‹ Histoire de l'art pendant la RenaissanceChapitre 281 sur 337 · JACOPO BELLINI · texte numérisé non relu

JACOPO BELLINI

du paysage, sauf à se séparer rapidement de ses maîtres sur un point essentiel, je veux dire l’imitation de l’antique, que l’artiste vénitien sut porter à un raffinement absolument inconnu aux Florentins. Fixé à Padoue, dans ce milieu encore tout imprégné du souvenir de Pétrarque et de la Renaissance du quatorzième siècle, il travailla, parallèlement au Squarcione et, selon toute vraisemblance, d’une manière indépendante, à s’assimiler et à propager les modèles grecs ou romains. Reconstituer cette civilisation éteinte, conserver par ses dessins le plus grand nombre de monuments — sculptures, armes, inscriptions, — tel fut le but principal dejacopo.

En iq3o, Jacopo commença dans sa ville natale le recueil conservé aujourd’hui au British Muséum. En 1441, de passage à Ferrare, il s’y engagea dans une sorte de joute contre Pisanello : il s’agissait de pourtraire le jeune Lionel d’Este : quoique Pisanello eût consacré six mois à ce travail, Bellini, tout frais débarqué de Venise, sut donner à l’effigie qu’il peignit une telle ressemblance et une telle exubérance de vie, qu’il remporta la palme1. — Le reste de son existence semble s’être partagé entre Padoue et Venise.

Les tableaux de Jacopo, des Madones (Académie des beaux-arts de Venise; collection Tadini, à Lovere), des Crucifixions (Musee de Verone), une Scène de chasse (collection de lord Elclio à Londres), ont, comme ceux de Pisanello, encore quelque chose d’archaïque; aussi sans l’aide des dessins aurions-nous de la peine à deviner ce que 1 esprit du maître vénitien renfermait d’initiative, de fraîcheur et de poesie. Tenons-nous-en a cette meilleure partie de lui-même.

L’animalier, comme on dirait aujourd hui, est double d un paysagiste a la fois très personnel et très habile. Jacopo affectionne les paysages d automne ou d’hiver, les arbres dénudés, la nature qui sommeille. Il y a un charme tout paiticulier dans ces plaines soigneusement cultivées, avec leurs rangées de platesbandes, leurs sillons parallèles, leurs chemins sinueux s étendant au pied de montagnes à pic ou de villes aux tours crenelees; chaque detail \ est localement conquis sur la réalité et l’effet général s obtient sans le moindre aitihce. L altiste n’a même pas besoin, pour nous intéresser, de ces mouvements de tenains, décès cours d’eau, de ces montagnes ondulées, sans lesquels il n y a\uit pas de

Portrait du Squarcione (fragment). D’après une fresque de Mantegna aux Eremitani de Padoue.

1. Article de Aï. Venturi : der Kimst-freund, 188:), p. 291-202.

paysage aux yeux de certains maîtres du genre, tels que les Ombriens. Les motifs les plus simples sont ceux dont il tire le parti le plus brillant.

Il est moins facile d’analyser les rares facultés d’observateur et de poète dont Bellini a fait preuve d’un bout à l’autre de ses recueils, ces attitudes et ces gestes pris sur le vif, ces contrastes piquants et pittoresques (par exemple l’aigle au repos et l’aigle se préparant à prendre son essor dans la Vierge adorant /’ Enfant Jésus), la grâce de ses enfants, l’un jouant de la flûte, l’autre tenant un papegai (la Descente de croix), l’imprévu de certains motifs, tels que l’arrière-train de cheval paraissant au bas de l’escalier sur lequel Hérode prend réception de la tète de saint Jean-Baptiste. C’est à de tels traits que l’on reconnaît le peintre de race.

Cette rapide esquisse de l’histoire des novateurs italiens pendant les deux premiers tiers du quinzième siècle aura eu du moins l’avantage de montrer à quel point les éléments naturalistes l’emportent dans la peinture sur les éléments classiques, sauf chez les peintres de l’Ecole de Padoue. Bientôt nous verrons se produire le phénomène inverse, et rien, à mon avis, ne saurait mieux distinguer la Première Renaissance de la Renaissance parvenue à son apogée, que cette recherche de la vérité opposée au culte de la beauté.

Aigle couronné.

Fac-similé d’un dessin de Pisanello. (Musée du Louvre.)

Bordure d’un manuscrit exécuté pour le duc d’ürbin. (Bibliothèque du Vatican, fonds d’Ürbin, n° q3.)

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