PISANELLO
peinture est profondément originale et attachante, grâce à l’absolue sincérité de ses observations et au charme qu’il a su donner à sa couleur. Mon regretté maître Charles Blanc ne s’est pas trompé lorsque, au moment de constituer le Musée des Copies, qu’on a pu voir un instant au Palais de l’Industrie, il a tenu à donner une place à Piero délia Francesca au milieu de tant de peintres éminents. Nous invitons nos lecteurs à contrôler son appréciation et la nôtre en allant examiner dans la chapelle de l’Ecole des Beaux-Arts, où elles ont trouvé un asile, les copies de plusieurs des fresques d’Arezzo.
Tandis que les Florentins s’efforcaient d’obtenir plus de précision, de vie et de vigueur, en s’aidant des procédés scientifiques récemment découverts, tels que l’anatomie et la perspective, certains maîtres de l’Italie -du Nord s’attaquaient au même problème d’une laçon tout empirique, à l’instar des Flamands. Dédaignant ou ignorant les méthodes fondées sur la raison pure, ils s’en remirent à l’inspiration du soin de leur faire voir et de leur faire peindre plus juste. Aussi n’allèrent-ils pas au fond des choses, comme les Florentins, ces dessinateurs incomparables, et auraient-ils essayé en vain de faire mouvoir le corps humain d’après les lois de l’anatomie : ils bornaient leur ambition à mettre la vérité (quelquefois il serait plus juste de dire la variété) dans les costumes, dans les figures d’animaux, dans la végétation, dans le paysage, en un mot dans ce que l’on pourrait appeler les accessoires; puis ils noyaient le tout dans une atmosphère plus fraîche et plus humide, avec des effets de brume ou d’irisation inconnus aux Florentins. De même que les architectes de leur région, ils représentent donc l’École pittoresque opposée à l’Ecole du style.
Cette direction s’incarne dans un artiste de tout premier ordre, dont notre génération seulement a reconnu le mérite transcendant, le Véronais Vittore Pisano, plus généralement appelé Pisanello1. De sa vie on sait peu de chose : né vers 1 38o, ses efforts semblent s’être partagés entre sa ville natale, Venise, les cours de la haute Italie, — Milan, Ferrare, Mantoue, — la cour pontificale et
I. Bibl. : Cavattoni, tre Carmi latini... in Iode di Vittore Pisano. Vérone, 1861. — Bernasconi, il Pisanello. Vérone, 1862. — Heiss, les Mêdailleurs de la Renaissance. 1881. — Ephrussi, A propos de Vittore Pisano de M. Aloïss Heiss. Paris, Quantin, 1881. — Both de Tauzia : l'Art; 1882, t. I, p. 221. — Bode et Tschudi : Annuaire des Musées de Berlin; 1 885. — Venturi, il Pisanello a Ferrara. Venise, i885. (Extrait de VArchivio veneto.') — Der Kunstfreund; 1 88.5 , p. 289-292.