Voy. Les Arts à'ia cour des Papes, t. III, p
INTRODUCTION
Le besoin de pompe ou, à son défaut, d’élégance, de distinction, cette intervention incessante de l’art, éclatent dans les plus petites comme dans les plus grandes choses, dans les événements marquants de la vie privée comme dans
Statue équestre de Gattamelata, par Donatello, à Padoue.
les fastes de l’histoire politique ou religieuse. C’est de l’art que relèvent invariablement les distinctions ou les récompenses accordées par un souverain à un souverain, par un gouvernement à un général, à un homme d’État, à un savant ou à un littérateur, qui a bien mérité de la patrie. A la cour de Rome, la remise de l’épée d’honneur (« stocco benedetto »), du béret (« berettone »), de la rose d’or, donne lieu chaque année à des cérémonies brillantes. Les Florentins
E. Münlz. — I Italie. Les Primitifs.
veulent-ils témoigner leur gratitude à Frédéric d’Urbin pour la prise de Volterra, ils lui offrent un heaume d’argent ciselé par Pollajuolo; de même que pour immortaliser le souvenir du Pogge, chancelier de leur République, ils autorisent ses fils à faire peindre son portrait dans une des salles du vieux Palais. Cosme de Médicis, pour récompenser les Vénitiens de leur hospitalité, leur fait construire une bibliothèque, tandis qu’il reçoit à son tour de son allié François Sforza, comme prix de ses services, un beau palais situé à Milan. Le marquis Louis de Gonzague, désirant remercier les Florentins de lui avoir confié le commandement de leur armée, entreprend de faire construire à ses frais le choeur de leur église de l’Annonciation, et charge L.-B. Alberti de préparer les plans du travail (1449). Le petit-fils de Louis, le marquis Jean François II, pour 's’acquitter d’un vœu fait pendant les angoisses de la bataille de Fornoue, confie à Mantegna la peinture de cet ex-voto, qui, devenu célèbre sous le nom de Madone de la Victoire, est aujourd’hui un des joyaux du Louvre. Puis ce sont des fêtes sans nombre, entrées triomphales, banquets, joutes, courses de chevaux barbes, représentations de mystères ou de comédies à l’antique, processions pour implorer les faveurs du ciel ou pour l’en remercier, pose de la première pierre après un horoscope favorable : un régal de tous les instants pour l’esprit et pour les yeux, une prime sans cesse renouvelée au profit de tous ceux qui de près ou de loin touchent à l’art, décorateurs, tapissiers, costumiers, brodeurs et orfèvres aussi bien que peintres et sculpteurs.
L’Eglise — prélats, supérieurs de couvents, et jusqu’aux recteurs des plus pauvres paroisses — ne déploie pas moins d’ardeur. Devant ses efforts, l’esprit se reporte aux pratiques de la Grèce antique : « Il y avait », dit Fmerie David dans un ouvrage trop peu consulté aujourd’hui et dans lequel il a formulé, en un langage déclamatoire, il est vrai, quelques-unes des lois de l’histoire des arts, « il y avait un nombre infini de prêtres, de prêtresses, de temples et de
dieux rivaux On sent combien cet intérêt personnel établit d’émulation
relativement à la décoration des temples et à la pompe des fêtes religieuses1. » Ne voyons-nous pas de même le sanctuaire de Lorette, la cathédrale d’Orvieto, la chartreuse de Pavie, la basilique de Saint-Antoine de Padoue, se disputer les artistes les plus célèbres, rivaliser de luxe et d’éclat.
Pour ce siècle insatiable des jouissances de la vue, l’art n’était pas seulement un instrument de glorification, mais encore une arme de combat; on trouvera plus loin des détails sur le rôle de la caricature monumentale pendant le quinzième siècle. L’exécution d’une suite de médailles représentant la série des ducs de Milan, avec sa propre effigie au bout, fut un des