PA DOUE
Antoine, la ville bordée de portiques remplaçant le vulgaire trottoir moderne, s’est conquis dans l’histoire de la Renaissance immédiatement le premier rang après Florence. Sans les plus tristes complications politiques, les monuments
Le Martyre de saint Jacques. Fresque de Mantegna aux Eremitani de Padoue.
de l’architecture y marcheraient de pair avec tant d’autres merveilles et notre brave Montaigne n’aurait pas eu à y déplorer « les rues étroites et laides, tort peu peuplées, avec peu de belles maisons ».
Au siècle précédent, Padoue, grâce surtout aux leçons de Pétrarque, avait eu une intuition de l’antiquité véritablement rare et admirable pour cette époque '.
I. Voy. les Précurseurs de la Renaissance, p. 39, et la Renaissance au temps de Charles VIII, p. 280 et suiv.
Au quinzième siècle, la noble cité, quoique asservie aux Vénitiens après la chute des Carrare (i pô), et singulièrement déchue de son antique splendeur, reprend cette tradition, en partie sous l’influence des artistes florentins qui viennent y fixer leur séjour pour un temps plus ou moins long. Les dates culminantes du développement de la Renaissance y sont : en 1410, la découverte du prétendu tombeau de Tite-Live, qui provoqua l’enthousiasme de toutes les classes de la population; en 1404, l’établissement à Padoue de Palla Strozzi, le noble exilé florentin, dont la maison devint l’asile des humanistes, quelque peu négligés par l’Université, qui ne savait ou ne voulait pas s’attacher les représentants de l’école nouvelle1 2. La même année, apparition du peintre florentin Fra Filippo Lippi; puis, en 1444, arrivée de Donatello, qui passa à Padoue dix années, singulièrement fécondes, car c’est pendant cette période que prirent naissance la statue équestre de Gattamelata et les bronzes de l’église Saint-Antoine. Donatello était accompagné d’une phalange de vaillants compagnons d’armes, parmi lesquels Paolo Uccello mérite une mention spéciale. Vers la même époque, Jacques Bellin, le père de Gentil et de Jean, et le beau-père de Mantegna, vint fixer son domicile à Padoue, où le Squarcione, surnommé le père des peintres, en raison des cent trente-sept élèves qu’il avait formés, s’était déjà fait le propagateur des doctrines nouvelles, en attendant que son immortel disciple Andrea Mantegna donnât enfin un corps à l’École padouane. La rigueur scientifique et l’incomparable activité de Mantegna achevèrent l’œuvre qu’avait si bien ébauchée le génie primesautier de Donatello : sous cette discipline de fer, toutes les branches de l’art, peinture, sculpture, gravure, art du médailleur, arts décoratifs (surtout la marqueterie), prirent un magnifique épanouissement; on vit même prospérer une de ces fabriques de faïences si rares encore en Italie au quinzième siècle. Ce n’est point toutefois le moment de passer en revue tant de brillantes conquêtes : nous en réservons l’étude pour la seconde partie de ce travail. Rappelons seulement encore ici le souvenir d’un amateur padouan célèbre, le cardinal Scarampi (voy. plus haut, p. 86).
Vicence, où l’on voyait au temps de Montaigne et grâce à Palladio « tout plein de palais de noblesse », n’était guère connue au quinzième siècle que par quelques églises gothiques et par des édifices secondaires en style de la Renaissance, tels que l’exquis petit palais de l’Évêché (1494)*.
Trévise, où, pour l’époque qui nous occupe, les Lombardi ont tout construit ou sculpté, est surtout chère aux amis de la Renaissance en souvenir du long
1. Voy. sur le séjour de Palla à Padoue les Vite de Vespasiano, p. 284, 046, et sur l’indifférence littéraire de l’Université, qui n’institua qu’en iq63 une chaire de grec, die Wiederbelebnr.g des classiscben Altertbums, de Voigt, t. I, p. 4.37-442.
2. Photogravure publiée par Nicolai : Dus Ornament der italienischen Kunst des XV Jabrhunderts, pl. 16.
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