LE MOBILIER
Labarte, Histoire des Avis industriels, 2 édit. t. IL p ■ ~ ^ç~
tion du peintre réduisait, en proportion inverse, celle du « huchier»; celui-ci régnait surtout en maître dans le mobilier religieux :
stalles, tribunes d’orgues, lutrins, etc., et encore le marbre y prenait-il à tout instant la place du bois. Aux ornements en peinture on ajoutait souvent des ornements en stuc ou .en carton-pierre doré.
Vasari raconte que Donatello, dans sa jeunesse, enrichit de basreliefs en stuc, plâtre, colle et brique pilée les meubles peints par Dello.
La miniature du quinzième siècle embrasse un domaine non moins vaste que celui de la peinture proprement dite, et nous offre des productions non moins nombreuses , non moins variées : scènes religieuses, tableaux d’histoire, tableaux de mœurs , compositions allégoriques, portraits, paysages, natures mortes'.
1. Bibl. : Milanesi et Pini, dans le t. VI (p. 161 et suiv.) de leur édition de Vasari (Florence, Lemonnicr, io5o).
E. Müntz — I Italie. Les Primitifs.
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Coffre de mariage orné de peintures et de reliefs dorés. (( ollection de M. Ceinuschi.)
Quoiqu’elle formât dès lors une profession distincte, des peintres d’histoire de la valeur de LorenzoMonaco, de Cosirno Tura, de Liberale de Vérone, l’ont cultivée avec passion : pour ne point parler de ces grands miniaturistes qui s’appellent Gherardo, Attavante, Antonio da Monza. Dût-on m’accuser de rechercher le paradoxe, je serais tenté de mettre ces compositions infiniment petites au rang des grandes pages monumentales, si je 11’étais arrêté par une considération en quelque sorte extrinsèque : prenons la miniature la plus belle, signée du nom le plus fameux; par cela seul qu’elle est de dimensions microscopiques et que sa place est dans un livre destiné seulement à quelques amateurs, elle ne frappera point la foule et n’aura en conséquence aucune importance historique. Voyez, en effet, quelle rare contradiction : les grands, couvraient d’or les miniaturistes (un missel finement enluminé coûtait autant qu’un retable monumental)1, et le peuple se doutait à peine de leur existence. Dans ce concours extraordinaire, les fabriques des églises le disputaient aux bibliophiles couronnés : de 1440 à i5o8 environ, le dôme de Florence fit copier et enluminer 26 livres de chœur, et le dôme de Sienne, dans un intervalle moindre, 29 livres, tandis que les Médicis, les Papes, les rois de Naples, les ducs d’Urbin, les marquis de Ferrare, et jusqu’au Hongrois Mathias Corvin, improvisaient des bibliothèques qui n’ont cessé depuis quatre siècles de faire par la richesse de leurs ornements l’admiration des connaisseurs.
Du moins cet art a-t-il profité dans une large mesure des avantages d'une situation essentiellement aristocratique : ses productions se présentent à nous brillantes et fraîches comme au premier jour, tandis qu’il n’est guère de fresque ou de tableau qui n’ait plus ou moins souffert de mutilations ou de restaurations.
