‹ Histoire de l'art pendant la RenaissanceChapitre 67 sur 337 · I. Italie. Les Primitifs · texte numérisé non relu

I. Italie. Les Primitifs

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surtout d’innovations d’un caractère aussi désintéressé que les conquêtes de la Renaissance. — Que la race eût d’ailleurs de rares aptitudes pour la culture des arts, elle le prouva brillamment dans la suite, bien différente en cela des Génois, rivaux héréditaires des Vénitiens.

Dans ce milieu éminemment factice, tout revêtait un caractère étrange, fait pour fasciner, pour éblouir. C’étaient d’abord des moeurs publiques ou privées fortement imprégnées d’influences orientales, le despotisme du gouvernement, son besoin de pompe, cette population bigarrée accourue de toutes les parties de l’univers sur le marché le plus vaste qui fût alors, l’éclat des cérémonies religieuses, l’abondance des esclaves (Venise était l’entrepôt par excellence de la traite des blancs et des no.irs). Le spectacle du luxe vénitien surtout était de nature à produire l’impression la plus profonde. Dans ces habitations si péniblement disputées aux flots régnaient une profusion de couleurs et une recherche à faire envie aux plus riches patriciens de Florence, aux plus riches prélats de la cour romaine. Ecoutons un témoin d’ordinaire peu accessible aux choses de l’art, notre spirituel et profond Commynes. Pendant son séjour en 149?, séjour pendant lequel les Vénitiens le jouèrent si habilement, il eut peine à se rassasier du spectacle de cette polychromie éclatante et harmonieuse. « Les maisons sont fort grandes et haultes, et de bonne pierre, et les anciennes toutes painctes; les aultres faictes depuis cent ans : toutes ont le devant de marbre blanc, qui leur vient d’Istrie, à cent mils de là, et encores maincte grant pièce de porphire et de sarpentine sur le devant. Au dedans ont pour le moins, pour la pluspart, deux chambres qui ont les planchez dorez, riches manteaulx de cheminées de marbre taillez, les chalitz des lietz dorez, et les ostevens painetz et dorez, et fort bien meublées dedans. C’est la plus triumphante cité que j’aye jamais veue, et qui plus faict d’honneurs à embassadeurs et estrangers et qui plus saigement se gouverne et oû le service de Dieu est le plus sollempnellement faict : et encores qu’il y peust bien avoir d’autres faultes, si crov je que Dieu les a en ayde pour la révérence qu’ilz portent au service de l’Église1. »

Dans le costume, même magnificence : en iq33 on comptait plus de six cents dames vêtues habituellement de soie, couvertes d’or, d’argent, de joyaux, que c’était une « maesta » de les voir. Le Sénat avait beau lutter* : toujours la vanité finissait par triompher des édits les plus sévères.

clique. L’histoire des arts à Venise est dispersée dans les publications ou les papiers de Cicogna, dans les ouvrages du marquis Sclvatico ( Sulla Àrchitettura e sulla Scultura in Veneipa; Venise, 1847); dans celui de Lorenzi (Monumenti per servirealla storia de I Palaqço ducale di Vetie- % ta ; t. I, 1 203- 1600 ; Venise, 1 868) ; dans l’étrange et génial travail de Ruskin, The S loties of Venice; dans les opuscules de MM. Cecchetti, Caffi et Urbani de Gheltof. M. Mobilier a commencé dans l'Art ( 1887, t. I) la publication d’un travail d’ensemble sur les arts décoratifs à Venise ; M. Heiss a consacré un volume spécial aux Médailleurs vénitiens (Paris; Rothschild, 1887).

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