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PISANELLO

Parmi les nombreuses fresques de Pisanello (Palais ducal de Venise, chapelle de Mantoue, basilique de Saint-Jean de Latran à Rome), celles qu’il exécuta pour sa ville natale, Vérone, ont seules échappé à la destruction. L’église San Fermo contient, sur le sommet du monument funéraire des Brenzoni, une Annonciation dans laquelle l’artiste a mêlé aux personnages sacrés ces accessoires profanes qui lui tenaient tellement à cœur : des perdrix se prélassant, des édifices gothiques, des arbres, etc.

On loue dans cette fresque la douceur des figures et la pureté de leurs traits.

Dans l’église Santa Anastasia, également à Vérone, Pisanello décora la chapelle des Pellegrini.

11 y peignit un Saint Eustache caressant un chien havane moucheté de brun et de blanc : l’intelligent quadrupède, les pattes de devant levées et appuyées sur la jambe du saint, retourne la tête comme pour découvrir d’où vient le bruit qu’il entend; telle est la vivacité de son attitude, ajoute Vasari, à qui j’emprunte ces détails, qu’un animal vivant ne saurait avoir plus de vérité.

Sur la façade de la même chapelle, Pisanello peignit d’un côté le dragon, de l’autre saint Georges s’apprêtant à monter à cheval pour combattre le monstre. La scène se passe au bord de la mer, sous les murs d’une ville fortifiée; « une multitude de personnages, parmi lesquels des guerriers et des religieux, entourent le saint; près de lui est la princesse, vêtue d’une robe à ramages, vue de profil, et dont le front bombé rappelle celui d’Isotta de Rimini. On ne saurait trop admirer la facture des différents animaux qui peuplent cette composition : un cheval vu de face, en raccourci, et tenu par un écuyer la lance au poing, semble vivant; deux beaux lévriers (le dessin de l’un d’eux se trouve dans le recueil Vallardi) suivent saint Georges.

Presque toute la partie gauche de la fresque a disparu : le monstre aux aguets devant les rochers, et les petits épisodes de la vie du saint, représentés sur les plans éloignés, se distinguent à peine. »

A Milan, des fresques retrouvées sous le badigeon en 1868, et abîmées depuis par les restaurateurs, les Attributs des Evangélistes avec des Saints ou Saintes (chapelle Torriani à Sant’ Eustorgio), se rapprochent trop de certains dessins de Pisanello pour ne point devoir être revendiquées en sa faveur1.

dessins du Cabinet des Estampes de Berlin (n° i35q) nous tÿontre deux Enfants dansant copiés de la chaire extérieure de la cathédrale de Prato.

I. Tauzia, Notice des dessins de la collection His de la Salle, p. 61. — L Art, 1882, t. I, p. 222.

La princesse délivrée par saint Georges (fragment).

Fresque de Pisanello.

(Église S. Anastasia à Vérone.)

Saint Georges (fragment).

Fresque de Pisanello.

(Eglise S. Anastasia à Vérone.

Les hors-d’œuvre abondent dans les tableaux de chevalet aussi bien que dans les fresques du maître. Dans Y Adoration des Mages, qui de la collection Barker est entrée au Musée de Berlin, l’amour de l’artiste pour les costumes pittoresques, pour les motifs piquants, pour un paysage soigneusement fouillé et pour la représentation des animaux se donne librement carrière. Nous y remarquons, entre autres, un paon perché sur le toit de la masure qui abrite la

Vierge et, dans les airs, un faucon luttant avec un héron.

L’abus des portraits et des costumes contemporains, cet abus propre à la plupart de ses confrères italiens, comme à tous les Flamands sans exception, éclate de plus belle dans le tableau de la Galerie nationale de Londres :

Saint Antoine et Saint Georges. Celui-ci y porte un feutre a larges bords, un pourpoint, des brassards, des cuissards, des éperons semblables à ceux des capitaines italiens du quinzième siècle ; n’étaient certains attributs , on croirait avoir affaire à Lionel d’Este.

Un Saint Hubert, de la collection Ashburnham, à Londres, récemment revendiqué en faveur de Pisanello, nous montre le saint à cheval s’arrêtant à la vue du cerf portant la croix sur le front. L’intérêt principal de la scène consiste dans la variété des animaux qui peuplent le paysage boisé, un lévrier poursuivant un lièvre, des épagneuls, des caniches, des chiens d’arrêt, un ours, un héron, etc. La composition en elle-même pèche par sa confusion.

Un certain nombre d’autres tableaux figurent sous le nom de Pisanello. Citons, au Musée de Vérone, une Vierge avec l’Enfant (n° 90), tableau qui se rapproche à certains égards de la manière de Gentile da Fabriano, mais avec quelque chose de plus âpre, et qui se fait en outre remarquer par l’incorrection dans le dessin des mains. Une Vierge au buisson de roses (n° 3q 1 ), également au Musée de Vérone, nous offre un style indéterminé, et nous hésitons, malgré

Étude dï lévrier. Fac-similé d'ts dessin de Pisanello. (Musée du Louvre.)

l’autorité de MM. Crowe et Cavalcaselle, à l’inscrire à l’actif du maître. Ce second tableau, qui est excessivement fatigué, pèche en outre par l’absence de toute perspective.

Il n’y aurait guère intérêt à entrer dans la discussion des différentes autres Madones qui portent le nom de Pisanello : les unes ont été défigurées par des retouches, les autres révèlent une main différente, comme ce tableau du Musée de Berlin que l’on revendique aujourd’hui en faveur de Bartolommeo Vivarini.

Pisanello a également abordé la peinture de portrait. Celui de Lionel d’Este (collection de M. Morelli à Milan; ancienne collection Barker) ressemble à un camée par son modelé à la fois simple, savant et ferme.

