‹ Histoire de l'art pendant la RenaissanceChapitre 269 sur 337 · PAOLO UCCELLO · texte numérisé non relu

PAOLO UCCELLO

6iq

faire montre de sa science! L’essentiel, à ses yeux, c’est qu’à l’occasion il résoudra avec une facilité inconnue à ses rivaux les problèmes les plus ardus. Partant, point de grands efforts d’imagination, point d’éclat : mais la simplicité grandiose de l’artiste puissant et sûr de lui-même. L’art de voir et de montrer les choses en grand, la conviction profonde, la grande tournure, tels sont, en effet, plus encore que tant de progrès de l’ordre technique, les mérites qui ont valu l’immortalité au peintre du Carminé.

Assurément, il faudra bien du temps pour consolider ces conquêtes, — pouvait-il en être autrement après la catastrophe qui arrêta si brusquement une carrière commencée sous les plus brillants auspices ? — mais dès 142?, ne l’oublions pas, la Renaissance avait pénétré partiellement du moins dans la peinture aussi bien que dans l’architecture et la sculpture, et c’est à juste titre que nous associerons aux noms de Brunellesco et de Donatello de celui leur infortuné compatriote Masaccio.

Parmi les élèves de Masolino et de Masaccio, Vasari cite un certain Paolo Schiavo (Paolo di Stefano Badaloni, mort à Pise en la science des raccourcis.

Donateur agenouillé.

Fragment d’une fresque de Masaccio.

(Eglise de Sainte-Marie Nouvelle.)

1478) : il vante son extrême habileté dans

Paolo di Dono, surnommé Uccello, avait pour père un barbier-chirurgien de Pratovecchio, bourg situé dans le Casentin, à quelque distance de Poppi, la patrie de Mino de Fiesole. Né en 1897, il se distingua de bonne heure par la singularité de son existence, non moins que par celle de son style; il alliait la sauvagerie à une humeur assez facétieuse. On cite de lui quelques bons mots : un de ses clients, le prieur de San Miniato, ne le nourrissant que de fromage, le malheureux artiste prit la fuite et, toutes les fois qu’il apercevait des religieux de ce couvent, se mettait à courir de plus belle. Deux de ceux-ci, ayant un jour réussi à le joindre, le forcèrent de leur expliquer la cause de sa fuite. Uccello répondit que, par suite du régime que lui avait imposé le prieur, il était sur le point d’être transformé en fromage, et qu’il n’avait plus le courage de passer devant les échoppes des charpentiers ou des menuisiers, de crainte que ceux-ci

ne le missent en morceaux pour faire de lui du mastic. L’histoire ajoute que le prieur, enchanté de pouvoir à ce prix reconquérir le fugitif, veilla à ce qu’on lui servît désormais un menu plus varié. — Malgré sa pauvreté, Ucccllo entretenait chez lui, comme le fit cent ans plus tard le Sodoma, une véritable ménagerie, entre autres une foule d’oiseaux rares. On a prétendu, mais sans preuves suffisantes, que son surnom d’Uccello ou d’Uccelli, mot qui en italien signifie oiseau, lui vint de cette manie.

De même que la plupart des artistes toscans célèbres du quinzième siècle, Uccello débuta par l’apprentissage de l’orfèvrerie, qu’il quitta pour la sculpture. Il figura entre 1407 et 1424 parmi les aides employés par Ghiberti pour les

travaux de la première, porte du Baptistère. Puis il se laissa absorber tout entier par la peinture et plus encore par une branche de la peinture, la perspective, créée par Brunellesco. Cette science l’avait préoccupé de fort bonne heure, et il ne cessa de la cultiver avec passion jusqu’à la fin de sa longue carrière. Avant lui, au témoignage de Vasari, les

nomènes optiques si importants; il se fit initier par son ami G. Manetti à la connaissance d’Euclide; il perfectionna l’art de représenter correctement en projection les édifices les plus compliqués, de faire des raccourcis, de mettre chaque point à son plan; son triomphe était de représenter sur le papier un polyèdre à soixante-douze faces. Non seulement il négligeait l’étude de la peinture proprement dite pour ces recherches abstraites, il en vint à fuir la société. Son ami Donatello, qui le poursuivait de ses sarcasmes, le querella plus d’une fois sur ces exagérations. On connaît la plaisante réponse de Paolo à sa femme Mona Tomasa, lorsque sa tendre moitié allait l’arracher à ses calculs en lui disant : « Allons, Paolo, il est temps de te coucher. » A quoi il répondait invariablement : « Ah ! quelle belle chose que la perspective! » Mais il y a plus, chez ce maître opiniâtre et inégal, que sa passion pour une science qui a renouvelé la peinture au quinzième siècle : je veux dire une force d’observation peu commune et une précision de dessin à laquelle il n’a manqué que d’être mieux dirigée.

Dénué de toute notion de goût, Uccello n’était pas mieux partagé sous le rapport de l’imagination : chargé de peindre dans la loge des Peruzzi, à Florence, les Quatre Eléments, il choisit pour symbole de la terre une taupe, pour symbole de T eau un poisson, pour symbole du feu une salamandre, enfin pour symbole de Y air un caméléon. Hâtons-nous d’ajouter que, trompé par la similitude des noms, il donna au caméléon la forme de chameau (camello).

On aurait dit qu’ Uccello voulait supprimer jusqu’au rôle de la couleur, à

peintres procédaient en quelque sorte au hasard; lui s’efforça de réduire en un corps de doctrine ces phé-

Portrail de Paolo Uccello.

(D'après la gravure publiée par Vasari.)

Page 1