‹ Histoire de l'art pendant la RenaissanceChapitre 268 sur 337 · I. Voyage eu Italie, t. II, p · texte numérisé non relu

I. Voyage eu Italie, t. II, p

frivole Filippino. Exceptionnellement, Filippino s’est inspiré du style de son prédécesseur; Saint Paul visitant saint Pierre en prison, Saint Pierre et saint Paul devant le proconsul, le Crucifiement de saint Pierre, enfin l’achèvement de la fresque commencée par Masaccio, la Résurrection du fils du roi, montrent une telle noblesse de composition, que l’on est allé jusqu’à soutenir que Filippino s’est servi des esquisses laissées par son prédécesseur.

Au-dessus de la porte qui du couvent conduit dans le cloître, Masaccio peignit en camaïeu, en terre verte, comme Paolo Uccello dans le cloître de Sainte-Marie Nouvelle, la Consécration de l’église par l’archevêque Corsini. Il y représenta une foule de citoyens en manteau et en capuchon suivant la procession, entre autres Brunellesco, Donatello, Masolino, Antonio Brancacci, Niccolo da Uzzano, Jean de Médicis, Bartolommeo Yalori, Lorenzo Ridolfi; il y figura en outre la porte du couvent, avec le portier tenant les clefs à la main. (On croit reconnaître ce portrait dans un fragment conservé au Musée des Offices, et gravé ci-dessus page 3 3 y ) 1 . Tous ces personnages étaient rangés par files de cinq à six; ils diminuaient de taille au fur et à mesure qu’ils s’éloignaient du spectateur. Cette peinture fut détruite en 1612, lors de travaux de reconstruction.

On a récemment découvert, dans le cloître du Carminé, quelques fresques qui se rattachent à Masaccio, — Une scène de Confession, etc., — mais qui certainement ne sont pas de sa main.

Grâce aux fresques de Masaccio dans la chapelle des Brancacci, la modeste église du Carminé, bâtie dans un des quartiers les plus déserts de Florence, fut, un siècle durant, le rendez-vous favori de la jeunesse artiste florentine. Fra Angelico, Filippo et Filippino Lippi, Alesso Baldovinetti, Andrea del Castagno, Verrocchio, Domenico et Ridolto Ghirlandajo, Sandro Botticelli, Leonardo da Vinci, Lorenzo di Credi, le Pérugin, Fra Bartolommeo, Mariotto Albertinelli, Andrea del Sarto, le Granaccio, le Rosso, Franciabigio, Bandinelli, Pontormo, Perino del Vaga, le Flamand Frans Floris, vinrent tour à tour y puiser des inspirations. C’est là peut-être que Michel-Ange reçut de Torregiani ce fameux coup de poing qui lui brisa le nez; c’est là que Raphaël copia et l’Adam et Y Eve de Masaccio, et le Saint Paul de Filippino Lippi.

1 . Remarquons à ce sujet combien les plus grands artistes ont éprouvé de difficultés toutes les fois qu’ils avaient affaire à un costume déterminé, à ce que j’appellerai un uniforme, tel que l’était le vêtement monacal. Donatello a régulièrement échoué dans cette tâche, et il a eu pour compagnons d’infortune tous ceux qui ont représenté des scètjes de la vie monacale, notament Signorelli et le Sodoma dans leurs fresques de Y Histoire de saint Benoît, à Monte-Oliveto Maggiore, près de Sienne. Les seules scènes tolérables sont celles où ces maîtres ont pu tourner l’écueil et introduire des figures accessoires. C’est que, pour la peinture de style, l’artiste a besoin d’une latitude et d’une liberté illimitées. Aussi les peintres de la Renaissance, jusques et y compris Raphaël, n’ont-ils pas hésité à combiner le costume antique avec des éléments de la mode de leur temps.

MASACCIO

Des travaux entiepiis, il y a une vingtaine d années, à Sainte-Marie Nouvelle ont ternis au joui une autre fresque importante de Masaccio, que l’on a fixée

Saint Pierre et saint Jean faisant l’aumône.

Fresque de Masaccio (Eglise du Carminé à Florence).

depuis contre la paroi intérieure de la façade. Elle montre, au centre, Dieu le Père soutenant le cadavre du Christ, sur les côtés la Vierge et saint Jean, et les portraits des deux donateurs, le mari et la femme. Comme ampleur et comme grande tournure, cette page n’a rien à envier aux fresques du E. Müntz. — 1. Italie. Les Primitifs.

Carminé; à la gravité et à la noblesse des tètes répond le jet superbe des draperies.

Vasari rapporte que Masaccio mourut en 1448, à l’âge de vingt-six ans seulement. Cette date est fausse, mais l’âge assigné à l’artiste par le biographe ne s’écarte que peu de la réalité : Masaccio mourut â Rome, probablement vers 1428, âgé d’environ vingt-sept ans. Il avait été si peu apprécié de son vivant, qu’on ne plaça même pas d’inscription sur sa tombe. Les documents nous apprennent que le grand et malheureux artiste mourut criblé de dettes, en proie à la plus profonde misère.

L’observation de la réalité joue à coup sûr un rôle beaucoup plus considérable chez Masaccio que chez ses prédécesseurs; il parvient â donner, â un degré incontestablement supérieur, l’illusion de la réalité. Partirons-nous de là pour le ranger parmi les réalistes, c’est-à-dire parmi les artistes qui copient indifféremment les qualités et les défauts d’un modèle, autant toutefois qu’il est possible de copier en matière d’art, car chacun interprète, traduit à son insu? Une telle appellation, croyons - nous ,. serait excessive appliquée au peintre du Carminé. En effet, si Masaccio prend pour base de ses figures le portrait, il ne se borne pas à la reproduction littérale du modèle qu’il a devant les yeux : il ennoblit, il idéalise. C’est par où il se distingue essentiellement de ses contemporains, Paolo Uccello et Andrea del Castagno, qui s’efforcent avant tout de donner à chaque personnage et à chaque scène le caractère qui leur est propre, sans se soucier de l’expression morale. « Masaccio, comme l’a dit M. Delaborde en termes excellents, a donc le mérite, non pas de s’être préoccupé seul, comme on l’a dit, des réalités familières, mais d’avoir, mieux qu’aucun de ses prédécesseurs, compris les conditions en vertu desquelles ces réalités peuvent devenir dignes de l’art. C’est là le vrai sens de la réforme accomplie par le jeune maître pendant les dernières années dosa trop courte vie; c’est là ce qui fait de lui, sinon l’égal, au moins l’ancêtre des plus glorieux peintres de son pays. C’est à ce titre enfin que les œuvres qu’il a laissées, si restreint qu’en soit le nombre, méritent d’être comptées parmi les monuments les plus considérables de l’art italien et que, pour répéter une parole d’Ingres, la chapelle des Brancacci doit être regardée et vénérée comme la maison paternelle des belles écoles et le berceau de la belle peinture1. »

Comparé à Uccello et à Castagno, Masaccio paraît moins familiarisé avec la perspective et moins apte à rendre la physionomie d’un personnage : c’est qu’il n’a pas, comme eux, le culte des tours de force; rien 11e lui déplaît plus que l’affectation; il lui suffit de savoir qu’il sait; qu’a-t-il besoin de

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