LA SICILE
qui avaient déployé le plus d’ardeur au moyen âge sont précisément celles qui s’effacent le plus au quinzième siècle. Du côté de la mer Tvrrhénienne, le Mont Cassin, Capoue, Bénévent, Amalfi, Ravello, Salerne, si fécondes pendant la domination des Normands, des Souabes et des princes d’Anjou, se bornent à vivre sur leur passé. Dans la Pouille, sur la mer Adriatique, Foggia, I.ecce, Barletta, Trani, Bari, Brindisi, Otrante, Troia, laissent passer la Renaissance avec non moins d’impassibilité.
Un peu mieux partagées, les Abruzzes, avec des villes telles que Aquila, Amatrice, Atri, Chieti, Solmona, Tagliacozzo, Teramo, comptent, d’après les relevés de M. Bindi, une trentaine d’artistes pour tout le quinzième siècle, entre peintres, sculpteurs, architectes, miniaturistes et orfèvres.
A Aquila, ville restée à moitié libre, les administrateurs de l’église Saint-Bernardin commandent aux délia Robbia deux retables qui existent encore, V Assomption et le Couronnement de la Vierge. Cette intervention de la Toscane n’a rien que de bien naturel dans une ville qui avait élevé une église en l’honneur de saint Bernardin de Sienne.
Par une contradiction fréquente chez les Italiens de la Première Renaissance — on en trouve des exemples marquants à Urbin, à Venise et a Gènes — l’importation flamande alternait à Naples avec l’importation florentine, formant avec elle un amalgame bizarre1. Nulle part ailleurs on ne rencontre un aussi grand nombre de tableaux de l’École de Bruges ( Annonciation de Jan Van Eyck, Scènes de la Passion de Roger Van der Weyden, Christ trônant de Petrus Christus, etc.).
Pas plus que les littérateurs ou les savants (il suffit de nommer Antonio Beccadelli de Païenne, Porcellio de Naples, Pomponio Leto et le nouvelliste Masuccio, tous deux de Salerne ou des environs, les Simonetta, originaires de la Calabre, devenus Milanais par adoption)2, les artistes de talent ne manquaient dans le royaume de Naples, « il Reame » tout court, comme disaient les Italiens, car les autres États, voire les plus puissants, n’étaient que des duchés ou des marquisats. Rappelons les noms des sculpteurs Silvestro Ariscola d’Aquila, Niccolô de Bari, qui exécuta à Bologne une partie de la châsse («area») de saint Dominique, d’où son surnom de « Niccolô dell’ Area » ; du peintre Antonello, de Messine; du frère Jean, de Naples, brodeur célèbre, qui travailla
1. J’en ai rapporté les preuves dans la Renaissance au temps de Charles VIH. p. 426, ainsi que dans un article du journal l’Art, 1 885, t. II, p. iSq-iôo.
2. Masuccio, le seul nouvelliste italien du quinzième siècle, ou peu s’en faut, a eu l’honneur de fournir à Shakespeare le thème de Roméo et Juliette.
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.Médaille du duc de Calabre, par Guaccialotti.
E. Müntz. — I. Italie. I.es Primitifs.
pour le pape Eugène IV; du frère Salvo Casetta, de Païenne, architecte habile, fixé à Rome sous le pontificat de Sixte IV, pour ne point parler du mystérieux Colantonio del Fiore, ni de l’énigmatique Antonio Solario, surnommé le Zingaro. Mais la plupart d’entre eux durent chercher fortune au dehors.
En Sicile, à Païenne, à Messine, à Termini, le mouvement des arts et des industries qui y ressortissent s’accentua vers la fin du quinzième siècle. En 1487, les sculpteurs et constructeurs fondèrent à Païenne une corporation, « una maestranza »; en 1499, la même ville comptait plus de soixante charpentiers et autres maîtres travaillant le bois (« legnajuoli »). Les Lombards, si actifs partout, n’avaient pas manqué d’y fonder une importante colonie. Parmi ceux de ces hôtes du Nord dont les noms nous sont parvenus, il faut citer en première ligne Domenico Gagini, de Bissone (près de Lugano, déjà fixé à Païenne en 14Ô.I), chef d’une dynastie qui devint rapidement illustre dans les annales de l’art sicilien1 2 3 4. Deux autres Lombards, Pietro di Bonate et Giorgio de Milan, et le Dalmate Francesco Laurana exécutèrent, à Païenne, à Monte San Giuliano, à Noto et à Termini, entre 1468 et 1487, d’intéressantes sculptures, que l’admiration publique a sauvées de la destruction. Quant à la peinture, elle oscilla entre l’influence des Florentins et celle des Flamands. Si le Triomphe de la Mort, peint à 1’ « Ospedale Grande » de Païenne, a pu être revendiqué en faveur d’un Flamand, la Sainte Cécile d’Antonio Crescenzo, dans la cathédrale de la même ville (1476), révèle l’étude des modèles du continent italien h