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LA BRODERIE

zième siecle. Mais nous devons laisser ce soin aux rédacteurs d’ouvrages spéciaux, et nous contenter de mettre en relief un monument d’une importance capitale, le parement du Baptistère de Florence. En 1466, la corporation des marchands, à qui incombait le devoir de veiller à l’enrichissement de ce sanctuaire, fit commencer une série de broderies, par les plus habiles brodeurs italiens ou étrangers : Antonio di Giovanni de Florence, Piero de Giovanni de Venise, Paolo di Bartolommeo de Vérone, Coppino di Giovanni

Salomé dansant devant Hérode. Broderie exécutée sur les dessins de Pollajuolo. (Sacristie du Baptistère de Florence.)

de Brabant ou de Malines, Paolo d’Anvers, Sansicuro de Navarre, Giovanni di Morale, Giovanni di Paolo de Perpignan (1466-1470), Niccolo di Jacopo de France (1470). En 1469 elle chargea Antonio Pollajuolo de continuer les cartons de cette suite, destinés à illustrer la Vie de saint Jean Baptiste : 1 achèvement de la série entière, comprenant une vingtaine de tableaux, ne fut terminé qu’en 1487, et coûta la somme considérable de 0179 florins (environ 1 5o,000 francs). Vasari déjà loue l’art magistral avec lequel les interprètes traduisirent les créations de Pollajuolo (et de son prédécesseur, un artiste plus archaïque, car les broderies trahissent 1 intervention de deux peintres diAe— rents). Ses éloges n’ont rien d’excessif, ainsi que l’on pourra en juger par nos gravures. Les cartons de Pollajuolo ne sont d ailleurs pas des chefs-d œu\ re .

1. A. Gruver, les Œuvres d'art de la Renaissance au temple de Saint-Jean ( Baptistère de Florence ), p. 209 et suiv. - — Cf. Cavallucci : Arte e Slorut, 1W.0, p.

on y retrouve la manière sèche, dure, âpre et peu décorative qui caractérise ce maître. Mais, dans l’espèce, la pauvreté de son imagination lui a rendu service : elle l’a empêché de multiplier les figures et les plans, ce qui n’est pas un malheur, il s’en faut. Par exception, ce réaliste à outrance a trouvé une note juste, en donnant à la plupart des scènes un fond d’architecture qui les encadre très convenablement et ajoute à leur tenue.

Si plusieurs des industries d’art que nous venons de passer en revue ont pris naissance en Italie, ou du moins y ont jeté des racines telles, que les Italiens peuvent à juste titre les revendiquer comme leurs, la tapisserie de haute lisse fut un article d’importation par excellence '. Non seulement les Italiens ne cessèrent de commander des tentures dans les ‘Flandres : c’est encore dans ce pays qu’ils recrutèrent presque exclusivement le personnel de leurs ateliers. Le terme seul d ’Arag^o ou de Ra~go (tenture d’Arras) sous lequel on désigne aujourd’hui encore en Italie les tapisseries de haute lisse, suffirait à établir l’origine d’un art qui a tenu une très grande place dans l’histoire de la Première Renaissance.

C’est à la veille de la Renaissance en effet, dans le dernier tiers du quatorzième siècle, que les tentures de haute lisse font leur apparition en Italie. Mais leur vogue date du siècle suivant. Bientôt, grâce aux envois incessants des Flandres, grâce à la production indigène, les gardes-meubles des grands seigneurs furent assez richement garnis pour permettre d’associer la peinture en matières textiles, si souple, si brillante, à toutes les manifestations de la religion, du patriotisme, des affections de famille, à la procession du Corpus Domini, aux mariages princiers, aux entrées triomphales, aux représentations scéniques, voire aux simples banquets. On se les prêtait de ville à ville, de cour à cour, pour rehausser l’éclat des fêtes, qui sans elles n’eussent pas semblé complètes : à Ferrare, la famille ducale était sans cesse sollicitée par les citoyens de mettre les siennes à leur disposition pour un mariage, un baptême, et elle accédait de bon gré à ces requêtes. Et quel enthousiasme alors dans le public, chez les amateurs, chez les historiographes! Nous avons vu le pape Pie II se laisser aller à un véritable débordement de lyrisme devant celles qui furent exposées en 1462 à Yiterbe, à l’occasion de la Fête-Dieu (page 94). Le chroniqueur milanais Corio à son tour s’extasie devant YHistoire de. la Création , exécutée jadis à Rome pour le pape Nicolas V et exposée en iqp3 au palais des Saints-Apôtres, à l’occasion du passage d’Eléonore d’Aragon. C’est, déclare-t-il, la plus belle tenture de la chrétienté : « il più bello panno che sia trà cristiani ».

Dans les fêtes, les tapisseries se mariaient tour à tour à des bandes de broderie,

I. Bihl. : Histoire générale de la Tapisserie en Allemagne, en Angleterre, en Espagne, en Danemark, en Hongrie, en Pologne, en Rassie et en Turquie (fait partie de l'Histoire générale de la Tapisserie). Paris, Dalloz, 1878-1884; un vol. grand in-folio avec planches. — La Tapisserie 3° édit. Paris, Quantin, 1888.

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