Le berceau de la nouvelle École de miniature se trouve, est-il nécessaire de l’apprendre à mes lecteurs ? dans la capitale de la Toscane. Florence formait, depuis le commencement du siècle, le grand marché international de la librairie, grâce, d’une part, à l’ardeur de bibliophiles tels que Niccolô Niccoli, Ambroise le Camaldule, Bruni, le Pogge, les Médicis, grâce en outre â la supériorité des copistes élevés sous la discipline de ces philologues si sagaces 2, grâce aussi à
278. — Beaucoup de reproductions figurent dans les Evangiles des dimanches et fêtes de Curmer. — Woltmann et Wœrmann, Geschichte der Malerei, t. II, p. 201-209, 348-302. — D’Adda, l’Acte del Minio nel ducato di Milano dal secolo XIII al XVI. Milan, 1886. — J. W. Bradley, a Dictionary of Miniaturists , Illuminators , Calligraphers and Copyists. Londres, Quaritch, 1887-1808, t. I, II. — Les règles du Traité de Miniature publié par M. Salazaro (TArte délia Miniatura nel secolo XIV. Naples, Detken, 1877) et M. Lecoy de la Marche ( l’Art d'enluminer, manuel technique du quatorzième siècle. Paris, 1887, extr. des Mémoires de la Société nationale des Antiquaires de France), étaient certainement encore en usage au quinzième siècle, quoique ce Traité datât du siècle précédent. — Je suis redevable de précieuses notes manuscrites à l'obligeance de M. de Champeaux, le savant bibliothécaire de l’Union centrale des Arts décoratifs.
1. Attavante estimait à plus de 160 ducats (environ 8oco francs) ses honoraires pour l’enluminure du Missel de l’évêque de Dol (L. Delisle).
2. Wattenbach, das Schriftwesen im Mittelalter, p. 410, édit, de 1870. — La réforme de la
LA MINIATURE
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1 initiative de libraires, paimi lesquels il suffit de citer \ espasiano de' Bisticci, le fournisseur attitré des Médicis, des Papes, du duc d’Urbin, du roi de Hongrie. Les amateurs italiens ou étrangers prirent sans peine l’habitude de faire enluminei leurs manuscrits la ou ils les faisaient copier, d’autant plus que depuis longtemps le couvent florentin des Camaldules ou des Anges avait conquis une réputation européenne par l’habileté de ses miniaturistes, en tête desquels brillait le fameux Dom Lorenzo Monaco. Il faut que les enlumineurs des bords de 1 Arno aient ete surcharges de besogne pour que si peu d’entre eux aient songé à s’expatrier. A peine quelque trois ou quatre consentirent-ils à travailler à Sienne, c’est-à-dire à deux pas de Florence (Giacomo Torelli, 1466; Francesco di Lorenzo Rosselli, 1 47° i Litti Corbizzi, 1494-1496). Quant aux princes étrangers, ils se voyaient réduits à faire enluminer leurs manuscrits à Florence même, sans réussir à s’attacher ces enfants gâtés. Seul le pape Pie II put s’enorgueillir un instant de compter à son service le miniaturiste florentin Andrea (1468).
Voilà donc une exception à la règle, mais une exception qui la confirme éloquemment : alors que les architectes, les peintres, les sculpteurs, les orfèvres florentins pullulent dans les cours de Rome, de Naples, d’Urbin, de Ferrare, de Mantoue, de Milan, leurs compatriotes les miniaturistes y brillent par leur absence. Ne proclamaient-ils point par là que, sentant tout le prix de leurs efforts, ils entendaient les consacrer à leur ville natale? Leurs miniatures d’ailleurs voyageaient et portaient au loin la bonne semence.
A côté des enlumineurs sortis de la pépinière du couvent des Camaldules, artistes consciencieux, un peu lourds1, attachés à la tradition du moyen âge, et qui avaient à leur actif l’extrême fini de leurs miniatures, non moins que la poésie sentimentale de leurs compositions, prit naissance une phalange de décorateurs incomparables, élevée dans le giron des Médicis, et brûlant d’appliquer à l’ornementation des manuscrits toutes les ressources que mettait à leur service la découverte du monde classique (voy. pages 268-270) : d’élégantes arabesques, entremêlées de camées, d’intailles, de médailles, de candélabres, de vases de fleurs, se substituèrent, sous leur pinceau, au feuillage si touffu de l’âge précédent. Celui-ci cependant tint bon longtemps encore : nous le rencontrons jusque sur certains manuscrits exécutés pour le duc Frédéric de Montefeltro (Bibliothèque du Vatican, fonds d’Urbin, n° 9.8), jusque sur le livre d’heures de la bibliothèque de Sienne, enluminé en 1494 par Litti Corbizzi. A un certain moment les bibliophiles se passionnèrent pour les entrelacs blancs s’enlevant
calligraphie précéda celle de l’enluminure. Dans l’entourage des Médicis on entend parler à tout instant de' lettres romaines, « antico more ». Niccolô Niccoli, Tardent collectionneur florentin (i363-I437), semble avoir déjà orné d’initiales de ce genre les manuscrits qu’il copiait ( les Précurseurs de la Renaissance, p. 107).
