‹ Histoire de l'art pendant la RenaissanceChapitre 32 sur 337 · SIXTE IV. — INNOCENT VIII · texte numérisé non relu

SIXTE IV. — INNOCENT VIII

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teville (1403-1483), le plus riche membre du Sacré Collège, reconstruisit l’église et le couvent de Saint-Augustin, la citadelle et la ville d’Ostie, restaura Sainte- Marie Majeure et l’enrichit du superbe retable de Mino de Fiesole. Le couronnement de sa carrière de bâtisseur fut sa nomination à la charge de surintendant de l’édilité romaine. Le cardinal Rodrigue Borgia ( 1 43 1 - 1 5o3), le futur pape Alexandre VI, compte à son actif l’édification d’un beau palais entre le pont Saint-Ange et le Campo dei Fiori, ainsi que d’importants travaux à Subiaco; le cardinal Marc Barbo (f 1490), neveu de Paul II, la continuation du palais de Saint-Marc et l’exécution du magnifique mausolée de son oncle, par Mino de Fiesole et Jean Dalmate; le cardinal Piccolomini (le futur Pie III), la construction d’un palais magnifique; le cardinal François Gonzague (1444-1483), la formation d’un riche cabinet d’antiques.

Seule l’aristocratie romaine ne céda que lentement à l’entraînement général, préoc- * cupée qu’elle était de conserver sa position politique ou d’étendre ses possessions territoriales. Les Orsini ouvrirent la marche, avec le cardinal Giordano, bibliophile ardent (f 1437); François Orsini, comte de Tagliacozzo et préfet de Rome, fit restaurer l’église de la Minerve et construire celle de Vicovaro; le palais qu’un autre Orsini, Napoléon, fit élever à Bracciano était assez somptueux pour que Sixte IV daignât l’habiter quelque temps. Il reste moins de monuments de l’activité des Colonna, des Savelli, des Caetani, des Capranica. Enfin les Tornabuoni, représentants à Rome de la banque des Médicis, décorèrent une chapelle de la Minerve de fresques dues au pinceau de D. Ghirlandajo, de statues et de basreliefs sculptés par Mino de Fiesole et par Verrocchio.

Le successeur de Sixte IV est une figure des plus effacées. Quelle place y a-t-il pour un Innocent Mil (1484-1492) entre la haute personnalité de son prédécesseur et celle de son successeur, ces hommes de génie qui surent mettre au service d’une ambition effrénée, l’un, une vigueur indomptable, l’autre une astuce infernale : Sixte IV délia Rovere, et Alexandre VI Borgia ! Chez ce lourd et cupide Génois, la médiocrité de l’esprit n’est égalée que par l’indécision et la faiblesse du caractère; il ne sait ni réaliser, ni concevoir de grandes choses. S’il a, malgré tout, attaché son nom à quelques entreprises intéressantes, l’édification de la villa du Belvédère, celle du rendez-vous de chasse célèbre sous le titre de la Magliana, la commande à Mantegna des fresques du Vatican, c’est l’influence féconde de la Renaissance qu’il faut bénir, non l’initiative d’un homme qui en manquait absolument.

L’incurie d’innocent VIII en matière de finances était extrême; à tout instant il achetait de nouveaux joyaux avant d’avoir retiré ceux qu’il avait précédemment mis en gage; on le voit même engager les joyaux qu’il a en main pour en acheter d’autres qui le tentent par leur nouveauté. Rarement tant de détresse s’est alliée à tant de prodigalité. En i486, le pape acquiert d’un coup pour 53q8 ducats de perles, de pierres précieuses de toute sorte; en 1487, pour 12000 ducats, non compris 2000 ducats pour une perle piriforme, ni 4187 ducats pour des joyaux divers; et cependant, dès 1488, il est forcé d’emprunter 20 699 ducats sur la tiare pontificale, qui resta longtemps entre les mains des prêteurs. Cette leçon lui profite-t-elle? Nullement; la même année il achète, pour sa satisfaction personnelle, un rubis balais de 2200 ducats, et, pour les* offrir à la femme d’un

capitaine, des joyaux d’une valeur de 1200 ducats. En 1490 il ne peut résister à la tentation d’acquérir, pour 600 ducats, une émeraude dont le vendeur n’est autre que Laurent le Magnifique.

Mais, nous ne saurions assez le répéter, le courant était si fort que, même en l’absence de vues supérieures, les grands seigneurs du temps ralliaient tout naturellement autour d’eux des artistes de la plus haute valeur, et attachaient, presque à leur insu, leur souvenir à des œuvres impérissables. Accordons ici une place d’honneur au cardinal Olivier Caraffa de Naples (7 1 5 1 1) : ce vaillant commandant des flottes pontificales, ce prélat guerrier, digne successeur des Vitelleschi et des Scarampi, commanda au Pérugin Y Assomption de la Vierge; à Filippino Lippi, les fresques de la Minerve, où il trouva son tombeau ; à Bramante, le cloître de Santa Maria délia Pace, également à Rome.

Dans la protection accordée aux arts par les papes du quinzième siècle, il y a plus que des encouragements propres à faire éclore des chefs-d’œuvre : leur action a pesé sur le développement de la Renaissance; elle a arrêté celle-ci au bord de l’abîme où elle risquait de tomber; en la forçant de servir d’interprète à la religion, elle l’a maintenue en contact — un contact relatif — avec les couches profondes de la société. Si en matière d’architecture les papes faisaient preuve d’un éclectisme absolu, l’orthodoxie n’étant pas plus en cause dans le choix d’un type gothique que dans celui d’une basilique du style chrétien primitif, si l’ornementation comptait trop peu pour qu’ils y attachassent de l’importance, ils avaient par contre la mission de surveiller sévèrement la sculpture et la peinture, si portées dès lors à aborder les sujets profanes, et ils réussirent, avec un tact parfait, à retenir ces arts sous la discipline de l’Eglise. Rien de plus rare à Rome, pendant toute la durée du quinzième siècle, que des représentations profanes. Sixte IV lui-même, malgré sa gloriole, recula constam-

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