‹ Histoire de l'art pendant la RenaissanceChapitre 69 sur 337 · Molmenti, p · texte numérisé non relu

Molmenti, p

nements de toute nature étaient le plus rares, cet exemple-là est tout particulièrement propre à nous montrer quelle place un Etat sage, bien ordonné, ayant à la fois le souci de l’économie et celui de sa dignité, accordait à l’art (le département des beaux-arts y ressortissait à l’office des « Provveditori del Sale », l’office chargé de percevoir l’impôt sur le sel). Toutes les grandes cités libres de l’Italie — Florence, Sienne, Pérouse — avaient bâti leur palais municipal au treizième ou au quatorzième siècle; aussi rien de plus rare que la construction d’un édifice de ce genre à l’époque de la Première Renaissance : tout au plus s’occupait-on de quelque embellissement spécial. Seule Venise consacra toute cette période et le plus clair de ses forces à la construction de l’immense et splendide « Palazzo Ducale», siège de son gouvernement et emblème de sa puissance, ce palais, « tout de marbre bien taillé, avec tout le devant et le bord des pierres dorées en la largeur d’un pouce ». (Commvnes.)

Aux yeux du Grand Conseil, l’art était avant tout un instrument de domination et un auxiliaire de la politique. Cette vue étroite se fait jour dans la longue série d’inscriptions placées au-dessous des peintures de la grande salle représentant l’iiistoire des rapports de la République avec Frédéric Barberousse et le pape Alexandre III : on y sent que chaque trait doit porter. S’il attache tant de prix à la décoration de cette salle, qu’il appelle en iqôô un joyau très rare et très noble, « jocale singularissimum et dignissimum 1 2 », c’est qu’elle sert à rehausser le prestige du premier corps de la République. S’agit-il, par contre, d’entreprises plus désintéressées, telles que l’installation de la précieuse bibliothèque donnée à Venise par le cardinal Bessarion, on constate une indifférence rare. Après un semblant de mesures prises en 1 468, il nous faut aller jusqu’en 1494 pour trouver une décision définitive, et encore cette décision consiste-t-elle dans la cession de la collection au général des Dominicains, qui offrait de l’installer au monastère de San Giovanni e Paolo s.

1. Lorenzi, Monumenti, t. I, p. 56, 61 -65 (avec reproduction des peintures).

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