‹ Histoire de l'art pendant la RenaissanceChapitre 55 sur 337 · FREDERIC DE MONTEE ELTRO · texte numérisé non relu

FREDERIC DE MONTEE ELTRO

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Assurément, le grand peintre qui devait naître à Urbin une année après la mort de Frédéric — le lecteur a nommé Raphaël — ne put trouver que peu d’enseignements dans les fresques ou tableaux commandés ou achetés par le vieux duc : il en était réduit à copier, dans l’album aujourd’hui conservé à Venise, les mauvais portraits de Justus de Gand. Mais il n’en avait pas été de même d’un autre artiste illustre, né quelques années auparavant dans les États de Frédéric; le palais d’Urbin, si ample, si harmonieux, si véritablement moderne dans sa disposition, servit de premier modèle au prince des architectes de la Renaissance, à Bramante, pour développer et porter plus tard à sa perfection le style de Luciano de Laurana1. (Par suite de quelle distraction Frédéric laissat-il partir, sans même le mettre à l’essai, ce maître éminent!)

L’exemple de Frédéric d’Urbin, de même que ceux du roi Alphonse de Naples, du pape Nicolas V et d’Alexandre Sforza, seigneur de Pesaro, fournira toujours un argument victorieux à ceux qui tenteront de défendre la Renaissance du reproche d’avoir corrompu les moeurs. Pour quelques natures vicieuses, et dont les penchants se seraient fait jour même indépendamment du retour aux idées de l’antiquité et de l’affaiblissement des convictions religieuses, que de nobles figures chez lesquelles les vies des grands hommes de Plutarque, les enseignements de Platon, de Cicéron et de Sénèque ont développé les plus hautes vertus ! Que de princes qui surent véritablement se montrer antiques ! Je voudrais faire vénérer et aimer, comme je les aime et les vénère, ces esprits généreux, de qui, en somme, procède la civilisation moderne en ce qu’elle a de plus noble et de plus fécond.

Il finit nous borner ici à dresser une liste sommaire des artistes appelés à Urbin par le duc Frédéric, sauf à leur consacrer une notice plus ample dans les sections auxquelles ils appartiennent : l’architecture, la sculpture et la peinture. C’étaient, outre Luciano di Martino de Laurana, Francesco di Giorgio Martini et Baccio Pontelli, et un architecte nommé Sirro de Casteldurante. Parmi les sculpteurs on remarquait Maso di Bartolomeo de Florence (iq5i), qui fit venir de sa ville natale la terre cuite de Luca délia Robbia, encastrée aujourd’hui encore sur la façade de l’église San Domenico d’Urbin; puis Ambrogio Baroccio de Milan, l’auteur des ornements du palais ducal. Francesco Papa et Antonio di Simone décorèrent le vestibule de l’hôpital des vieillards, tandis que Jacopo de Florence exécutait en 1 47 3 les marqueteries de Santa Maria délia Misericordia2.

Parmi les peintres, la première mention est due à Giovanni Santi, le père de Raphaël (f 1494). Non content de perpétuer par le pinceau les traits de son souverain, Santi célébra en vers ses exploits et ses fondations, dans sa Cbro-

1. Dès r.481 la réputation de ce palais était si grande que Laurent le Magnifique chargeait Baccio Pontelli de lui en envoyer le plan (Gaye, Carteggio, t. I, p. 2yq).

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