VERONE. - LA DALMATIE. - L’ISTRÏE
séjour qu’y fit le frère François Colonna, l’auteur du fameux Songe de Polyphile, qu’il acheva d’écrire dans cette ville l’an 1467. Un humaniste fameux, Ermolao Barharo (iqSq-iqqo), occupait vers cette époque le siège épiscopal de Trévise. Il avait fait peindre dans son palais, antérieurement à iq53, par un certain Donatello de Trévise, des « Feste romane », c’est-à-dire probablement des scènes de triomphe, dans lesquelles on a voulu voir le prototype de plusieurs des gravures du Songe de Polyphile '. On a rattaché à ces peintures, mais sur une simple hypothèse, l’invention des grotesques. Le peintre Vincenzo Catena est né à Trévise; Cima da Conegliano dans les environs.
Signalons encore l’essor de l’imprimerie dans cette petite ville. Le savant Federici n’énumère pas moins de quatrevingt-douze ouvrages sortis des presses trévisanes dans le court espace compris entre 1476 et 1 5oo \
Feltre , près de Bellune, a donné le jour au peintre Pietro Luzzi, surnommé Morto, qui passe pour l’inventeur des grotesques.
Vérone1 2 3, la ville fière et pittoresque, sillonnée par l’Adige, protégée par les dernières ramifications des Alpes, n’a point, pour le quinzième siècle, de souvenirs à opposer à ceux qu’y ont laissés, pour la période précédente, les délia Scala, race de grands criminels et de grands administrateurs. Soumise aux Vénitiens à partir de iqcn, elle se concentre et se recueille, sans toutefois abdiquer, comme le firent vers la même époque les Pisans sous le joug florentin. Si les créations monumentales y sont rares, en revanche Vérone donne à la Renaissance les vaillants maîtres qui s’appellent Vittore Pisanello, Stefano da
1. Bibl. : Federici, Memorie Trevigiane salle opéré di disegno; Venise, i8o3, t. I, p. 96 et suiv. Voir en outre, sur Trévise, les Lettere sulle Belle Arti Trevigiane, de Crico; Trévise, i833, et Y Histoire de la Peinture en Italie, de MM. Crowe et Cavalcaselle , édit, allem., t. V, p. 448 et suivantes.
2. Memorie Trevigiane sulla Tipografia del secolo XV. Venise, i8oô.
3. Bibl. : Maffei, Verona illustrata. Vérone, 1731. — Bernasconi, Studj sopra la Storia délia Piltura italiana dei secoli XIV e XV e délia Scuola pittorica Veronese. Vérone, 1860.
Vue de Vérone.
(D'après le Supplementum Chronicarum de Foresti, édit, de 1490.)
Zevio (né dans les environs), Matteo de’ Pasti, médailleur, peintre et architecte, le graveur Campagnola, Liberale, peintre et miniaturiste, Andrea Riccio, sculpteur insigne, enfin Fra Giocondo, l’un des plus éminents d’entre les architectes, ingénieurs et théoriciens du quinzième siècle, Fra Giocondo dont l’activité féconde s’étendit jusqu’à Paris, où il construisit le pont de Notre- Dame, jusqu’à la Loire, où plus d’un château lui est attribué par une tradition séculaire.
Dans le Frioul ', avec sa population énergique, guerrière, fortement attachée à sa foi, les villes d’Udine, Cadore et Cividale, qui ne tarderont pas à être inféodées à l’École vénitienne, après avoir longtemps flotté entre les influences septentrionales et les influences italiennes, ne prennent encore que faiblement part à la nouvelle évolution de l’art italien. Parmi ses représentants on ne trouve guère à nommer que les peintres Marco Basaiti et Pellegrino da San Daniele. Quant à Bertolotti de Cividale, surnommé Bellunello, et Gian Francesco da Tolmezzo, dont les peintures ont été soigneusement décrites par MM. Crowe et Cavalcaselle, ils se distinguent par la dureté de leurs types archaïques, la sécheresse ou la lourdeur de leur coloris.
La Dalmatie et l’Istrie, alors soumises aux Vénitiens, ne laissent pas d’envoyer à l’Italie une série d’artistes distingués, les deux Laurana, l’architecte et le sculpteur, le médailleur Paul de Raguse, le peintre Carpaccio. Il n’y eut pas jusqu’à l’Esclavonie qui ne comptât quelques représentants, les peintres Gregorio Schiavone, un des meilleurs imitateurs du Squarcione, et Battista, le père de Martino da Udine, si célèbre sous le nom de Pellegrino da San Daniele.
i. Bibl. : Maniago, Storia delle Belle Art i Fr iulane, 2" édit. Udine, i82.3. — Le même, Guida d’Udine... cui si aggiunge la Guida di Cividale. San Vito, 18.39. — F- ùi Manzano, Ceftni biografici dei Let levai i ed Artisti Friulani dal secolo IV al XIX. Udine; Gambierasi, 1 885. — Crowe et Cavalcaselle, Histoire de la Peinture en Italie; édit, allem., t. V, p. 219 et suiv.
Nielle italien du xv* siècle. (Duchesne, n* 223.)
Frise en terre cuite de la Chartreuse de Pavie.