LES ARTS DÉCORATIFS
Le Brun , le coryphée de 1 Académie de peinture et de sculpture, a créé par centaines ces modèles de tapisserie, de mobilier, d orfèvrerie, qui, quoi qu'ait pu en penser la critique académique d’alors, forment un des plus brillants joyaux de la couronne dont s’est paré Louis le Grand.
Au quinzième siècle, il ne manque pas d’artistes spécialement voués à telle ou telle branche de 1 art décoratif" mais 1 intervention de maîtres supérieurs, les Brunellesco, les Donatello, les Ghiberti, relève sans cesse le niveau du goût dans chacune d’entre elles. Une circonstance digne de remarque, c’est la confiscation, par des membres du clergé, de plusieurs industries d’art, surtout de celles qui ne paraissaient pas aux laïques assez rémunératrices, la peinture sur verre, et, un peu plus tard, la marqueterie sur bois (voy. page 35q) : cette continuité de traditions chez des hommes élevés dans le même milieu et se succédant d’ordinaire dans les mêmes centres, je veux dire dans les mêmes couvents, devait avoir pour résultat de maintenir le style ancien. La peinture sur verre ne s’associa en effet que lentement à l’évolution des autres arts.
Les arts décoratifs, que tant de liens rattachaient à l’architecture, ne pouvaient que suivre les progrès de celle-ci : c’est-à-dire, d’une part, au point de vue du style, substituer la netteté et l’élégance des formes classiques aux formes si touffues du moyen âge; de l’autre, au point de vue des motifs, remettre en honneur les ornements de l’antiquité. Dans le mobilier ecclésiastique ou civil, dans les différents arts qui découlent de la sculpture ou de la peinture, dans le costume, dans les moindres ustensiles, cette tendance alla s’accentuant de jour en jour 1 2 3 * (dans la cuve baptismale gravée page 684, le sculpteur a pris pour modèle quelque amphore romaine).
Il s’en fallait cependant de beaucoup que le style nouveau pénétrât partout avec une égale rapidité, que la contagion gagnât indifféremment toutes les couches de l’art.
Si les ouvrages en bronze5 — c’était, on s’en souvient, la matière que les novateurs chérissaient par-dessus tout, — suivirent de bonne heure le courant, quelle que fût leur destination, les ouvrages en bois opposèrent une longue résistance. Puis nous avons toute la série des industries qui restent fidèles,
Figure
tirée des Décrétales d’innocent IV.
(Venise, 1481.)
1. Voy. l’ouvrage de M. Genevay : le Style Louis XIV. Charles Le Brun décorateur. Paris, Rouam, 1886.