‹ Histoire de l'art pendant la RenaissanceChapitre 71 sur 337 · Lorenzi, Monumenti , t. I, p · texte numérisé non relu

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tait jusqu’au temps de Pétrarque), se plaisaient surtout dans la recherche des vestiges de Part ancien, et, parmi eux, des ouvrages de petite dimension, les médailles, les camées, les intailles. Peu ou point de fondations monumentales

propres à rappeler les familles qui illustrèrent le quinzième siècle, les Foscari, les Morosini, les Mocenigo, les Barbaro, les Contarini, les Cornaro (l’encouragement de l’art contemporain incombait principalement aux fabriques des églises et aux corporations). Aussi les Mécènes vénitiens furent-ils loin de seconder l’essor de la Renaissance avec autant d’efticacité que l’avaient fait les Médicis à Florence, les papes à Rome, les Sforza à Milan*. Ici encore, d’ailleurs, le contre-coup de l’action des collectionneurs se fit immédiatement sentir chez les artistes : Venise compte à son actif, pendant le quinzième siècle, une série intéressante de médailleurs : Boldu, Guidizani, Gentil Bellin, Cornélius, puis, dans ses colonies, Paul de Raguse et François de I.aurana.

Le contact avec les champions de la Renaissance n’avait pas manqué cependant. A la suite de l’apparition de Gentile da Fabriano, Jacopo Bellin i avait suivi son maître à Florence, où il séjourna de 1 423 à 1420 au moins, et où un autre peintre vénitien, Domenico Veneziano, se fît également un nom. Vers la même époque, Piero di Niccolô de Florence et Giovanni di Martino de Fiesole élevèrent, à SS. Giovanni e Paolo, le mausolée du doge Tommaso Mocenigo (f 142.Î). En 14.Î.Î, Michelozzo accompagna à Venise son protecteur Cosme de Médicis, qui le chargea de construire, pour en faire hommage à ses hôtes, la bibliothèque de Sainte-Marie Majeure; en 1401, Donatello sculpta pour la chapelle des Florentins, dans l’église des Frari, la statue en bois de saint Jean-Baptiste. Le dernier tiers du siècle fut marqué par l’arrivée de Verrocchio et l’exécution de la statue du Colleone.

A côté des Florentins, les Padouans et les Véronais, sujets de Venise, faisaient à tout instant de triomphantes apparitions dans la capitale de leurs vainqueurs.

Le doge Mare Barbarigo (1485-14%).

Le doge Jean Mocenigo (1478-148?).

1. On trouvera des détails sur ces collections dans les Arts à la cour des Papes, t. II, p. 172; les Précurseurs de la Renaissance, p. 40, et la Renaissance au temps de Charles VIII, p. 3o6.

VENISE

Vérone lui dépêchait Pisanello, les Bregno ou Riccio, Fra Giocondo. De Padoue

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Tombeau du doge Pierre Alocenigo (1474-1477)- Église Saint-Jean et Saint-Paul à \enise.

venaient des fondeurs, des graveurs, disciples du grand Mantegna, pour ne point

parler des Bellini, élevés sinon nés dans ce milieu fécond. A la ville de Trévise ou à son territoire Venise empruntait les peintres Yincenzo Catena et Cima da Conegliano. La Lombardie à son tour était représentée par les Lombardi (Pietro di Martino Lombardi, tige d’une famille célèbre, que l’on a jusqu’à ces derniers temps crue originaire de Venise, était originaire de Carona, près de Lugano1 2 3). Puis, de loin en loin, quelque artiste du Midi, tel que Antonello de Messine, ou même quelque ultramontain, tel que ce Johannes de Alemania qui contribua à fonder l’École de Murano, et Pietro Alemanno, habile imitateur des Crivelli, enfin le peintre français Jean Bon ou Buon, de Saint-Apollinaris (Saint-Apollinaire? près de Dijon), qui fut chargé en 1401 de peindre à l’huile et de dorer la Ca d’Oro4, et le célèbre imprijneur champenois Nicolas Jenson

De ce tableau sommaire il résulte que Venise comptait autant d’artistes étrangers que d’artistes indigènes, et même des artistes étrangers à l’Italie, des Allemands ou des Slaves. Il semblerait que les conséquences dussent être les mêmes qu’à Naples, par exemple, ou à Gênes, villes dans lesquelles ces éléments hétérogènes 11e parvinrent jamais à s’harmoniser. Mais l’action latente de la civilisation vénitienne était si forte, la société si puissante et si savamment organisée, que toutes ces dissemblances se fondirent, comme des métaux dans un creuset, et devinrent une cause de variété, de force et de progrès pour l’École vénitienne.

L’élément vénitien compte cependant dès lors de nombreux représentants; mais les uns, tout en créant des ouvrages intéressants, n’ont pas laissé de nom dans l’histoire, les autres appartiennent au domaine de la peinture. Il est à peine nécessaire de rappeler combien de pages vivantes et curieuses nous ont laissées l’École de Murano, avec les Yivarini, puis les Bellini, les Crivelli, Marziale, secondés par les étrangers devenus Vénitiens.

