‹ Histoire de l'art pendant la RenaissanceChapitre 54 sur 337 · Gave, Carteggio, t. I, p · texte numérisé non relu

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lui fournissait la matière de lectures quotidiennes, que quatre courtisans avaient pour mission de faire à voix haute pendant les repas. Quant au palais d’Urbin, comme d’ailleurs pour les palais de Gubbio, de Cagli, de Fossombrone, de Castel Durante, et les innombrables citadelles réédifiées par ses soins*, les plans en étaient l’œuvre personnelle de Frédéric. Son libraire et biographe, Vespasiano dei Bisticci, nous dit formellement qu’après avoir pris l’avis des architectes, le duc indiquait à son tour les mesures des édifices à construire; il semblait, ajoute-t-il, à l’entendre raisonner sur de telles matières, qu’il eût passé sa vie à cultiver cet art. Aussi le palais ducal d’Urbin passait-il pour « il più degno edifizio » du temps, le plus harmonieux et le mieux compris. Le duc luimême, dans les lettres patentes de la nomination de Luciano de Laurana au poste d’architecte en chef du palais (1468), proclama la « virtù » de l’architecture fondée, dit-il, sur les arts de l’arithmétique et de la géométrie, « qui font partie des sept arts libéraux ».

Quoique l’existence de Frédéric se soit prolongée jusque fort avant dans le dernier quart du quinzième siècle, le mouvement qu’il provoqua autour de lui n’a ni la liberté ni l’éclat que l’on trouve dans les villes de plaine, à Florence, à Rome, à Milan. Ne le dissimulons pas : il y a encore quelque chose d’un peu raide et solennel, pour ne pas dire de pédant, chez ce brave Mécène, de même que chez sa digne moitié, Battista Sforza, qui s’exprimait en latin avec une si grande facilité. Dans les pays de montagnes, on le sait, les traditions se laissent difficilement déraciner; mais si les manières sont demeurées graves, le langage sententieux, l’accoutrement suranné, il n’en faut que plus admirer la netteté et la décision de Frédéric toutes les fois qu’il se trouvait en présence des artistes. Chacun de ses coups portait, sur les champs de bataille comme dans les luttes artistiques. En s’attachant les architectes Luciano de Laurana, Francesco di Giorgio Martini et Baccio Pontelli, c’est-à-dire trois des champions les plus décidés de la Renaissance, en commandant son portrait et celui de la duchesse à Piero délia Francesca, et les personnifications des Sciences à Melozzo de Forli, le Mécène d’Urbin montra clairement que ses sympathies étaient acquises aux champions de la Renaissance, non à ces maîtres hybrides qui, comme les Cosimo Rosselli, les Piero di Cosimo, les Giovanni Santi, les Francia, flottaient entre l’ancienne et la nouvelle école. Combien il était ami du progrès sous toutes formes, que celui-ci vînt d’Italie ou de l’étranger, il le montra en outre en appelant auprès de lui le Flamand Justus de Gand et en le chargeant de peindre les portraits de philosophes, de savants ou d’amateurs, dont une partie orne aujourd’hui la galerie des Sept Mètres, au Louvre, et l’autre le palais Barberini. Certes, Justus était un réaliste grossier; mais en sa qualité de Flamand il connaissait à fond les secrets de la peinture à l’huile, supériorité toute technique qui parut suffisante à Frédéric pour justifier son choix.

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