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Les Précurseurs de la Renaissance, p. 21 H

3. Svnionds, Renaissance in Italy : Fine arts; Londres, 1882, p. 1-2.

peinte pour la chambre nuptiale; le livre d’heures dans lequel les plus humbles placeront, à défaut de miniature, une estampe originale de Mantegna ou de Mocetto; puis les portraits sous toutes les formes possibles : médailles de bronze, peintures, bustes en marbre; enfin, pour couronner l’existence terrestre, le tombeau, qui tend de plus en plus à devenir un monument.

Dans une famille aussi cruellement frappée que ces Strozzi dont nous avons tout à l’heure raconté les infortunes, l’amour du luxe et l’encouragement tradi—

Les Médicis spectateurs de la Construction de la Tour de Babel. Fresque de Benozzo Gozzoli,

au Campo Santo de Pise.

tionnel des artistes se trouvaient forcément entravés pendant cette longue période d’épreuves. Lorsque Alessandra Strozzi mourut, elle laissa une garde-robe des plus modestes, presque toute composée de vêtements noirs, qu’elle ordonna de distribuer aux pauvres, « per l’amore di Dio » ', contrairement aux habitudes de ses contemporains, qui léguaient leurs habits à leurs parents ou amis, comme on lègue aujourd’hui un objet précieux. Cependant, à l’occasion, Alessandra et les siens savaient s’adresser aux maîtres les plus distingués, comme le prouvent les commandes faites par Marc Parenti, en 1447, lors de son mariage avec Catherine Strozzi : la chambre nuptiale fut ornée par ses soins d’un miroir du prix de 5o florins d’or (environ 2000 francs de notre monnaie); de deux coffres dorés et peints par le fameux Domenico Veneziano, également du prix de 5o flo-

l. Guasti, p. 610.

INTRODUCTION

rins; d’une Madone en relief enluminée par Stefano di Francesco. Un peu plus tard, Parenti y ajouta, pour y placer la Vierge, un tabernacle en bois « ail’ antica », sculpté par Giuliano da Majano (le frère de Benedetto da Majano, le futur architecte du palais Strozzi), puis doré et enluminé par le propre frère de Masaccio '.

En décrivant le faste des princes et le luxe des particuliers, il faut bien se garder de confondre ces entreprises, auxquelles la vanité avait d’ordinaire plus

Les Médias spectateurs de la Construction de la Tour de Babel. Fresque de Benozzo Gozzoli,

au C'ampo Santo de Pise.

de part que le goût, avec le culte du beau. Si les arts somptuaires ressortissent au domaine de l’art — et sur ce point je serai le premier à protester contre l’intolérance de l’ancienne critique académique — ils sont loin d’en être une des expressions les plus élevées. Pour affiner la forme, pour réaliser les problèmes d’esthétique transcendante, point 11’est besoin de riches étoffes de soie, d’or, de joyaux, d’inventions subtiles et maladives, plus propres à rappeler les Romains blasés de la décadence que la libre et sobre Grèce. Le poète Lucrèce nous montre quelque part ces sages qui à peu de frais se procurent de hautes jouissances :

Non magnis opibus jucunde corpora curant

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