LE MONTFERRAT ET LE PIÉMONT
« muratori » lombards dépasse certainement la centaine pour le quinzième siècle A Naples, nous trouvons successivement le chevalier Pietro di Martino de Milan, l’architecte et sculpteur favori des rois Alphonse et Ferdinand; Fra Giocondo et bien d’autres de leurs compatriotes. La Sicile elle-même se peuple de Magistri comacini, dont le plus éminent est Domenico Gagini, chef de la célèbre famille de ce nom. (Voy. ci-dessus, p. 191.)
Dès la seconde moitié du quinzième siècle, les sculpteurs lombards pouvaient à leur tour se mesurer sans trop de désavantage avec les meilleurs maîtres de l’Italie centrale. Pietro da Milano, que la sculpture et l’architecture peuvent également revendiquer, fait fortune à Naples, comme il vient d’être dit, ayant à côté de lui ses compatriotes Francesco Lombardo et Domenico Lombardo ; Andrea Bregno travaille avec succès à Rome (1470, Sainte-Marie du Peuple) et à Sienne (148b, cathédrale, retable des Piccolomini) ; Ambrogio Barocci, au palais ducal d’Urbin, puis à Ferrare (1470, tombeau de Roverella, exécuté en collaboration avec Antonio Rossellino).
Les médailleurs milanais ne recueillent pas moins de suffrages : Pietro devient un des favoris du roi René; Amadeo coule en bronze les médailles de Lionel et de Borso d’Este. Enfin Caradosso modèle à Rome les admirables effigies, qui n’ont cessé d’être classiques, de Jules II et de Bramante.
Les orfèvres milanais jouissaient aussi dès lors d’une réputation solidement établie, et qui ne fit que grandir au siècle suivant.
Il y a loin de l’activité, parfois un peu inquiète, mais somme toute si féconde, qui caractérise la Lombardie, à l’indifférence des provinces limitrophes, le Montferrat et le Piémont2. Ces populations pauvres, arriérées, profondément attachées à leur foi (il en était de même des Ombriens, et cependant quelle vitalité chez eux!), s’ébranlèrent lentement, péniblement. Qu’elles ne manquassent pas toutefois de dispositions pour les arts, l’exemple des Sodoma et des Gaudenzio Ferrari le prouva brillamment dans la suite. Point de Mécènes d’ailleurs pour stimuler le zèle des artistes : dans la longue série des ducs de Savoie qui se sont succédé pendant le quinzième siècle,' les uns s’absorbent dans la dévotion, comme le duc Amédée VIII (régna de 1 3ç 1 à 1440; mourut en 1401; créé antipape sous le nom de Félix V), ou comme le duc Amédée IX (1460- 1472), qui mérita d’ètre inscrit par l’Église au nombre des bienheureux; les autres, s’ils affectent une certaine magnificence (le trésor de la maison de Savoie était un des plus riches de l’époque), manquent absolument de vues supérieures. A leur cour, l’influence franco-flamande lutte sans cesse avec l’influence
Voy les Arts à la Cour des Papes, et le travail de M. Bertolotti, Artisti lombard i a Roma; Milan, Hcepli, 1881 ; 2 vol. in-8°.
2. Bibl. : Fabre, Trésor de la Chapelle des ducs de Savoie aux XV" et XVI 8 siècles; Vienne, 1868. — Claretta, Breve notifia sul vasellame e sulle gioie delli duchi di Savoia alla meta del secolo A I > Turin, 1879. — Vayra, le Lettere c le Arti alla corte di Savoia vrl secolo XV; Turin, 188.1.
italienne. Philibert le Beau encore (1497-1504), l’époux de Marguerite d’Autriche, est tributaire des écoles du Nord.
Pour la période que nous étudions, c’est donc à peine si l’on peut citer de loin en loin quelque oeuvre d’art isolée. La façade de la cathédrale de Turin, élevée en 1492 sur les dessins du Florentin Meo del Caprino, tel est, très probablement, le premier édifice construit dans le style nouveau : la capitale du Piémont, on le voit, était en retard de trente années pour le moins sur Milan et de soixante sur Rome. Quant aux cités de Casale, d’Acqui, de Novare, de Saluces, d’Albe, d’Aoste, de Mondovi, d’Ivrée, de Suse, etc., si les monuments du moyen âge ou bien ceux du seizième siècle n’y font pas défaut, il serait difficile, en échange, d’y citer une création appartenant à la Première Renaissance. Dans les inventaires des richesses artistiques de l’Italie dressés avec tant de soin par MM. Burckhardt, Bode et Redtenbacher, leur nom n’est pas prononcé. On en peut dire autant d’Alexandrie, gouvernée au début du quinzième siècle par le valeureux condottiere Facino Cane, et d’Asti, où l’influence des seigneurs du lieu, les ducs d’Orléans, maintint bien un certain courant d’art *, mais sans contribuer au triomphe de la Renaissance, dont la cause, on ne saurait trop le répéter, s’identifiait alors avec la cause même du progrès.
Dans la peinture, le mouvement ne s’accentua également que pendant les dernières années du quinzième siècle, avec Macrino d’Alba (son plus ancien tableau daté est de 1496), avec Defendente de Ferrari, de Chivasso, dont l’oeuvre appartient également pour la majeure partie au siècle suivant, et surtout avec le Sodoma (1477-1549), qui porta si loin la réputation de sa patrie, Yerceil*. Nous retrouverons ces maîtres dans la seconde partie de notre travail.
Des architectes, des sculpteurs, des peintres, voire des orfèvres et des brodeurs, on est d’ailleurs sûr d’en rencontrer partout, en plus petit ou en plus grand nombre, car les besoins de la société civile et ceux du culte exigent leur intervention jusque dans les régions les plus reculées. Un critère bien autrement sûr de la fécondité d’une école, c’est la multiplicité de ces branches accessoires, qui supposent une culture plus développée, un plus grand désintéressement intellectuel : la gravure sous ses différentes formes, la tapisserie, la miniature, la marqueterie, etc., etc. Est-il nécessaire d’ajouter qu’à cet égard les provinces dont nous cherchons à définir le rôle ont fait preuve pendant toute la Première Renaissance d une absolue stérilité?
En parcourant le consciencieux catalogue des médailles italiennes dressé par M. Armand, nous voyons que les premières médailles en bronze (je ne parle pas des monnaies proprement dites) des princes de Savoie font leur apparition avec Amédée IX (1465-1472), et les premières médailles des marquis de Saluces avec Louis II (1476-1504). Quant aux Paléologue, marquis de Montferrat, ils