‹ Histoire de l'art pendant la RenaissanceChapitre 282 sur 337 · ANGELICO. — FRA FILIPPO LIPPI · texte numérisé non relu

ANGELICO. — FRA FILIPPO LIPPI

ous consacrons ce chapitre aux représentants du style de transition — des spiritualistes évidemment, — qui estiment qu’entre les efforts des novateurs, c’est-à-dire des naturalistes, et l’inertie des conservateurs, en d’autres termes des derniers sectateurs de Giotto, ils pourront se tailler un rôle somme toute honorable et digne d’envie. Pleins de respect pour la tradition religieuse, poètes plutôt qu’observateurs, doués de plus d’imagination et de sensibilité que d’esprit critique, ils tenteront, sans renoncer à profiter à l’occasion des découvertes techniques de leur temps, de faire passer l’idée avant la forme, l’expression des sentiments avant la ressemblance physique, la beauté avant l’exactitude. Le corps n’est à leurs yeux que l’enveloppe terrestre qui abrite, d’après la belle image de Dante, le papillon divin. Peut-être avaient-ils le pressentiment que les naturalistes, parvenus aux dernières limites d’une évolution toute scientifique, et les classiques, refroidis et desséchés par ce long contact avec un monde éteint, se verraient forcés, comme Faust vieilli, de compter avec les droits de l’âme et du cœur : à ce moment ils ouvriraient à leurs adversaires de la veille les trésors qu’ils avaient en réserve, et de cette triple source d’inspiration, l’étude de la nature, qui communique à l’œuvre d’art la vie, l’étude de

l’antique, qui lui donne la pureté des formes, enfin la tendresse, l’extase, l’amour, légués par le christianisme, jaillirait un idéal nouveau, celui que Raphaël a formulé dans les Stances du Vatican. Gardons-nous donc bien de confondre ces spiritualistes, qui s’appellent Gentile da Fabriano, Fra Angelico, Benozzo Gozzoli, Fra Filippo Lippi, avec les conservateurs qui végétaient tristement, non seulement au fond des provinces, mais encore dans des capitales telles que Rome (par exemple Antonazzo Aquilio), Bologne, Venise, et même Florence. Et encore est-ce faire beaucoup d’honneur à ces médiocrités que de les considérer comme un parti : ils se renfermaient dans l’imitation des œuvres anciennes, non par conviction, mais par lassitude.

Le plus célèbre des peintres italiens de la première moitié du quinzième siècle, et l’un des plus vaillants champions du style de transition, celui dont les contemporains recherchaient avec le plus d’ardeur et cotaient le plus haut les ouvrages, Gentile di Niccolô di Giovanni di Masso, avait pour patrie la ville de Fabriano, en Ombrie : d’où le nom sous lequel il est connu. Il y naquit entre les années i36o et 1870. On manque de données sur ses débuts (peut-être put-il encore profiter des leçons de son compatriote Allegretto Nuzi, f 1 385) ; nous savons seulement que les courants siennois, représentés par Taddeo di Bartolo, se mêlèrent aux courants ombriens, représentés par Ottaviano Nelli de Gubbio (7 1 444 ; son chef-d’œuvre, une Vierge glorieuse (1404), orne l’église Santa Maria Nuova di Gubbio1), pour déterminer la manière du jeune Gentile.

La primitive Ecole ombrienne, représentée par Allegretto Nuzi de Fabriano, Ottaviano Nelli de Gubbio, Gentile de Fabriano, Lorenzo et Jacopo de San Severino2 3 *, les Boccati de Camerino, Benedetto Buonfigli et Fiorenzo di Lorenzo de Pérouse, ne ressemblait en rien à l’Ecole fondée par le Pérugin. Autant le style de celui-ci, comme celui de son coreligionnaire Niccolô de Foligno (improprement appelé Alunno), affectait des allures élégiaques et mystiques5, autant ses prédécesseurs montraient de vivacité; autant il dédaignait les ressources de l’ornementation, la richesse des costumes, l’éclat des couleurs, autant ses prédécesseurs les recherchaient, fidèles aux traditions des miniaturistes; observateurs pleins d’esprit, sans renoncer à s’élever au lyrisme, ils se plaisaient à raconter, et ils y réussissaient, en mêlant parfois aux récits sacrés des traits piquants, à l’instar des Florentins; le Pérugin au contraire ignorait la progression d’un récit, le développement dramatique d’une scène : un sentiment unique transportait toujours ses acteurs, et nul peintre ne mit moins

1. Bonfatti, Memorie storiche di Ottaviano Nelli. Gubbio, 1848.

2. Une de nos gravures (p. 3oi) reproduit la Prédication de Saint Jean-Baptiste peinte à Urbin par les deux San Severinates.

3. Vov. Lermolieff. die JVerke italienischer Meister in der Galérien von München, Dresden und

Berlin, p. 298-294.

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