1. La miniature, comme la peinture sur verre, trouva surtout' des recrues dans les couvents. Longue est la liste des Franciscains, des Dominicains et surtout des Camaldules qui la cultivèrent.
sur un fond bleu et rouge (dans le genre de l’initiale reproduite page 2o5), d’abord à Florence, puis à Rome, à Naples et à Urbin. Je citerai la traduction de la Guerre de Jugurtha et de la Conspiration de Catilina, par L. Carbone1, la traduction des Panégyriques de Pline, par Lippo Brandolini, dédiée au roi Ferdinand d’Aragon2, la Défense de Platon, par Contrarius3 4 5, les Discours de Cicéron ‘, le Traité de Sanguine Christi, par François délia Rovere
Le plus éminent des miniaturistes florentins de la première génération, Francesco d’ Antonio del Cherico, élève de Dom Lorenzo Monaco, travailla tour à tour pour le dôme de Florence et pour les Médicis. Pour le dôme, il enlumina, de 1463 à 1470 environ, une série d’antiphonaires (« libri corali »), aujourd’hui conservés à la Bibliothèque Laurentienne. Pour les Médicis, il orna de miniatures diverses traductions d’Aristote par Jean Argy’ropoulos (également conservées à la Laurentienne). Ces dernières miniatures, commandées par Pierre de Médicis, sont par conséquent antérieures à la mort de ce Mécène (1469). A la richesse d’imagination de l’ancienne Ecole, Francesco préfère la pureté du goût : s’il lui emprunte ses semis de fleurs, il introduit dans ceux-ci, au moyen de grilles, de médaillons, de candélabres, d’écussons, de génies nus, une netteté qui charme et repose tout ensemble. Il brille avant tout par la distinction du dessin, l’harmonie et la richesse du coloris, par l’art exquis avec lequel il marie les figures les unes aux autres, par sa science consojnmée des transitions.
Zanobi Strozzi (1412-1468) illumina un certain nombre d’antiphonaires appartenant aujourd’hui à la bibliothèque du couvent de Saint-Marc à Florence (faussement attribués à Fra Benedetto, frère de Fra Angelico).
fe serais tenté d’opposer ces novateurs florentins, qui se piquaient surtout d’ètre des ornemanistes, et qui portaient leur effort sur les bordures, aux faiseurs de tableaux proprement dits, en d’autres termes aux adeptes de la vieille école : pour ceux-ci, le comble de l’art consistait à inscrire dans quelque initiale, plus ou moins gothique, c’est-à-dire aux contours plus ou moins compliqués, de nombreux personnages, une scène en raccourci, une miniature en un mot, préoccupation qui éclate, entre autres, dans la longue série des livres de chœur du dôme de Sienne. Ce n’est pas que ces retardataires songeassent à copier des tableaux célèbres, comme le firent leurs successeurs du seizième siècle, ni à entrer en lutte avec les peintres d’histoire. Ils vivaient tranquillement dans leur coin, s’occupant de creuser plutôt que d’étendre, accessibles, dans certaines villes, aux idées nouvelles, leur fermant résolument la porte dans d’autres : de là vient que l’écart entre les différentes écoles d’enlumineurs se chiffre par un demi-siècle au moins : les uns 11’ont plus de secrets à arracher à l’ornemen-
1. Bibliothèque nationale de Paris, fonds italien, n0" iaS, 126.