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MATIERES TEXTILES. — CONCLUSION

ans ce que l’on peut appeler les Petits Arts, la gravure, cet instrument inappréciable de propagande, qui semble avoir été inventé tout exprès pour favoriser la diffusion de la Renaissance, tient le premier rang. Elle se présente à nous sous deux aspects principaux, la gravure au burin et la gravure sur bois (l’eau-forte ne fait son apparition qu’au siècle suivant — elle a eu pour inventeur Albert D tirer, — de même que la gravure en clair-obscur ou en camaïeu, inventée par un autre Ultramontain, Jean Wechtelin, surnommé Pilgrim).

Il paraît difficile, en présence des découvertes faites pendant les dernières années, de continuer a attribuer a 1 Italie 1 invention de la giavure au burin ; la fameuse Passion , autrefois conservée dans le cabinet de Jules Renouvier, aujourd’hui au Cabinet des Estampes de Berlin, poite en effet la date de 1446, alors que la Paix de Finiguerra, la plus ancienne épreuve

italienne connue, ne date que de 1462. Mais, cette concession faite, je ne puis que me ranger à l’avis de M. Delaborde, l’éminent auteur de la Gravure en Italie , et répéter avec lui : « En réalité Finiguerra a inventé la gravure, puisqu’il a su le premier en deviner, en révéler les vraies ressources, et élever ce simple procédé industriel à la hauteur d’un moyen d’expression pour le beau. »

L’orfèvre florentin Tommaso ou Maso di Antonio Finiguerra (né en 1426) ne comptait que vingt-cinq ans lorsqu’il fut chargé de graver, pour le Baptistère de sa ville natale, une Paix, dont le sujet n’est pas indiqué, mais que l’immense majorité des auteurs modernes identifie à Y Assomption ou Couronnement de la Vierge' (1452). On possède encore le nielle1 2 3 même de Finiguerra (au Musée des Offices), deux épreuves en soufre (British Muséum et collection du baron Edmond de Rothschild), enfin la fameuse épreüve sur papier découverte, au commencement de ce siècle, par l’abbé Zani, au Cabinet des Estampes de Paris.

Vasari a raconté à sa manière, c’est-à-dire en l’enjolivant, l’invention de Finiguerra : « L’invention de graver les estampes vient de Maso Finiguerra, Florentin, vers l’an 1460 de Notre-Seigneur. Il grava sur argent toutes ses pièces. Avant de les remplir de nielle, il en faisait une empreinte avec de la terre, sur laquelle il coulait du soufre fondu qui restait empreint et couvert des traces du noir de fumée; ensuite, y passant une couche d’huile, il lui donnait la teinte de l’argent; il fit encore cela avec du papier humide et avec la même teinte, appuyant ensuite dessus avec un cylindre bien uni, qui non seulement faisait paraître la planche imprimée, mais donnait à l’épreuve l’apparence d’un dessin à la plume. »

L’habitude de tirer, sur les nielles en préparation, des épreuves sur papier ne tarda pas à se généraliser : on connaît plusieurs centaines d’estampes differentes obtenues à l’aide de ce procédé et appartenant soit au quinzième, soit au seizième siècle. Ce sont en général des compositions de petites dimensions, surtout des ornements, ainsi qu’il convenait à des ouvrages d’orfèvrerie. Ces

1. Bibl. : Bartsch, le Peintre-Graveur. — Duchesne, Essai sur les Nielles. Paris, 1826. — Passavant, le Peintre Graveur. 1860-1864. — Vicomte Delaborde, la Gravure en Italie avant Marc-Antoine. Paris, Rouam, i883 (grav.). — F. Lippmann, der Italienische Hol\schnitt im XV Jahrhundert. Berlin, Grote, 1 885 (grav.) (trad. anglaise : Londres, 1888).

2. Dans ces derniers temps M. Dutuit a entassé Pélion sur Ossa pour prouver que le Couronnement de la Vierge diffère de la Paix commandée à Finiguerra (Manuel de V Amateur d’ Estampes ; Introduction générale, p. 4-iQ. Paris, Lévy, 1884); mais j’avoue que ses objections subtiles, tirées principalement du poids de cette Paix, me touchent peu, en présence, d’une part, des témoignages de Vasari et de Cellini, qui, sans indiquer le sujet de la Paix gravée par Finiguerra, lui font honneur de l’invention de l’impression en taille-douce, et en présence, d’autre part, d'une épreuve sur papier et de deux épreuves en soufre reproduisant le Couronnement de la Vierge, alors qu’il n’existe aucune reproduction de la Paix rivale, la Crucifixion, jusqu’ici attribuée à Matteo di Giovanni Dei ( 1 4.55). Voy. aussi le travail, malheureusement inachevé, de M. Milanesi dans l'Art (i883, t. I, p. 221-22,3).

3. On sait en quoi consiste la niellure : l’artiste, après avoir creusé au burin son dessin sur une plaque d’argent, de cuivre ou d’un autre métal, remplit ces creux avec une matière noire fusible, une sorte d’émail, le nielle.

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