D’autre part, l’Etat vénitien contenait un certain nombre de modèles antiques qui, sans être comparables à ceux de Rome ou des environs de Naples, pouvaient fournir à l’enseignement d’excellents modèles : tout d’abord les chevaux de bronze de Saint-Marc, rapportés de Constantinople en 1200 et copiés, au quatorzième siècle déjà, par Giotto dans une de ses fresques de Padoue, les Vendeurs chassés du temple ; puis les antiquités d’Adria, de Grado, de Padoue, de Vérone; en second lieu, les sculptures, les pierres gravées, les ornements de toute sorte, ou réunis dans les églises, ou recueillis par les collectionneurs, qui profitaient, pour enrichir leurs séries, des incessants voyages de leurs compatriotes dans toutes les régions autrefois soumises à l’influence hellénique. L’art grec

1. Cette découverte est due à M. Cecchetti, Archivio veneto, fasc. LXVI.

2. Royal Institute of British Architects; Journal of Proceedings, 1886, t. III, p. 61-62. Ne pas confondre cet artiste avec son homonyme Jean Bon, qui commença en 1424 l’édification de la Ca d’Oro.

3. Article de M. Stein dans la Bibliothèque de l'École des Chartes, 1887.

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était, proportion gardée, mieux représenté à Venise que l’art romain, et c’est une loi mise en évidence par les auteurs du Cicerone, MM. Burckhardt et Bode, que la prépondérance accordée par les artistes vénitiens aux modèles grecs sur les modèles de la décadence romaine.

Examinons brièvement les vicissitudes des différentes formes de l’art à Venise. L’architecture, quoique inféodée plus longtemps que partout ailleurs aux traditions gothiques, et même byzantines et arabes, s’enorgueillit de belles constructions religieuses dans le style moderne, telles que San Zaccaria, San Michèle, Santa Maria dei Miracoli, San Giovanni Crisostomo, les « Scuole » de San Giovanni Evangelista et de San Marco, ou d’élégants et pittoresques monuments civils, tels que la partie intérieure du Palais des Doges, la porte de l’Arsenal, les palais Dario,

Manzoni-Angarani, Corner- Spinelli, Vendramin-Calergi, Grimani a San Paolo, etc.

si variée et si importante des tombeaux des doges à Saint-Marc, à San Giovanni et Paolo et aux Frari, chefs-d’œuvre des Lombardi et des Riccio. Rien de moins classique d’ailleurs que ces échafaudages, parfois assez incohérents, de statues et de bas-reliefs, rien qui s’écarte davantage du goût florentin, dès lors si pur et si châtié.

La peinture surtout, quelque difficulté qu’elle éprouvât à se dégager des fonds d’or, des figures hiératiques, du luxe des ornements, faisait concevoir dès lors les plus brillantes espérances.

Cette atmosphère saturée d’humidité, comme à Amsterdam, si justement qualifiée de Venise du Nord, avait, alors comme aujourd’hui, le privilège de donner aux moindres tons, par suite de quelque effet de prisme, une valeur extraordinaire, de décupler les jouissances optiques. Qui ne s’est arrêté, à Venise, entre des masures, devant de pauvres jardins remplis de lauriers-roses laits pour passer inaperçus partout ailleurs, mais qui ici acquièrent une intensité et un éclat capables de procurer à l’œil les sensations les plus exquises ! Dans un tel entourage, on naît peintre. Les Muranistes le sont déjà par la richesse du coloris, en attendant que, la science du dessin et celle du drame s’en mêlant, l’Ecole vénitienne devienne l’interprète par excellence de toutes ces sensations moitié physiologiques, moitié intellectuelles.

Un trait encore pour caractériser la vitalité de l’art vénitien de cette époque, pour montrer avec quelle abondance il s’échappe, toutes les fois qu’il n’est pas contrarié par des traditions invétérées. Dans les dernières années du siècle, Venise, grâce à l’initiative d’Alde Manuce, devint rapidement le rendez-vous des plus habiles graveurs et des plus habiles illustrateurs de livres de toute l’Italie.

La sculpture compte à son actif la série

Le doge Augustin Barbarigo (1485-1486).

E. .Müntz. — I. Italie. Les Primitifs.

Rappelons le nom de Jacques de Barbari et le souvenir des anonymes éminents auxquels nous devons les illustrations de la Bible de Malermi (1490), du Novellino de Masuccio (1492), du Fasciculus Medicina de Ketham (1492), du Dante, du Pétrarque, du Térence, et surtout de la perle dans cet écrin, du Songe de Polyphile ( 1 499).

Les arts décoratifs offraient tour à tour les plus éclatants tissus de toute

Vue de Padoue.

l’Italie, puis cette verrerie féerique, qui est comme de la lumière solidifiée, des mosaïques, dont le scintillement le disputait à celui des plus riches écrins, les filigranes, les incrustations d'ivoire, bref la série aussi longue que variée de productions dans lesquelles l’art byzantin expirant s’était plu à manifester sa science du fini ou son goût pour la richesse. Ne dirait-on pas une serre chaude remplie des plus merveilleuses fleurs exotiques !

Autour de Venise, une ceinture de villes toutes depuis longtemps acquises aux principes de l’art nouveau.

Padoue1, dont Montaigne loue 1’ « assiette fort plaisante, dans une plaine découverte bien loin tout autour », Padoue, la patrie de Tite-Live et de saint

1. Bibl. : Gonzati, La Basilica di Saut' Antonio tli Padova descrilla ed illustrata. Padoue, l852-i853, 2 vol. in-fol. — Pietrucci, Biografia dcgti Artisti Padovani. Padoue, 1809. — Selvatico, Guida di Padova e dei suoi principati conter ni. Padoue; Sacchetto, 1869.

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