LA GRAVURE
estampes en miniatuie, que 1 011 couvre aujourd’hui d’or, se distinguent d’habitude pai la netteté du travail, la naïveté et la fraîcheur. Le lecteur a déjà pu jugcL de leui mérité par les spécimens que nous avons reproduits (voy. pages 1(’4> N 4> ^tc.). Nous donnons ci-contre deux beaux nielles florentins exécutés au temps de Finiguerra, V Adoration des Mages, et la Vierge et F Enfant Jésus entourés d'anges et de saints.
La gravure au burin proprement dite, en d’autres termes la mise en état d’une planche de cuivre n’ayant d’autre destination que de fournir un nombre indéterminé d’épreuves sur papier, cet art appelé à de si hautes destinées, se développa lentement en Italie.
Abstraction laite des douze sujets placés au milieu du Calendrier de 146), ouvrage anonyme , il nous faut aller jusqu’aux débuts de Baccio Baldini et de Botticelli, vers 1470, pour trouver des preuves d’une production régulière, suivie. Les estampes de Mantegna, qui marquèrent une nouvelle phase de la gravure au burin, semblent avoir pris naissance plus tard.
Je range sous une rubrique à part la gravure sur bois, non pas seulement à cause de la diflérence des résultats qu’elle présente avec la gravure sur cuivre, mais aussi et surtout à cause de la différence d’origine. Là nous avons vu le
L’Adoration des Mages. (Duchesne, n° 32.)
Nielle florentin anonyme de l’époque de Finiguerra.
plus souvent l’œuvre du dessinateur interprétée par lui-même; ici l’intermédiaire entre le dessinateur et le public est de rigueur : ce n’est plus la pensée originale que nous possédons, c’est cette pensée traduite et souvent, hélas ! altérée. En outre, l’impression des gravures sur bois 11e présentant pas les mêmes difficultés que celle des estampes proprement dites, et ces épreuves pouvant être multipliées à l’infini sans que le cliché fût ruiné, ce procédé s’adressait à un public plus nombreux et affectait par suite un caractère plus populaire.
En étudiant les vicissitudes de la gravure sur bois italienne, nous y constatons les tendances aristocratiques qui signalent toutes les branches de la Renais-
sauce. « L’Italie, dit à ce sujet M. Lippmann, directeur du Cabinet des Estampes de Berlin, ne connaît presque pas du tout, au début du quinzième siècle, la gravure sur bois populaire; plus tard même elle ne la connut que dans une mesure restreinte. Les images de sainteté, gravées d’une façon informe, mal imprimées et grossièrement coloriées, qu’en Allemagne l’on mettait à cette époque partout en vente, sur les marchés et aux portes des églises, n’avaient pas cours en Italie. Dans l’Italie supérieure seule, où l’influence allemande se lit toujours plus ou moins sentir, la production d’images gravées destinées au
peuple semble avoir pris un certain développement avant la fin du siècle
On ne connaît en outre pour le quinzième siècle aucun ouvrage xylographie' d’origine italienne. Cette différence, ajoute M. Lippmann, vient de ce qu’en Italie les vastes superficies couvertes de peintures répondaient infiniment mieux à l’expression des sentiments religieux et que l’Italien n’éprouvait pas le besoin d’emporter dans son intérieur, comme l’Allemand, des images de sainteté » L’imagerie religieuse
ne joua un rôle appréciable que dans les tentatives de réforme provoquées par Savonarole.
De la gravure sur bois, nous pouvons à peine en parler ici, ses débuts ne remontant qu’au dernier tiers du quinzième siècle. On s’accorde à considérer comme les plus anciens bois italiens à date certaine ceux des Meditationes de Torquemada, imprimées à Rome en 1467 par Ulrich Hahn, qui a peut-être gravé lui-même les illustrations, encore toutes tudesques, de ce volume; aux Meditationes font suite les Mirabilia urbis Romœ, qui comptent de nombreuses éditions dans la Ville éternelle jusqu’à la fin du siècle, le Ptolémée, la Chiromantia, et les Opuscula Philippi de Barbaris (avec les figures des Prophètes et des Sibylles ), tous imprimés à Rome, le premier en 1477, les deux autres en 1481. Foligno entre en scène avec les Contemplât iones de Torquemada (1479); ^°~ rence, avec le Monte Santo di Dio de Bettini (1477), les Set le Giornate délia Geographia de Berlinghieri (1480), le Dante (1482); Vérone, avec le de Re militari de Valturio (1472) et Y Ésope (1479); Venise, avec le Calendarium de Regiomontanus (1476), le Fasciculus Temporum (1480), les Décrétales d'innocent IV (1481); Milan enfin, avec la Summula de pacijica consciencia de Fra Pacitïco de Novarc (1479).
La plus ancienne gravure sur bois italienne à date certaine. L’Adoration des Mages.
D’après les Meditationes de Torquemada (Rome, 1467).