‹ Histoire de l'art pendant la RenaissanceChapitre 31 sur 337 · PAUL II. — SIXTE IV · texte numérisé non relu

PAUL II. — SIXTE IV

dignement leur place dans l’histoire de la Renaissance romaine, la continuation du Saint-Pierre de Nicolas V, les importants travaux du palais du Vatican, l’édification du palais de Saint-Marc ou palais de Venise, pour ne point parler de la restauration de tant de monuments antiques, sauvés de la ruine par ses soins. Le premier il devina et sut mettre en lumière le talent de Giuliano da San Gallo, chef d’une famille d’architectes illustres. Mais ce qui distingue l’œuvre de Paul II et donne à ce Mécène sa physionomie caractéristique, c’est son goût pour les chefs-d’œuvre de la sculpture et de la glyptique antique, jusqu’alors si négligés des papes. Le premier, alors qu’il n’était encore que cardinal, il réunit une inappréciable collection de pierres gravées antiques, de bronzes, d’objets d’orfèvrerie, de curiosités de toute sorte, qui, sottement vendus après sa mort par son successeur Sixte IV, devinrent le plus riche ornement du musée des Médicis. De même, Sixte IV, cette fois mieux inspiré, n’eut qu’à puiser dans l’héritage de Paul II pour réunir les éléments du musée du Capitole, le premier en date des musées modernes.

Si Paul II négligea relativement les sculpteurs et les peintres contemporains, il eut l’honneur de servir de parrain à la gravure en pierres dures, subitement tirée de l’oubli par son initiative, et dont la résurrection se lie si intimement à celle des chefs-d’œuvre de la glyptique antique.

Avec le caractère le plus violent, les vues les plus personnelles, le goût peutêtre le plus borné, Sixte IV (1471-1484), l’oncle de Jules II et le fondateur de la dynastie des délia Rovere, réussit, grâce à une activité méthodique et à une énergie indomptable, à marquer sa trace à Rome plus profondément que 11e l’a fait aucun autre pape de la Première Renaissance, sans en excepter Nicolas V. Quoique l’ardeur chez lui tînt lieu de compétence et qu’il se laissât guider dans ses choix par la réputation des artistes plutôt que par leur mérite réel (comme architectes il employa surtout les maîtres réputés pour travailler vite; comme peintres il prit tous ceux que lui signalait la renommée, associant, dans la chapelle Sixtine, Signorelli et le Pérugin, Botticelli et Cosimo llosselli, Ghirlandajo et Piero di Cosimo), l’œuvre de Sixte IV ne cessera de frapper par sa variété et sa magnificence. La chapelle Sixtine, les églises de Sainte-Marie du Peuple et de Sainte-Marie de la Paix, l’hospice de San Spirito, lui doivent leur origine; vingt basiliques, le « Pons Quinti » ou Ponte Sisto, la fontaine Trevi et d’innombrables autres monuments, leur réédification; les rues de Rome, l’alignement qui a fait de la Ville éternelle la première cité moderne. Ses auxiliaires dans cette tâche gigantesque ne portent point de noms célèbres : Baccio Pontelli, dont on a si singulièrement exagéré le rôle, est le seul d’entre eux qui soit

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connu. Bornons-nous à citer, à côté de lui, Meo del Caprina, Giacomo da Pietrasanta et Giovannino de’ Dolci. La sculpture, favorisée au détriment de la peinture, par les deux prédécesseurs de Sixte IV, fut au contraire de nouveau

sacrifiée. On ne trouve à mentionner que les statues d’apôtres, ciselées par Verrocchio pour la chapelle papale, et le tombeau de Sixte IV par Antonio Pollajuolo. Mais, en ce qui touche la peinture, ce pontificat s’honore de la plus extraordinaire réunion de maîtres célèbres : en dehors de Mantegna et de Benozzo Gozzoli, tous les grands peintres contemporains travaillent pour Sixte IV, Melozzo da Forli, le Pérugin, Pinturicchio, Domenico et David Ghirlandajo, Botticelli, Filippino Lippi, Signorelli, Fra Bartolommeo délia Gatta, et une infinité d’autres. Le concours ouvert pour la chapelle Sixtine fut le prélude des entreprises glorieuses de Jules II et de Léon X.

Éblouis par l’exemple du pape, ses neveux, les membres du Sacré Collège, les grands seigneurs romains et jusqu’aux représentants des maisons étrangères, ne

songèrent plus qu’à bâtir, à commander des statues et des fresques ou à rechercher les merveilles de l’art antique. Le plus ardent fut le cardinal Julien délia Rovere ( 1 44 1- 1 5 1 3), le futur pape Jules II : par la restauration de la basilique des Saints-Apôtres et de la basilique de Saint- Pierre-ès-Liens, par celle du palais pontifical d’Avignon, par son intimité avec le célèbre architecte Giuliano da San Gallo, par ses luttes avec Laurent le Magnifique pour la possession des antiquités trouvées à Ostie et avec le chapitre de la cathédrale d’Orvieto pour le renvoi du Pérugin, dont il déclarait ne pouvoir se passer1, le bouillant jeune homme préludait aux splendeurs et aux violences de son pontificat. Son cousin, le cardinal Raphaël Riario ( 1 q5 1 — 1 52 1 ), se signala, un peu plus tard, par la construction du palais de la Chancellerie, un des chefsd’œuvre de Bramante; son autre cousin, Dominique délia Rovere (f i5oi), par celle du palais Scossa Cavalli, près du Vatican, par la restauration des cathédrales de Turin et de Montefiascone. Le cardinal français Guillaume d’Estou-

1. Bicchierai, Alcuni Document i artistici non mai stampati ; Florence, 1 855 ; p. 17.

Le pape Sixte IV.

(Fac-similé d’une gravure ancienne.)

Sixte I V conférant a Platina i.es fonctions de préfet de la Vaticane. Fresque de Melozzo da Forli. (Pinacothèque du Vatican.)

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