FRANCESCO SQUARCIONE
Morbio à Milan ', et les fresques de la chapelle de Caracciolo, dans l’église San Giovanni a Carbonaro à Naples, des Scènes de la vie de la Vierge, et notamment un Couronnement de la Vierge, qui « rappelle un peu le style de Giotto, mais se rapproche davantage de Fra Angelico par le charme de l’expression, surtout dans les tètes d’anges (Rio) ». Ce cycle date, d’après le marquis d’Adda, de 1427; d après M. Brockhaus, de 1442 au plus tôt. Antérieurement, Leonardo avait peint sur le mausolée de Ladislas, dans la même église, Saint Jean-Baptiste et Saint Augustin.
A la suite des Besozzo, il convient de citer les peintres Zavattari, Zanetto Bugatto, le portraitiste, Constantino Zenone da Vaprio et Leonardo Ponzani, qui travaillèrent à Milan pendant le règne de Philippe-Marie Visconti , puis, sous le règne de François Storza, Bonifacio Bembo et Cristoioro Moretti de Crémone1 2.
De même que l’architecture lombarde se trouva absolument déséquilibrée, une fois Bramante fixé à Milan, de même la peinture de cette région se transforma complètement après l’arrivée de Léonard : il nous faut donc renvoyer l’étude des ouvrages de Vincenzo Foppa, de Zenale, de Buttinone, de Borgognone, au volume dans lequel nous nous occuperons de Léonard et de son entourage.
Les novateurs florentins, ainsi que ceux du duché de Milan et de la ville de Vérone, avaient pris pour point de départ de leurs réformes le naturalisme : le groupe si important des peintres padouans chercha au contraire le salut dans l’étude de l’antiquité, étude plus ou moins exclusive selon le tempérament et le talent de chaque maître. L’histoire de l’illustre Andrea Mantegna, dont nous avons dû réserver la biographie pour notre second volume, nous apprendra que, sans avoir peut-être la fraîcheur et la spontanéité des naturalistes, les champions du classicisme firent faire un pas non moins décisif à la grande peinture d’histoire et préparèrent sa suprême évolution avec Raphaël.
Francesco Squarcione3, né à Padoue en 1094, mort dans la même ville en 1474, et surnommé le Père des peintres, parce qu’il avait formé cent trente-sept élèves, tel est le nom en qui s’incarne cette donnée si essentiellement artificielle. Ce maître s’adonnait surtout, à ce qu’il semble, aux études théoriques. Les œuvres qu’on lui attribue sont en trop petit nombre et trop douteuses pour que nous puissions nous faire une idée exacte de son talent. Mais nous savons par des témoignages certains qu’il ne négligea rien pour réunir les meilleurs
1. Voy. F. Gregorovius, Uiui Planta, cil Routa deliueata da Leonardo du Beso^go Milanese. Rome, l883. — E. Müntz, Études iconographiques et archéologiques sur le moyen âge; Paris, Leroux, 1887, p. 106. — Une de nos gravures (p. 248) montre de quelle étrange façon Leonardo travestissait les héros de l'antiquité.
2. Voy. Lermolieff, die IVerke italienischer Meister, p. 4.Ï2-4Ô3. Cf. ci-dessus, p. 179 et suiv.
3. Biiîl . : Selvatico, Il pittore Francesco Squarcione , Sludii storico-critici. Padoue, 1 83g.
E. Münlz. — I. Italie. Les Primitifs.
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modèles d’enseignement. Ayant parcouru l’Italie et la Grèce, il en avait rapporté de nombreux bustes, statues, bas-reliefs ou fragments d’architecture antiques; il compléta ces séries au moyen d’une collection de moulages, dans laquelle il semble d’ailleurs n’avoir vu, ainsi que la plupart de ses élèves, que le côté extérieur, non l’esprit qui animait ces chefs-d’œuvre. Il les employait comme éléments décoratifs, prodiguant les oves, les palmettes, les grecques, les sphinx, les cornes d’abondance, au lieu de s’inspirer des principes mêmes des anciens pour ennoblir son style.
Parmi les innombrables élèves de Squarcione, le Dalmate Gregorio Schiavone (admis en 1441 dans la corporation des peintres de Padoue, mort en 1470) a développé avec le plus de rigueur peut-être et le plus d’étroitesse le programme du maître. Sa passion pour l’attirail archéologique détonne avec d’autant plus de force qu’elle s’exerce non sur des sujets antiques, où elle eût été parfaitement à sa place, mais sur des tableaux de dévotion : Marie assise avec l’Enfant sur un trône richement orné, voilà le thème qu’il a traité dans ses Madones du Musée de Berlin, de la National Gallery de Londres (où des saints ont pris place à côté de la Vierge de manière à former une Sainte Conversation ), du Musée de Turin et enfin du Musée du Louvre1 2. Dans tous ces ouvrages, Schiavone accumula les marbres précieux, les intailles, les camées, avec une prodigalité qui eût pu faire envie à Fra Francesco Colonna, l’auteur du Songe de Polyphile (voyez page 366); tout au plus y mêle-t-il de loin en loin quelques festons de fleurs et de fruits naturels. On dirait des châsses composées par un joaillier : les figures humaines comptent à peine; le cadre est tout.
Tout autre était le Vénitien Jacopo Bellini (né à la fin du quatorzième ou au commencement du quinzième siècle, mort vers 1464-), esprit vibrant, ouvert aux impressions les plus diverses. Le précieux recueil récemment acquis par le Louvre3 et le recueil du British Muséum nous permettent d’affirmer qu’à côté du Squarcione, Jacopo, le père des deux Bellini et le beau-père de Mantegna, exerça une influence prépondérante sur le développement de la peinture à Padoue. Attaché d’abord à Gentilc da Fabriano, qu’il suivit de Venise à Florence, Jacopo Bellini se familiarisa dans cette dernière ville, qu’il habita de 1423 à 1425 et qu’il dut quitter à la suite d’une rixe, avec les idées des novateurs, notamment de Paolo Uccello (ce qui ne l’empêcha pas à l’occasion de copier Fra Angelico : folios 58, 5q, 60 du recueil du Louvre). Nous le voyons surtout apporter un soin particulier à la représentation des animaux et à celle
1. Gravé dans la Renaissance au temps de Charles VIII, p. 287. Ce tableau a été restitué à son véritable auteur par M. L. Courajod.
2. Voy. l’article de M. Meyer dans V Allgemeines Künstler-Lexikon (1882).
3. J’ai fait connaître le premier ce recueil dans deux articles de la Galette des Beaux-Arts, auxquels je renvoie le lecteur (octobre et novembre 1884). Cf. les notices de MM. Courajod et Héron de Villefosse dans le Bulletin, de la Société des Antiquaires de France, 1884.
Descente de croix. Fac-similé d'un dessin de Jacopo Bellixi (Musée du Louvre)