, faisait à peu près complètement défaut aux peintres, et que ceux-ci durent se borner longtemps à emprunter à l’antiquité des accessoires, tels que les ornements1 2.
L’honneur d’avoir le premier rompu avec la tradition pour regarder en face la nature, l’honneur d’avoir porté ses impressions personnelles à un tel degré d’élévation qu’elles sont devenues le patrimoine commun de tout son siècle, l’honneur enfin d’avoir créé de toutes pièces un style nouveau, revient à l’illustre et infortuné Masaccio. Quel effort cet esprit ingénieux et profond n’a-t-il pas dû déployer pour flaire ainsi abstraction des habitudes qui lui avaient été inculquées par l’éducation, pour passer par-dessus l’échafaudage des subtilités d’école,' pour puiser directement aux sources, sans se laisser troubler par n’importe quelle réminiscence '!