Les dessins de Pisanello, mieux partagés que ses peintures, se trouvent en séries plus ou moins considérables, au Louvre d’abord, où ils forment presque la totalité du célèbre recueil de Vallardi1, puis à l’Ambrosienne de Milan, au Cabinet des Estampes de Berlin et dans diverses autres collections. Ils nous initient à la curiosité toujours en éveil de cet esprit si vif et si original, en même temps qu’à une science du dessin qui tient du prodige, toutes les fois que l’artiste ne se sent pas gêné par des réminiscences gothiques. Portraits, études d’animaux, de plantes, d’objets inanimés, esquisses de paysages, mythologie et tableaux de genre, compositions religieuses et compositions profanes, tout tente ce crayon si incisif. Voici une tète de jeune femme (reproduite par notre photogravure) lavée à l’aquarelle sur parchemin, d’une précision et en même temps d’une plénitude dont peut-être seules certaines gouaches de Dürer approchent. Mais d’ordinaire ce procédé ne paraît pas assez expéditif* au maître : la plume ou la mine d’argent lui suffisent pour fixer, avec une netteté qui ne laisse rien à désirer, les physionomies des hommes ou des bêtes : rien n’égale la distinction ou la fierté des contours, maigres plutôt qu’amples, la liberté et la sûreté des mouvements, la franchise de la caractéristique.

Nous retrouverons Pisanello dans le paragraphe consacré aux médailleurs, car son existence, comme celle de beaucoup de ses contemporains, a été double; à côté des titres sérieux qu’il a conquis en peinture, il a trouvé le temps de se faire une réputation brillante comme modeleur de médailles, ou, pour mieux dire, comme créateur de l’art moderne du médailleur.

La manière de Stefano de Zevio (né vers i3ç3; serait distinct, d’après les recherches modernes, de Stefano de Vérone) offre de grandes analogies avec celle de son quasi-compatriote Pisanello. Le fini de ses peintures décèle, chez lui également, un artiste nourri à l’école des miniaturistes; comme Pisanello,

i . Ces dessins ont longtemps passé pour l’œuvre de Léonard de Vinci : plusieurs d’entre eux figurent encore comme tels dans l’édition illustrée du livre de Charles Clément : Michel- Ange, Léonard de Vinci, Raphaël. — M. Reiset a le mérite d’avoir signalé le premier les rapports des dessins du recueil Vallardi avec les médailles de Pisanello ; Une Visite à la National Gallery en iSj6 ; Paris, 1877, p. 42, q5.

Etude de tête. Fac-similé d'ln dessin de Pisanello (Musée du Louvre).

Étude de mulet. Fac-similé d'un dessin de Pisanello. (Musée du Louvre.)

il s’inspira parfois de Gentile da Fabriano; aussi plusieurs de ses tableaux ont-ils figuré jusqu’à ces derniers temps sous le nom du maître ombrien. De ce nombre est une Madone avec des anges qui offrent des roses à l’Enfant Jésus (galerie Colonna à Rome). Une Adoration des Mages du Musée de Brera à Milan (signée « Stefanus pinxit 1400 ») ne témoigne pas moins de cette influence qui s’allie cependant à une certaine rudesse septentrionale et à je 11e sais quelles réminiscences gothiques ou germaniques (proportions élancées, draperies à longs plis). Un dernier point de contact entre Stefano de Zevio et Pisanello, c’est leur prédilection pour les animaux : comme son modèle, Stefano, artiste d’ailleurs infiniment moins bien doué, prodigue partout les oiseaux — surtout les paons — ou des quadrupèdes de petite taille1. Le Louvre possède plusieurs dessins de ce maître.

Parmi les peintres véronais citons encore le médailleur Matteo de’ Pasti, l’auteur des Triomphes de Pétrarque peints sur le meuble exposé au Musée des Offices (voy. page 275). Ce maître y montre de la vigueur et de l’indépendance, sinon dans le coloris, du moins dans les figures, notamment dans les chevaux, qui ne manquent nullement d’allure.

A Milan, la famille des peintres de Besozzo (village qui appartenait à Facino Cane) poursuivit, mais avec infiniment moins de netteté et de distinction, une voie parallèle à celle que Pisanello avait inaugurée à Vérone.

Michelino da Besozzo, surnommé Molinari, travailla sous le duc Philippe- Marie Visconti (un de ses tableaux, la Vierge tenant V Enfant Jésus et la Présentation de l'Enfant Jésus au vieillard Siméon, avec la date 1417, se trouve au dôme de Milan). Cet artiste mettait du réalisme dans le choix de ses sujets aussi bien que dans son interprétation. Il orna de fresques curieuses pour l’histoire des moeurs et pour l’histoire du costume un salon du palais Borromeo à Milan : des Seigneurs et dames jouant aux tarots et à la paume, des Divertissements champêtres2 3 *. Michelino, d’après Lomazzo, excellait à pourtraire les animaux; il s’essaya en outre dans des sujets plus ou moins libres : on connaît par des copies anciennes un tableau, assez indécent, Deux Paysans et deux Paysannes se tordant de rire, tableau auquel Léonard de Vinci fit l’honneur de l’imiter.

Leonardo da Besozzo7’, qui semble avoir quitté de bonne heure Milan pour chercher fortune à Naples (on l’y trouve dès le règne de la reine Jeanne II, et il y travaillait en 1408 encore), nous a laissé deux ouvrages importants, les miniatures d’une Chronique universelle, autrefois conservée dans la collection

1. Vasart, t. III, p. 628-629. — Crowe et Cavalcaselle, Histoire de la Peinture italienne, édit, ail., t. V. — Tauzia, Notice des dessins de la collection His de la Salle exposés au Louvre, p. 65.

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