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L’ART DU MÉDAILLEUR

Le marquis J.-F. Gonzague.

Revers d’une médaille de Pisanello.

(Armand, n° 11.)

ne se mirent à 1 œuvre qu’assez tardivement. Le plus ancien médailleur originaire de cette province, Petrecini, apparaît en 1460 seulement. Quant à Guaccialotti, quoiqu une de ses médailles, celle du pape Nicolas V, porte la date de iq55, 011 peut croire qu’elle n’a été exécutée que longtemps après, car à la mort du pape l’artiste (né en 1435) ne comptait que vingt ans.

Le surnom d’ « Andrea Cremonese » donné à Guaccialotti tendrait en outre à faire croire que cet artiste séjourna quelque temps dans la haute Italie.

Les médailles à date certaine de Pisanello, le rénovateur de cet art, se trouvent comprises entre les années 1438 et 1449; elles forment un ensemble de 24 pièces signées et d’une dizaine de pièces simplement attribuées. La plus ancienne semble être celle de l’empereur

Jean VII Paléologue, que l’artiste a vu soit au Concile de Ferrare ( 1 q38), soit au Concile de Florence (1439). Bientôt il n’y eut plus de souverain, de condottière, d’humaniste, qui n’ambitionnât de voir son effigie passer à la postérité, sous cette forme si réduite, il est vrai, mais si vive et si nette, si précise et si suave : le duc Philippe-Marie Visconti, les marquis Nicolas et Lionel d’Este,

Jean-François et Louis de Gonzague, le roi Alphonse V d’Aragon, les condottières Sigismond Malatesta, Malatesta Novello, Nicolas Piccinino, les humanistes P. C. Decembrio, Victorin de Feltre, Aurispa, défilèrent à tour de rôle devant le restaurateur de l’art du médailleur. Pisanello n’eut garde de s’oublier : son effigie (gravée page 633) frappe par l’expression de la vivacité et de l’esprit, autant que par celle de la bonhomie.

Avec quelle précision et quelle souplesse Pisanello n’a-t-il pas réussi à fixer, ici la stupidité sanguinaire de ce tyran au regard hébété qui s’appelait Philippe-Marie Visconti, ailleurs la noblesse généreuse d’Alphonse d’Aragon, ou l’élégance des princes de la maison d Este, ou la grâce touchante de Cécile Gonzague !

Ces premiers en date des médaillons modernes sont en même temps les plus parfaits, ainsi qu’il en a été de beaucoup de choses au quinzième siècle et pioba-

Jeune Fille et Licorne.

Revers d’une médaille de Pisanello.

(Armand, n° 12.)

trompé en attribuant au commencement du quinzième siècle les médailles des Carrare, sei gneurs de Padoue. Ces médailles sont au plus tôt du siècle suivant.

blement à d’autres époques aussi : l’imprimerie, qui du premier bond atteignit à la perfection, la peinture à l’huile, que nul maître depuis n’a portée plus haut que ses glorieux inventeurs les Van Eyck, ou encore le réalisme d’un Donatello qui défie toute imitation.

Par rang de mérite comme par rang d’âge, Matteo de’ Pasti de Vérone vient immédiatement après son compatriote Pisanello. A la fois architecte, peintre et miniaturiste1, il semble, comme d’ailleurs la plupart de ses contemporains, n’avoir cultivé l’art du médailleur qu’accidentellement. La cour de Rimini, tel est le cercle dans lequel il tourne presque exclusivement : il représenta tour à tour

Sigismondo Malatesta, Isotta, puis L.-B. Alberti, l’architecte du temple des Malatesta. Parmi ses autres médailles, accordons une mention à celles de ses compatriotes Guarino, le fameux humaniste, et Timoteo Maftei, prédicateur célèbre, enfin à celle de Mahomet II, qui l’avait appelé à Constantinople. Comme pour racheter tant de compositions profanes, l’artiste jugea convenable de consacrer une médaille à Jésus-Christ : on me croira sur parole quand j’affirmerai qu’aucune image ne détonne davantage dans la longue suite des bronzes de la Renaissance. — Les médailles de Matteo, moins fines que celles de Pisanello, se distinguent par leur facture large et grasse.

On manque de détails sur la vie de Matteo : en relations dès 1441 avec Pierre de Médicis, auquel il envoya les Triomphes de Pétrarque , dont nous avons reproduit plus haut un fragment, il se fixa vers 1446 à Rimini, où il séjournait encore en 1464.

Cristoforo di Geremia de Mantoue, que nous avons déjà signalé comme sculpteur (page 5~g)'2, n’a laissé que deux médailles; je me hâte d’ajouter que ce sont deux chefs-d’œuvre. L’une, celle d’Alphonse V (reproduite page 108), brille par la science des raccourcis, par une haute distinction, une liberté, une souplesse et une suavité inexprimables, qui semblent trahir un artiste familiarisé avec de plus hautes tâches; l’autre, celle de l’empereur Auguste, d’une facture très serrée, mais d’un style moins pur, moins généreux, nous montre 1 invasion des souvenirs classiques : les figures d’Auguste et de l’Abondance, qui se tendent la main sur le revers avec l’inscription Concordia Avgvsta,

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