BOLOGNE ET LES BENTIYOGLIO
s’impose des sacrifices considérables, fait appel à des étrangers illustres, multiplie les efforts et les encouragements, sans parvenir à donner à ses rues la physionomie et à ses artistes la cohésion qui indiquent un tempérament véri-
La famille Bentivoglio aux pieds de la Vierge, par Lorenzo Cosla. (Eglise San Giacomo Maggiore a Bologne.)
table. Vers la fin du siècle seulement, un de ses fils, l’ orfèvre-peintre Francesco Raibolini, surnommé le Francia, imitateur plus ou moins direct du Pérugin, parvient sinon à fonder une École véritable, du moins à attirer dans son atelier plus de deux cents élèves, dont les plus célèbres furent Timoteo Yiti, l’imitateur de Raphaël, et Marc-Antoine, le grand graveur. Un autre Bolonais, Aristotele di Fioravante (-[• vers 1480), dont nous avons eu l’occasion, à diverses reprises déjà, de prononcer le nom, se rendit plus célèbre comme ingénieur que comme
artiste : son tour de force fut le transport d’une tour gigantesque, qu’il déplaça sans la démolir (i p5). Les peintres Jacopo Ripanda, qui orna de fresques le palais du Capitole à Rome, et Marco Zoppo, qui fit fortune à Ferrare, ne sont cités ici que pour mémoire.
A l’époque de la Première Renaissance, la protection des arts s’incarne dans Jean II Bentivoglio (1443- i5og). Issu d’une famille illustre et apparenté à plusieurs maisons souveraines, ce personnage gouverna Bologne pendant près d’un demi-siècle, réussissant, par sa prudence et sa fermeté, à ménager à la fois le Saint-Siège, souverain de la ville, et à se concilier ses concitoyens. Son long et pacifique gouvernement ne l’empêcha pas, en i5o6, d’être chassé par le pape
Jules II, et de mourir .tristement dans l’exil à peu d’années de là.
Le médailleur attitré de Jean Bentivoglio était Sperandio, qui a reproduit les traits du père ainsi que de quelques-uns des enfants (la progéniture légitime ou illégitime de Jean II était des plus nombreuses; elle comprenait plus de trente fils ou filles); le graveur de ses monnaies, Francesco Francia.
De nombreux monuments perpétuent à Bologne le souvenir des Bentivoglio. C’est tout d’abord, dans l’église San Giacomo Maggiore, le tombeau d’Antoine Galéas, par Giacomo délia Quercia. En i486, s’éleva dans la même église la chapelle qui porte le nom. de Bentivoglio. On y voit le mausolée d’Annibal, le père de Jean II (bas-relief polychrome exécuté en 1408 par Niccolô dell’ Area, le représentant, l’épée à la main, sur un cheval qui se cabre); puis le portrait en bas-relief de Jean II, par Francesco Francia; la Vierge trônant entre Jean et sa femme agenouillés devant elle, leurs enfants debout au pied du trône, chef-d’œuvre de Lorenzo Costa (1488); puis deux scènes de triomphe, du même (1490), et une autre Vierge peinte par Francia (1499). La Madonna del Barocano fut ornée d’une Vierge trônant, avec Jean Bentivoglio et son épouse près d’elle en donateurs (1472), par Francesco Cossa.
Les Bentivoglio avaient concentré leurs efforts sur l’église San Giacomo Maggiore : le légat pontifical ambitionna de faire de San Pctronio le sanctuaire le plus riche de Bologne. Le principal des choix faits par ce personnage — c’était le cardinal Antoine Correro de Venise (f 1446), neveu du pape Grégoire XII — témoigne en faveur de son goût : confier la décoration des portes de la façade à un maître de la valeur de Giacomo délia Quercia et disputer, de longues années durant, un tel artiste au gouvernement siennois, si acharné à le reconquérir, n’est certes pas le Fait d’un homme étranger à l’art. Giacomo délia Quercia exécuta à Bologne d’autres ouvrages