‹ Histoire de l'art pendant la RenaissanceChapitre 283 sur 337 · GENTILE OA FABRIANO · texte numérisé non relu

GENTILE OA FABRIANO

de variété dans ses expressions. Est-il nécessaire d’ajouter que cette École ombrienne de la fin du quatorzième et du commencement du quinzième siècle, isolée dans ses montagnes, entourée de modèles archaïques, avec ses forces en quelque sorte latentes, se trouvait hors d’état de poursuivre le progrès avec la rigueur scientifique propre aux Florentins? Faut-il le regretter? Peut-être ses productions ne nous charment-elles qu’en raison de la naïveté et de l’inexpérience qui y éclatent. Il fait bon parfois détendre l’arc et trouver un peu de sentiment vrai à la place de beaucoup de science.

On range parmi les premiers ouvrages de Gentile un retable dont le centre, avec le Couronnement de la Vierge, est resté à Fabriano, tandis que les volets, ornés des figures de saint François, de saint Jérôme, de sainte Madeleine et de saint Dominique, ont été transportés au Musée de Brera à Milan. Rien ne saurait donner une idée du charme que respirent ces figures naïves, fraîches, gracieuses, avec leur air de jeunesse et de bonté, dernier reflet du moyen âge. Par contre, l’amour avec lequel l’artiste a traité la végétation forme l’indice des temps nouveaux. Saint Jérôme, par exemple, est debout sur une bande de gazon émaillé des plus jolies fleurs, de trèfles, de myosotis, etc., dont les tons bleus, jaunes, blancs et rouges forment l’assemblage le plus gai et le plus coquet. Après la figure humaine retrouvée par Giotto, voilà donc le règne végétal qui renaît à son tour.

Plus tard (avant 1421), nous rencontrons Gentile à Brescia, où il décora une chapelle pour le compte de Pandolfo Malatesta; puis, vers 1420, à Venise, où il peignit, au Palais des Doges, la Bataille navale livrée par les Vénitiens à Frédéric Barberousse : il y rendit, entre autres, avec tant de vérité et d’énergie la violence d’une tempête qui déracinait les arbres et renversait les maisons, qu’on ne pouvait contempler la scène, nous affirme un contemporain, sans éprouver un frisson. De cette composition, déjà fort endommagée quelques lustres plus tard, il ne reste depuis longtemps que le souvenir.

En 1421 Gentile partit pour Florence, accompagné du jeune Jacopo Bellini, et il résida jusqu’en 1426 sur les bords de l’Arno. Dans ce milieu en effervescence, son talent prit un essor extraordinaire; le tendre peintre ombrien se transforme tout à coup en observateur, en réaliste; il substitue aux types traditionnels des figures choisies dans son entourage immédiat; il s’essaye dans le raccourci; il recherche des effets de perspective. On a souvent parlé de l’influence qu’aurait exercée sur lui Masaccio; mais le peintre du Carminé ne comptait en 1421 que vingt ans. On mettra en avant avec plus de raison le nom de Masolino, auquel il faut ajouter les noms de Donatello et de Ghiberti. Où Gen-

Portrait de Gentile da Fabriano.

(D’après la gravure publiée par Vasari.)

tile dut le moins aux Florentins, ce fut dans ses paysages, déjà si pittoresques et si mouvementés. A cette époque, aucun de ses hôtes n’aurait su y mettre tant de justesse et tant d’animation.

Ce fut à Florence, en 1420, pour le Mécène illustre qui s’appelait Palla Strozzi (voy. page 66), qu’il peignit, au prix de i5o florins seulement, son chef-d’œuvre, Y Adoration des Mages, primitivement destinée à l’église de la Trinité, aujourd’hui à l’Académie des beaux-arts. Ce retable, de dimensions moyennes, représente au centre Y Adorât ion des Mages, et sur la prédelle la Nativité et la Fuite eu Egypte, qui sont restées en place, tandis qu’une troisième scène, la Présentation au Temple, est entrée en 1812 au Musée du Louvre, où elle se trouve aujourd’hui encore.

Ce qui frappe d’admiration dans Y Adorât ion des Mages, c’est le mélange de solennité et d’animation, ce roi si majestueux prosterné devant l’Enfant divin, cet autre si noble et si radieux avec son pourpoint éclatant et sa riche couronne, puis une foule d’attitudes pleines de naturel, les deux femmes debout derrière la Vierge, l’écuyer qui attache ses éperons, celui qui tient un cheval richement caparaçonné, les autres chevaux qui hennissent ou se cabrent, les singes montés sur le chameau, la variété des expressions sur ces nombreuses figures, les unes pourtraites à Florence même, les autres offrant un caractère exotique très marqué, enfin l’admirable cortège des cavaliers dans un paysage superbe d’ampleur et d’animation : toutes qualités de premier ordre, qui, pour ce tableau du moins, rapprochent Gentile des réalistes, dont il se distingue d’ailleurs par tant d’autres particularités. C’est en effet le temps heureux oui le réalisme n’a pas encore tué la poésie, où par-dessus la précision des détails l’artiste sait répandre un indéfinissable parfum de jeunesse et de grâce.

En 1 425 Gentile peignit, pour l’église SanNiccolô, également à Florence, une Madone avec des saints, avec des Scènes de la vie de saint Nicolas de Tolentino dans la prédelle, ouvrage porté aux nues par Vasari. Les volets, qui seuls sont restés en place, représentent Sainte Madeleine, Saint Nicolas, Saint Jean-Baptiste et Saint Georges, tous couverts de riches ornements. Un autre tableau conservé au même endroit nous montre Dieu le Père envoyant la colombe au Christ et à la Vierge agenouilles F un à côté de F autre, la Résurrection de Lazare et plusieurs saints.

Gentile gardait quelques-unes des habitudes des miniaturistes, notamment leur amour pour les couleurs éclatantes. Dans le retable de l’Académie de Florence, les costumes ont une éblouissante richesse; je relève parmi eux des étoffes rouge vermillon, bleu d’azur, bleu violet, tons qui n’ont jamais existé dans la réalité. On en peut dire autant des constructions multicolores (bleues, rouges, violacées) qui sont censées représenter Jérusalem. Ces tons conventionnels frappent d’autant plus que le maître a parsemé le sol de fleurs révélant l’amour le plus vif de la nature, marguerites, myosotis, etc., toutes d’une fraîcheur exquise. On retrouve les mêmes tendances chez Fra Angelico, dont la manière offr e une certaine analogie avec celle de Gentile, mais dont on a voulu, bien à

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