FREDERIC DE MONTEFELTRO
marquée à côté de Coluecio Salutato, de Boccace, de Pétrarque, de Dante. Il admit même, en bibliophile que rien n’effraye, les écrits du licencieux Antonio Beccadelli de Païenne.
Ce qui distinguait la bibliothèque ducale d’Urbin, ce fut, toujours au témoignage de Vespasiano, l’équilibre qui régnait dans toutes ses sections. En comparant les inventaires de collections analogues, que le duc avait fait venir de toutes les parties de l’Europe, voire d’Oxford, on constatait que le même ouvrage y figurait en plusieurs exemplaires, tandis que d’autres y brillaient par leur absence. Nulle trace de ces imperfections à Urbin.
Cette collection, dont l’accroissement était principalement dû aux efforts, d’ailleurs nullement désintéressés, de Vespasiano, coûta au duc quelque chose comme 3oooo ducats (un million et demi de francs); elle comprenait 772 manuscrits, dont 9.3 grecs et 72 hébreux. On sait qu’elle forme aujourd’hui un des principaux fonds de la bibliothèque du Vatican1 2.
Pour ce prince qui sut si bien organiser sa vie, le culte du beau sous toutes ses formes n’était pas seulement un exemple qu’il devait à son pays et à son temps, c’était également un besoin vital. Aussi jamais Mécène n’apporta-t-il moins d’ostentation dans ses entreprises. Les loisirs de Frédéric étaient partagés entre l’enrichissement de sa bibliothèque, la construction et l’embellissement de son palais d’Urbin, dont il voulait faire — ce sont ses propres expressions - « una habitatione bella e degna quanto si conviene alla conditione e laudabil fama delli nostri progenitori et anco alla conditione nostra » s. Sa bibliothèque
Frédéric, duc d’Urbin, par Piero délia Francesca. (Musée des Offices à Florence.)
1. L’inventaire en a été publié dans le Giornah storico degli Archivi toscan i, 1862-186.3. Vov. aussi : Il Raffaeîlo, 1874; t. VI.