L. Münlz
rimitils,
dinal Bessarion (1403-1472), était un des Grecs schismatiques qui avaient siégé au concile de Florence. En homme d’esprit, il comprit qu’il y avait tout à perdre dans l’Empire d’Orient, tout à gagner en Italie; il resta, embrassa le catholicisme et ne tarda pas à recevoir la pourpre. Hâtons-nous d’ajouter que nul, par l’élévation du caractère et du talent, n’était plus digne d’une telle distinction. Champion ardent du platonicisme, il contribua par ses écrits à son triomphe sur les doctrines d’Aristote et de ses imitateurs du moyen âge, réunit une admirable bibliothèque renfermant plus de 800 manuscrits, qui lui coûta 3o 000 ducats (un million et demi de francs) et qu’il donna de son vivant à la ville de Venise, et fonda une Académie dans la Ville éternelle. Si j’ajoute qu’il tut chargé d’importantes missions diplomatiques et qu’il ht la plus énergique propagande en faveur de la croisade, j’aurai signalé les principaux traits de cette figure de Mécène véritablement sympathique h « Bessarion, dit M. Vast, avait la taille élevée, l’œil brillant et grave, le regard imposant, le front haut et dégagé. Ses cheveux tout blancs, sa longue barbe (qu’il portait seul de tous les cardinaux), ajoutaient encore à l’air d’autorité qui se dégageait de toute sa personne, son nez arqué et effilé, ses lèvres minces, qui semblaient toujours prêtes à esquisser un divin sourire, trahissaient chez lui la finesse et l’esprit délié du Grec. »
A Rome, Bessarion résidait habituellement au Quirinal, où il occupait le palais Colonna, commencé par le pape Martin V et embelli par les soins de son nouveau possesseur. Une vingtaine de domestiques ou familiers formaient son entourage. Quoique ses revenus fussent loin d’égaler ceux d’autres prélats, il donnait à pleines mains, aux pauvres d’abord, puis à ses compatriotes, puis aux humanistes et aux artistes. Bessarion, en effet, et j’ai réservé cette mention pour la fin de ce paragraphe, Bessarion comptait parmi les « fautori dell’ arte » les plus éclairés. Vers 1 455, il fit peindre à Bologne une chapelle de Santa Maria in Monte par l’habile maître ferrarais Galasso. En 1464, il chargea le peintre Antonazzo de Rome (il eût pu mieux choisir!) de décorer de fresques les chapelles Saint-Ange et Sainte-Eugénie dans la basilique des Saints-Apôtres.
Sa collection d’œuvres d’art, moins riche que sa collection de manuscrits, semble avoir surtout renfermé des ornements sacrés : ouvrages d’orfèvrerie, parements, tapisseries, mosaïques grecques portatives; c’étaient, pour employer les expressions du temps, les éléments de la plus magnifique « chapelle » A
Le Vénitien Paul II (1464-1471), neveu d’Eugène IV, est un pape calomnié. Les historiens n’ont envisagé que son goût pour le faste, son amour des gemmes et des joyaux; ils ont perdu de vue des entreprises considérables, qui tiennent
1. Le rôle littéraire, politique et religieux de Bessarion a été fort bien exposé par M. Vast le cardinal Bessarion. Paris, Hachette, 1878. — Cf. le volume que j’ai publié en collaboration avec M. Paul Fabre : la Bibliothèque du Vatican au quinzième siècle, à la table.