L’ART TEXTILE
industries peut-être, les Italiens du quinzième siècle ne firent preuve d’un pareil esprit d’initiative, d’une pareille puissance d’assimilation, d’un pareil éclectisme : aux Orientaux ils empruntaient les motifs d’ornementation des étoffes brochées qu’ils fabriquaient en si grande quantité à Florence, à Lucques et à Venise (ramages, animaux fantastiques, etc.); ils leur achetaient en même temps les tapis de pied que l’on voit représentés sur une foule de peintures1.
Dalmatique italienne en velours de Gênes, du xv*. siècle. (Collection Spitzer.)
Les tisserands de Paris2 et de Hollande leur apprirent à fabriquer le plus beau linge; les tapissiers flamands à dresser des métiers de haute lisse. Dans toutes les&cours italiennes, les brodeurs français et allemands abondaient *.
I Lessine, Modi'L’.t tdpii arienlaux, p. 7. l'aris, l'v,. p . ,
1: ]„"„■!; débu, du quinzième siècle les Indiens faisaient de préférence venir de Paris leurs
services damassés. Voy. le Mklm A lu ScdHi A IHMmt A tara, 1887. P- >
Collections des Médicis au AU ° siècle, p. 12-14. <
3. La Renaissance au temps de Charles VIII, p. 47«, et Art, 188a, l5 octobre.
E. Müntz. — 1- Italie. Les Primitifs.
La broderie étend son empire1, des ornements les plus humbles aux ornements les plus riches, des caprices de la vanité féminine, destinés à vivre un jour, aux créations monumentales dont la mise en œuvre exigera le concours de deux ou trois générations; des gants, des bourses, des aumônières, des garnitures de livres, des housses, aux meubles, aux chasubles, aux tentures, aux devants d’autel, aux retables qu’on exposera aux fidèles deux fois par an au milieu de l’admiration générale. Même variété dans le choix des sujets : le
Le Baptême du Christ. Broderie exécutée sur les dessins de Bollajuolo. (Sacristie du Baptistère de Florence.)
brodeur devra tour à tour enrichir un coussin d’un écusson, ou exécuter avec l’aiguille et des fils de soie de véritables tableaux, capables de rivaliser avec ceux du peintre. Je n’oserais pas affirmer que, dans la recherche de ces tours de force, la Première Renaissance n’ait pas franchi parfois la ligne de démarcation des différents arts, ni confondu les genres. L’intervention de nombreux artistes étrangers, Français, Flamands ou Allemands, ne pouvait que favoriser ces tendances peu en harmonie avec l’esprit général de la Renaissance, avec son besoin de netteté et de pondération.
En combinant le témoignage des nombreuses broderies parvenues jusqu’à nous avec celui des pièces comptables et surtout des inventaires, on pourrait reconstituer sans effort les annales de la peinture à l’aiguille italienne au quin-
i. Bibl. : Labarte. — Rock, South Kensington Muséum. Textile Fabrics ; a descriptive catologue. Londres, Chapman et Mali, 1870. — Lady Alford, Needleworck as art. Londres, Sampson Low, r886. — Ernest Lefébure, Broderie et Dentelles. Paris, Quantin.